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© REUTERS/Benoit Tessier

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Discriminations
Actualité

Préjugés racistes et discrimination : la police et la crise du Covid-19 en Europe 

Violences, contrôles d’identité discriminatoires, mises en quarantaine forcées et contraventions. Pendant le confinement, la police a visé les minorités ethniques et les groupes marginalisés de façon disproportionnée dans toute l’Europe.  

Notre enquête Police et pandémie met en évidence une tendance préoccupante aux préjugés racistes au sein des forces de police dans douze pays européens et pose la question d’un racisme institutionnel. Un enjeu plus vaste, au cœur des manifestations organisées dans le cadre du mouvement Black Lives Matter. Les violences policières et les inquiétudes liées au racisme institutionnel ne sont pas nouvelles, mais les contrôles liés à la pandémie de Covid-19 ont révélé leur ampleur. 

Il faut de toute urgence lutter contre la triple menace que représentent la discrimination, l’utilisation illégale de la force et l’impunité de la police.  

Les minorités ethniques sont davantage contrôlées  

La police a contrôlé le respect des mesures de confinement de manière disproportionnée dans les régions les plus pauvres, là où la proportion de personnes appartenant à des minorités ethniques est souvent plus élevée. Dans le département le plus pauvre de la France métropolitaine, la Seine-Saint-Denis, où une partie importante de la population est noire ou d’origine nord-africaine, le nombre de contraventions pour infraction au confinement a été trois fois plus élevé que dans le reste du pays. Pourtant, selon les autorités locales, le respect des mesures de confinement y était semblable à ce qu’il était ailleurs en France. À Nice, des quartiers dont les habitants appartiennent majoritairement à la classe populaire et à des minorités ethniques ont été soumis à des couvre-feux plus longs que le reste de la ville. Au Royaume-Uni, pays qui recueille des données par appartenance ethnique, la police londonienne a enregistré une augmentation de 22 % des opérations de fouille entre mars et avril 2020. Sur cette période, la part de personnes noires soumises à des fouilles a progressé de près d’un tiers. 

Des vidéos prouvent un usage illégal de la force par la police 

Pour faire respecter les mesures du confinement, les forces de l’ordre ont eu recours à un usage illégal de la force. Notre laboratoire de preuves a vérifié trente-quatre vidéos provenant de toute l’Europe qui montrent des agents de police utiliser la force illégalement, alors qu’elle n’était souvent pas nécessaire. Dans des pays comme la Belgique, la Grèce ou encore l’Italie, les forces de l’ordre ont, par exemple, fait un usage arbitraire et disproportionné des gaz lacrymogènes. En Espagne, deux agents des forces de l'ordre ont arrêté et frappé violemment un jeune homme apparemment d'origine nord-africaine. Sa mère, qui informait que son fils était atteint de troubles mentaux, a été aussi frappée et plaquée au sol.  

En France, de nombreuses vidéos témoignent également de cet usage illégal de la force.  Dans une vidéo, Samir, 27 ans, de nationalité égyptienne et résidant en France depuis dix ans, est poursuivi par la police avant de se jeter dans la Seine à L’Île-Saint-Denis. Les agents le traitent de « bicot ». Frappé dans le fourgon de police et maintenu en garde à vue, Samir a reçu l’ordre de quitter le pays. Les deux policiers identifiés ont été suspendus de leurs fonctions pour insultes racistes. Malheureusement, ce type de situations n'est pas un cas isolé.

Lire aussi : France : Alerte sur les pratiques policières dangereuses pendant le confinement

Comme l'a montré notre enquête sur les pratiques policières pendant le confinement en France, lors des contrôles de police, des personnes qui n'opposaient aucune résistance ont été frappées en toute illégalité par les forces de l'ordre qui, loin d'adopter des moyens de désescalade, ont recouru à des techniques d'interpellation violentes et non-nécessaires.  

Des personnes roms mises en quarantaine par l’armée  

Exemple flagrant de discrimination des Roms, les gouvernements bulgare et slovaque ont mis en quarantaine forcée des quartiers informels où vivent essentiellement des personnes roms. Plus de 50 000 personnes roms de Bulgarie ont été coupées du reste du pays et ont subi de graves pénuries alimentaires. D’après une enquête, le revenu médian dans les quartiers roms a chuté de 61 % entre mars et mai 2020. À Burgas, les pouvoirs publics ont eu recours à des drones équipés de capteurs thermiques pour prendre à distance la température d’habitants et d’habitantes de quartiers où vivent essentiellement des personnes roms et pour surveiller leurs mouvements.  En Slovaquie, les autorités ont également chargé des militaires de surveiller le respect de ces mises en quarantaine. Nous considérons que le rôle de l’armée n’est pas d’exécuter des mesures de santé publique.  

Les camps de personnes réfugiées et migrantes pris pour cibles 

Les personnes demandeuses d’asile, réfugiées et migrantes vivant dans des camps et des foyers d’hébergement ont également été la cible de mesures sélectives de mise en quarantaine en Allemagne, à Chypre et en Serbie, ainsi que d’expulsions forcées en France et en Grèce.  En Grèce, le confinement est fini pour tout le monde à part pour les camps de réfugiés. Il vient d’être prolongé pour la quatrième fois, jusqu'au 5 juillet.  Pendant l’état d'urgence, en Serbie par exemple, les autorités ont imposé un régime spécial visant de manière sélective les centres d’hébergement des personnes réfugiées, migrantes et demandeuses d’asile administrés par le gouvernement. Elles leur ont imposé des mesures strictes de quarantaine obligatoire 24 heures sur 24 et ont déployé l’armée pour surveiller le couvre-feu.  

Lire aussi : Protégeons les réfugiés du Covid-19 en Grèce !

L’État doit cesser d’imposer des mesures de mise en quarantaine obligatoire aux personnes roms, réfugiées ou migrantes. De même, il doit mettre fin à leur expulsion forcée de campements et de quartiers informels. Son rôle est plutôt de sauvegarder le droit au logement et à la santé de chacun et chacune. 

Des personnes sans abri verbalisées pour non-respect du confinement 

Les personnes sans abri ont aussi été touchées par des mesures punitives pendant le confinement. En Italie, l’ONG Avvocato di Strada a recensé au moins dix-sept cas de personnes sans abri ayant reçu une contravention pour n’avoir pu respecter les mesures d’isolement à domicile et les restrictions du droit de circuler librement. Des dizaines d’autres ont été verbalisées en France, en Espagne et au Royaume-Uni.  Les autorités doivent répondre aux préoccupations soulevées par le racisme institutionnel, les préjugés racistes et la discrimination qui ont été observés au sein des forces de police dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19. Il est temps de mettre un terme à ces pratiques et, pour l’Europe, de s’attaquer au racisme qui sévit chez elle. 

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