Ces trente dernières années, 60 pays ont modifié leur législation pour faciliter l’accès à un avortement sûr et légal. Désormais, les pays qui maintiennent une interdiction totale ou quasi-totale de l’avortement sont minoritaires. Pour autant, ce droit fondamental et les personnes qui le défendent ne cessent d’être questionnés, stigmatisés et criminalisés. Voilà pourquoi il est important de continuer à se mobiliser pour le défendre.
L’avortement est un acte médical qui permet de mettre fin à une grossesse. Il s’agit d’un soin de santé de base pour des millions de femmes, de jeunes filles et d’autres personnes qui peuvent tomber enceintes. Pourtant, alors que la nécessité d’avorter est courante, l’accès à des services d’avortement sûrs et légaux est loin d’être garanti aux personnes qui pourraient en avoir besoin.
Le droit à l’avortement reste un sujet très controversé dans le monde. Le débat autour de cette question est notamment parasité par de fausses informations sur les véritables conséquences de la restriction de l’accès à ce service médical indispensable.
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Le droit à l’avortement dans le monde
Dans la plupart des pays d’Europe, les États autorisent l’avortement sans restriction autre que la durée de gestation. Pour d’autres régions du monde, le droit à l’avortement est conditionné à des situations spécifiques, comme les grossesses issues d’un viol, de l’inceste ou en cas de complications médicales pour la mère ou l’enfant. Enfin, dans plus d’une vingtaine de pays, l’avortement est strictement interdit. Au niveau mondial, 40 % des femmes vivent dans des pays où la législation sur l’avortement est restrictive, selon le Center for Reproductive Rights.
77
pays autorisent l’avortement sur demande dans le monde
47
pays l’autorisent pour des raisons de santé
12
pays l’autorisent pour des raison socio-économiques
21
pays interdisent totalement l’avortement
44
pays l’autorisent pour sauver la vie de la personne enceinte
Source : Center for reproductive rights
Des avortements toujours pratiqués quoi qu’en dise la loi
Mettre fin à une grossesse est une décision courante que prennent des millions de personnes. D’après l’Institut Guttmacher, le nombre d’avortement est significativement le même dans les pays qui l’interdisent ou le restreignent et dans ceux qui l’autorisent : 37 personnes sur 1 000 y ont recours dans le premier cas contre 34 sur 1000 dans le second.
22 millions
d’avortements dangereux sont pratiqués chaque année, pour la grande majorité d’entre eux dans des pays en développement d’après l’OMS
L’avortement, 3e cause de mortalité maternelle dans le monde
Lorsque les avortements sont pratiqués ou accompagnés par un·e professionnel·le de santé qualifié·e dans de bonnes conditions d’hygiène, les avortements sont les actes médicaux les plus sûrs disponibles. Mais quand les gouvernements en restreignent l’accès, les personnes sont contraintes de recourir à des avortements clandestins qui peuvent s’avérer extrêmement dangereux pour leur santé.
39000
personnes meurent chaque année suite à des complications liées à un avortement dangereux, selon l’OMS, en 2022
Selon l’OMS, il s’agit de la 3e cause de mortalité maternelle à travers le monde. Pourtant, presque toutes les morts et lésions dues à un avortement dangereux auraient pu être évitées si l’avortement avait été encadré par du personnel de santé qualifié.
Les défenseur·es du droit à l’avortement persécuté·es
Les restrictions du droit à l’avortement créent un climat hostile qui favorise la stigmatisation des personnes qui avortent et les attaques contre les personnes qui le défendent. A cause de leur combat, dans certains pays, ces personnes sont victimes de violations, d’arrestations, de poursuites et d’emprisonnement.
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La puissance de la vague verte
Ces dernières années, de nombreuses mobilisations ont permis des avancées notables pour le droit à l’avortement vers sa dépénalisation et sa réglementation. Cette tendance positive s’observe notamment en Amérique latine.
Depuis la légalisation de l’avortement en Argentine en décembre 2020, d’autres pays de la région ont connu des avancées positives similaires. Ainsi, la Colombie a légalisé l’avortement en février 2022 jusqu’à 24 semaines de grossesse. Au Mexique, l’accès à l’IVG a été dépénalisé au niveau fédéral en septembre 2023, après une décision de la Cour suprême qui jugeait inconstitutionnelle son interdiction.
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Marche pour défendre l’avortement légal, Buenos Aires, 28 septembre 2023. © Emiliano Lasalvia / AFP
Dépénaliser et réglementer, quelle différence ?
Dépénaliser c’est :
- Supprimer les dispositions qui répriment l’avortement à l’échelle pénale
- Supprimer les sanctions qui visent celles et ceux qui aident les personnes enceintes à avorter.
Réglementer c’est :
- Rendre accessible et abordable les soins pré et post avortement
- Que ces soins soient sûrs et fournis sans discrimination
- L’avortement doit être pratiqué avec le consentement de la personne concernée
- Il ne doit jamais être pratiqué sous la menace ou la contrainte
L’avortement, un droit fondamental fragile et menacé
En 2022 aux États-Unis, la Cour suprême a annulé l’arrêt Roe vs. Wade qui faisait du droit à l’avortement un droit constitutionnel depuis 1973. Concrètement, cela signifie que l’avortement n’est plus garanti au niveau fédéral et que chaque État peut choisir s’il maintient le droit à l’avortement ou non.
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En Europe, des politiques rétrogrades
En Europe ce droit est également fortement menacé. En Hongrie, les règles ont été durcies : depuis septembre 2022, une femme souhaitant avorter doit être confrontée aux « fonctions vitales » du fœtus, comme écouter son rythme cardiaque. A Malte et en Andorre, l’avortement est totalement interdit, y compris en cas de viol, d’inceste ou de danger de mort pour la personne enceinte.
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En Pologne, il est interdit d’avorter sauf en cas de viol. Les nombreuses manifestantes qui se sont opposées à ces législations liberticides ont été violemment réprimées par la police.
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Par ailleurs, malgré des avancées législatives majeures en faveur du droit à l’avortement en Europe ces dernières années, l’accès à l’avortement est loin d’être une réalité pour tout le monde. Refus de soins, manque de personnel formé, délais d’interruption de grossesse, procédures fastidieuses, coûts élevés : même lorsqu’il est autorisé, de nombreuses barrières empêchent encore les personnes d’y avoir recours.
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Sanctuariser ce droit fondamental
Face ces reculs inquiétants, la constitutionnalisation de l’IVG est un symbole important vis-à-vis des pays qui restreignent ou criminalisent le droit à l’avortement. Il s’agit d’un garde-fou, qui permet au pays d’affirmer sa volonté de ne pas remettre ce droit en cause et de prévenir les risques de régression.
En mars 2024, la France est devenue le premier pays au monde à inscrire explicitement dans sa Constitution l’interruption volontaire de grossesse (IVG). Une décision historique, qui envoie un message fort aux groupes de femmes et à l’ensemble des défenseur·es de l’avortement et des droits sexuels et reproductifs.
NOTRE COMBAT : chacun·e doit être libre d’exercer son autonomie corporelle et de prendre ses propres décisions concernant sa vie reproductive, et en particulier de décider à quel moment avoir des enfants, si il/elle le souhaite
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