Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Allemagne en 2025.
Des représentant·e·s de l’État ont tenu des propos stigmatisants qui ont alimenté la peur des crimes de haine. Une force excessive a été employée dans les opérations de maintien de l’ordre lors de manifestations pacifiques de soutien aux droits des Palestinien·ne·s. L’Allemagne a renvoyé 83 personnes en Afghanistan et une personne en Syrie, en violation du principe de « non-refoulement ». Le gouvernement fédéral a compromis la réalisation des objectifs climatiques.
Discrimination
Des informations faisant état d’une hausse des crimes de haine racistes, antisémites ou islamophobes et de ceux visant des femmes, des personnes LGBTI ou d’autres minorités suscitaient de vives inquiétudes. Le nombre de ces crimes a plus que doublé par rapport aux niveaux d’avant la pandémie de COVID-19. Les attaques contre des marches des fiertés se sont multipliées ; les propos stigmatisants tenus par des représentant·e·s de l’État et leur manque d’engagement à l’égard des droits des personnes LGBTI ont renforcé la peur des crimes de haine au sein de la communauté LGBTI.
En novembre, l’Office fédéral de la police criminelle a signalé une augmentation des crimes violents perpétrés contre des femmes en raison de leur genre en 2024.
L’homicide par balle d’un homme noir de 21 ans, Lorenz A., par un policier à Oldenburg en avril a eu un retentissement national. Selon les données de CILIP, organisation recensant les violations des droits civils, les violences policières ayant entraîné la mort ont atteint de nouveaux sommets en 2025 ; elles étaient à l’origine de 17 décès et touchaient de manière disproportionnée les personnes racisées et celles vivant dans la pauvreté.
Un projet de loi visant à remplacer la Loi relative à la police fédérale présenté au Parlement en décembre proposait d’étendre les pouvoirs de la police, favorisant les contrôles arbitraires et le profilage ethnique. Ce texte ne prévoyait pas l’obligation de porter un badge d’identification pour lutter contre l’impunité.
Des responsables et des représentant·e·s syndicaux de la police ont tenu des discours incendiaires et racistes, surtout à l’encontre des personnes noires, arabes, musulmanes et réfugiées. Une étude fédérale publiée en mai a conclu que la discrimination pouvait survenir dans presque tous les aspects du travail de la police.
Droits des personnes LGBTI
Le délai d’évaluation de la loi facilitant l’accès à la reconnaissance du genre à l’état civil a été raccourci de cinq ans à un an et demi, ce qui inquiétait les organisations LGBTI. Celles-ci étaient particulièrement préoccupées par un nouveau projet de réglementation permettant de garder la trace du genre et du prénom de naissance des personnes transgenres, ce qui les exposerait au risque d’une révélation forcée de leur transidentité.
Liberté de réunion pacifique
En février, la police de Berlin a ordonné que seuls l’allemand et l’anglais soient utilisés dans les discours et slogans prononcés lors d’une manifestation de solidarité avec le peuple palestinien. Quand des manifestant·e·s ont scandé des slogans en hébreu et en arabe au cours d’un rassemblement le 8 février, celui-ci a été immédiatement dispersé avec violence par la police.
En mars, lors d’une manifestation pacifique à Berlin, une femme a été frappée au visage à plusieurs reprises par un policier. Des violences similaires de la part d’agent·e·s de police ont eu lieu lors de manifestations organisées pour commémorer la Nakba, ainsi qu’au cours de l’Internationalist Queer Pride à Berlin, en juillet.
En février, l’Union chrétienne démocrate (CDU) a dirigé une enquête parlementaire sur le financement des organisations de la société civile. Cette enquête consistait en 551 questions dont l’objectif était d’évaluer la neutralité politique des organisations subventionnées, notamment celles faisant campagne contre le racisme et pour les droits des personnes migrantes, qui se sont retrouvées soumises à une suspicion générale.
Le 20 mars, le tribunal administratif de Berlin a déclaré illégal le recours par la police à des techniques de contrainte physique douloureuses afin d’évacuer des manifestant·e·s pacifiques pour le climat du lieu d’un rassemblement précédemment dispersé.
