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Romuald a suivi un "accompagnement" de Courage France à Paray-le-Monial © Christophe Da Silva

Romuald a suivi un "accompagnement" de Courage France à Paray-le-Monial © Christophe Da Silva

Romuald a suivi un "accompagnement" de Courage France à Paray-le-Monial © Christophe Da Silva

Discriminations
enquête

LGBTI : thérapies d'enfer

Des courants religieux utilisent des méthodes censées « guérir » l’homosexualité.

« En quittant Sébastien pour me ­rapprocher du Christ, j’ai renoncé à un amour pour un plus grand amour ». C’est par ces paroles que Romuald [ndla : son nom a été modifié] décrit sa rencontre avec Dieu un jour d’avril 2008.

Rasé de frais, le cheveu court, la chemise dans le pantalon, l’apparence de ce trentenaire dynamique est soignée, son verbe aussi.

Élevé dans une famille athée et ouverte d’esprit, Romuald a d’abord vécu son homosexualité sans vagues. Après un coming out à l’âge de 16 ans, il enchaîne les rencontres puis s’installe avec Sébastien et vit ce qu’il pensait alors être le grand amour. Mais, si l’on en croit la chanson, les histoires d’amour finissent mal en général et celle-ci n’échappe pas à la règle.

En effet, l’appel du Christ « transcende » Romuald et le pousse à étudier les préceptes du catholicisme. Sa lecture de la Bible le mène à la conclusion que son homosexualité est incompatible avec la pratique de sa religion.

Romuald met alors un terme à sa relation avec Sébastien et commence à fréquenter l’église de son quartier avec assiduité. Pendant plusieurs années, il n’ose y confier son attirance pour les hommes.

C’est avec soulagement qu’il découvre l’existence des parcours d’accompagnement de l’homosexualité animés par l’organisation chrétienne Courage France à Paray-le-Monial, en Bourgogne.

« Inclinaison contraire à la nature humaine »

Ces parcours se déroulent dans le cadre des « sessions » de la Communauté de l’Emmanuel qui réunissent plusieurs centaines de fidèles au cours de l’été. Pendant une semaine, les participants – homosexuels ou parents d’homosexuels – enchaînent louanges, prières, messes et enseignement religieux.

L’occasion pour Courage France, qui a reçu la bénédiction du Vatican, de diffuser sa pensée. Sur son site Internet, on trouve un texte édifiant de Paul Check, le directeur de Courage International, la maison-mère de Courage France.

L’homosexualité y est décrite comme un comportement « objectivement désordonné », c’est-à-dire une « inclination considérée comme contraire à la nature humaine ». Elle est ainsi comparée au « désir de voler, de tricher et de forniquer ».

Anthony Favier président du mouvement homosexuel chrétien © Christophe Da Silva

Dans le même texte, on lit que l’attirance vers le même sexe est « soignable et évitable ». Les responsables de cette organisation se défendent de proposer une « guérison » aux personnes homosexuelles qui sollicitent leur aide et parlent plutôt d’accompagnement. Mais pour la section de Paray-le-Monial de la Ligue des Droits de l’Homme, il ne s’agit là que de poudre aux yeux. Sa présidente, Germaine Letayer, dénonce « l’homophobie » de Courage France, qu’elle accuse de pratiquer la « castration mentale » de ses fidèles. Elle est soutenue dans son combat par Anthony Favier, le président du mouvement LGBT chrétien David & Jonathan, pour qui Courage France diffuse l’idée que « l’homosexualité est une déviance et un écart à la norme qu’il convient de corriger ».

Des églises évangéliques en guerre spirituelle

Romuald, désormais accompagné par Courage France tout au long de l’année à Paris, ne comprend pas ces critiques. Il apprécie les séances hebdomadaires animées par un prêtre. Celles-ci consistent en une lecture d’un passage de l’Évangile suivie d’une prise de parole de chacun des membres de l’assistance sur ses petites victoires et défaites du moment.

Pour lui, ces séances sont importantes car elles sortent les participants de leur isolement et leur font comprendre qu’ils ne sont ni des cas désespérés ni jugés par l’Église… à la condition toutefois de ne pas déroger aux règles suivantes : prière, camaraderie, soutien mutuel et surtout, chasteté.

Pour autant, Romuald assure qu’il n’a pas le sentiment d’obéir à un dogme mais plutôt de suivre le « bon » chemin. Il en est désormais persuadé : toutes les personnes qui vivent leur homosexualité en dehors de ce chemin vivront toujours dans une forme de détresse et ne pourront jamais atteindre le bonheur...

L’Église catholique n’est pas la seule religion en France dont des courants condamnent ouvertement les relations homosexuelles et proposent des « solutions pour s’en détourner ».

Fin octobre 2017 se tient à Strasbourg la rencontre « Protestants en fêtes » qui réunit près de 15 000 croyants. À cette occasion, la paroisse alsacienne de Saint-Guillaume décide d’animer un culte inclusif décrit comme un « temps d’actions de grâce [qui] se veut être un espace safe où la fraternité en Christ s’exprime par-delà les diversités ». Traduisez : un culte ouvert aux personnes LGBTI. En réaction, le Conseil national des évangéliques de France (Cnef), qui représente plus de deux tiers des chrétiens évangéliques en France, décide de se retirer partiellement de l’événement.

Clément Diedrichs, directeur du Cnef, s’explique dans les colonnes du quotidien La Croix : « l’accueil de toute personne ne signifie pas banalisation du péché ». Questionnée à ce sujet, une représentante de Paris centre chrétien répond, gênée, que son Église n’a jamais été confrontée à ce cas.

Et si l’on insiste un peu, la réponse cinglante est sans appel : « Quand on donne sa vie à Dieu et que l’on fréquente notre Église, on ne peut pas être homosexuel. Si une personne était homosexuelle avant, une fois qu’elle a la foi, elle ne l’est plus ».

Le Centre de réveil chrétien est quant à lui plus prudent dans sa parole. Tellement prudent que les pasteurs refusent de se prêter au jeu de l’interview de peur que leurs propos soient mal interprétés par les lecteurs. Chacun appréciera.

D’après plusieurs témoins ayant assisté à des messes dans des églises évangéliques en région parisienne, il arrive que des séances de prière soient guidées par des pasteurs pour « délivrer des personnes de leur homosexualité » ou pour « éviter qu’une famille ne soit touchée par ce fléau ». L’homosexualité est alors présentée comme un démon qui a pris possession d’un esprit et contre lequel il faut mener une bataille spirituelle, le tout sur un fond musical exaltant.

Au pays de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, la question de la légalité de ces pratiques se pose. Depuis que Malte est devenue le premier pays européen à légiférer sur l’interdiction des thérapies de conversion en décembre 2016, un de nos militants a décidé de s’attaquer au sujet. Du haut de ses 22 ans, Aurélien Heiligenstein défend :

Aimer une personne du même sexe que le nôtre n’est en aucun cas un acte d’impureté ou une erreur de la nature.

Aurélien Heiligenstien, militant d'Amnesty International

Ces thérapies envisagent donc l’homosexualité comme une maladie, à l’instar de l’Organisation mondiale de la santé jusqu’en 1992. Une décision tardive après un siècle de pratiques ignominieuses.

Des traitements inhumains

En 1901, le neurologue portugais Egas Moniz publie A vida sexual, ouvrage dans lequel il décrit ­l’homosexualité comme une maladie mentale et une perversion contre laquelle il préconise la lobotomie.

C’est dans les années 1930 qu’il met en pratique ses théories opérant sans leur consentement de nombreux internés à Lisbonne. En 1949, Egas Moniz reçoit le prix Nobel de médecine pour ses travaux controversés... Trois ans plus tard, le mathématicien homosexuel Alan Turing, qui avait décrypté le code nazi Enigma pendant la Seconde Guerre mondiale, est condamné par la justice britannique pour « indécence manifeste et perversion sexuelle ».

Afin d’éviter l’incarcération, il opte pour la castration chimique, dont les effets secondaires sont désastreux. Alan Turing se suicide en juin 1954. Outre-Atlantique, les exemples ne manquent pas non plus.

L’ancien chanteur des Velvet Underground aujourd’hui décédé, Lou Reed, a déclaré avoir subi en 1959 plusieurs séances d’électrochocs qu’un psychiatre aurait proposées à ses parents pour limiter ses « pulsions homosexuelles ».

La position de l’Élysée est claire : Emmanuel Macron se déclare « scandalisé » par les thérapies de conversion. L’idée de légiférer est à l’étude.

Le dossier se trouve entre les mains de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Côté parlementaires, la députée de l’Allier, Laurence Vanceunebrock-Mialon (LREM)2, devrait déposer une proposition de loi avec le soutien de la majorité parlementaire.

— Gabriel Decorinthe pour La Chronique d'Amnesty International France

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