En mars, les autorités chargées de l’immigration à Berlin ont informé quatre ressortissant·e·s de l’UE et des États-Unis que leur titre de séjour était annulé en raison de leur participation à des manifestations étudiantes de soutien aux Palestinien·ne·s en 2024. Aucune de ces personnes n’a été reconnue coupable d’une quelconque infraction. Une correspondance divulguée à la suite d’une fuite a révélé que le ministère de l’Intérieur avait fait pression sur les services de l’immigration pour qu’elles soient expulsées. Toutes ont obtenu l’annulation de cette décision lors de la phase préliminaire de leur procédure d’appel et leur expulsion a été suspendue temporairement.
En mai, à la suite d’une manifestation organisée pour commémorer la Nakba, la police de Berlin a affirmé qu’un de ses agents avait été grièvement blessé par des participant·e·s. Cette allégation a été utilisée comme argument par des porte-parole de la police, le maire de Berlin et le ministre fédéral de l’Intérieur pour exiger de nouveaux pouvoirs de police contre les manifestant·e·s soutenant le peuple palestinien. Or, une enquête indépendante a révélé plus tard que le policier s’était blessé lui-même en frappant des manifestant·e·s.
Le 26 novembre, le tribunal administratif de Berlin a estimé que l’interruption d’une conférence propalestinienne en 2024 était illégale.
Liberté d’expression
Le 29 janvier, le Parlement a adopté une résolution imposant aux établissements scolaires et aux universités d’utiliser la définition opérationnelle de l’antisémitisme établie par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA). Cette résolution allait à l’encontre des conclusions de juristes de renom et d’organisations de la société civile qui estimaient que la définition de l’IHRA était incompatible avec les normes internationales relatives à la liberté d’expression. La résolution appelait à la surveillance des élèves et étudiant·e·s ainsi qu’à une coopération renforcée avec les services de sécurité et de renseignement pour remédier aux insuffisances supposées en matière de lutte contre l’antisémitisme dans le milieu scolaire et universitaire.
Les autorités ont continué de tenter d’ériger en infraction l’utilisation du slogan « Du fleuve jusqu’à la mer », qui avait été interdit en 2023 parce qu’il était considéré comme « un symbole du Hamas ».
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Les programmes de réinstallation et d’admission à titre humanitaire dans le pays ont été suspendus en avril. En juillet, le Parlement a adopté la suspension pendant deux ans des droits au regroupement familial pour les personnes bénéficiant de la protection subsidiaire, à l’exception de rares cas de personnes confrontées à des difficultés particulières.
Seulement 3 087 admissions avaient été approuvées dans le cadre du programme d’admission humanitaire pour l’Afghanistan, lancé en 2022, et seules 2 230 personnes étaient réellement arrivées en Allemagne. L’objectif initial de ce programme était d’accueillir 1 000 personnes par mois.
Plus de 1 300 personnes qui devaient venir en Allemagne dans le cadre de divers programmes d’admission sont restées bloquées au Pakistan ou, dans environ 250 cas, ont été renvoyées de force du Pakistan vers l’Afghanistan. Des tribunaux administratifs ont rendu près de 150 décisions obligeant le gouvernement à délivrer des visas, mais celles-ci n’avaient permis que 756 arrivées à la fin de l’année. Globalement, le nouveau gouvernement a divisé par deux les admissions pour les personnes qui attendaient au Pakistan.
En juillet, l’Allemagne a renvoyé 83 personnes en Afghanistan et une personne en Syrie, en violation du principe de « non-refoulement ».
Malgré une décision du tribunal administratif de Berlin en juin déclarant illégal le refus d’accueillir des demandeurs et demandeuses d’asile sur le territoire allemand, les autorités ont continué de renvoyer sommairement des personnes dans les pays voisins.
En septembre, le gouvernement a présenté au Parlement un projet de loi visant à appliquer les réformes du régime d’asile européen commun (RAEC). Ce texte proposait des mesures allant au-delà du durcissement de la réglementation prévu par le RAEC, telles que la possibilité de déterminer les pays tiers et pays d’origine sûrs par décret ministériel et un élargissement considérable des possibilités de détention des personnes migrantes.
Droit au respect de la vie privée
L’État (Land) de Hesse a installé un système de reconnaissance faciale biométrique dans le quartier de la gare centrale de Francfort. Des caméras de surveillance pouvaient filmer en temps réel tous les passant·e·s pour identifier les personnes citées dans des décisions de justice. De nouvelles dispositions législatives fédérales et de nouveaux projets de lois au niveau des États (Länder) prévoyaient de doter la police de nouveaux pouvoirs très larges lui permettant d’analyser automatiquement de grands volumes de données et d’extraire toutes les informations biométriques rendues publiques sur Internet pour identifier et localiser des personnes d’intérêt.
Responsabilité des entreprises
En septembre, le gouvernement a validé un projet de modification de la Loi sur le devoir de diligence en matière de chaînes d’approvisionnement. Les dispositions proposées reviendraient sur des mesures essentielles pour garantir le respect du droit et la transparence, ce qui affaiblirait la responsabilité des entreprises.
Droits sexuels et reproductifs
Une proposition de loi transpartisane visant à légaliser partiellement l’avortement, qui était restée bloquée au Parlement avant les élections anticipées de février 2025, était toujours en attente d’examen après la prise de fonction de la nouvelle coalition gouvernementale. En août, un projet de recherche sur les grossesses non désirées financé par le gouvernement a révélé de graves insuffisances dans les soins d’avortement.
En août également, un médecin a perdu une procédure devant un tribunal du travail après avoir contesté une directive d’un hôpital interdisant à son personnel de pratiquer des avortements. À la suite de la fusion de deux hôpitaux gérés par l’Église mais financés par des fonds publics dans la région de Westphalie-de-l’Est-Lippe, les avortements non vitaux ont été interdits, ce qui limitait fortement l’accès aux soins essentiels de santé reproductive.
Droit à la vérité, à la justice et à des réparations
Le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit au développement s’est rendu en Allemagne en novembre. Dans sa déclaration de fin de mission, il a appelé à des réparations pour le génocide des peuples ovaherero et nama par l’Allemagne entre 1904 et 1908 dans l’ancienne colonie allemande du Sud-Ouest africain (voir Namibie).
Droit à un environnement sain
En septembre, un rapport commandé par le ministère fédéral de l’Économie et de l’Énergie a mis en lumière des lacunes flagrantes dans la transition énergétique de l’Allemagne. Cela n’a pas empêché la ministre de l’Économie d’annoncer que le gouvernement prévoyait de réduire le soutien aux énergies renouvelables et de poursuivre le développement des infrastructures gazières, avec pour conséquence de retarder l’arrêt progressif de l’utilisation et de la production des combustibles fossiles.
En mai, le tribunal régional supérieur de Hamm a débouté l’agriculteur péruvien Saúl Luciano Lliuya dans son procès historique contre le géant allemand de l’énergie RWE. Les juges ont estimé que le risque d’inondation de sa propriété en raison du changement climatique n’était pas suffisamment imminent. Toutefois, ils ont reconnu que, sur le principe, les grands émetteurs de gaz à effet de serre pouvaient être tenus pour responsables des préjudices climatiques transnationaux en vertu du droit civil allemand.
Transferts d’armes irresponsables
Le chancelier a annoncé en août que l’Allemagne n’autoriserait plus aucune nouvelle exportation vers Israël d’armes susceptibles d’être utilisées dans la bande de Gaza occupée. Cependant, les licences d’exportation accordées auparavant n’ont pas été suspendues et d’autres équipements militaires ont continué d’être exportés. En novembre, la suspension a été annulée et l’examen individuel des demandes d’exportation a repris. Au cours du premier semestre, l’Allemagne a autorisé des exportations d’armes et d’autres équipements militaires à destination d’Israël pour une valeur d’environ 90 millions d’euros.
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