Accéder au contenu
Menu
Agir
Faire un don
ou montant libre :
/mois
Grâce à la réduction d'impôts de 66%, votre don ne vous coûtera que : € 5.1/mois
Les forces de sécurité libanaises arrêtent un manifestant au centre-ville de Beyrouth le 8 août 2020, à la suite de l'explosaion qui a tué plus de 150 personnes et défiguré la capitale Beyrouth // Credit : AFP

Les forces de sécurité libanaises arrêtent un manifestant au centre-ville de Beyrouth le 8 août 2020, à la suite de l'explosaion qui a tué plus de 150 personnes et défiguré la capitale Beyrouth // Credit : AFP

Les forces de sécurité libanaises arrêtent un manifestant au centre-ville de Beyrouth le 8 août 2020, à la suite de l'explosaion qui a tué plus de 150 personnes et défiguré la capitale Beyrouth // Credit : AFP

Contrôle des armes
Actualité

Au Liban, des armes françaises au cœur de la répression

Il y a plus d’un an, des manifestations massives ont éclaté au Liban. Ces rassemblements ont été sévèrement réprimés et la liberté d’expression étouffée. Au cœur de cette violence, du matériel de maintien de l’ordre français a été identifié.

Depuis plus d’un an, les Libanais manifestent pour leurs droits économiques et sociaux, pour la justice et contre la corruption. Alors que les manifestations restent majoritairement pacifiques depuis octobre 2019, elles ont été violemment réprimées par l’armée et les forces de sécurité au moyen de coups et de tirs de gaz lacrymogène, de balles en caoutchouc, voire parfois de balles réelles et de plombs. Certaines de ces armes et munitions étaient d’origine française.

Pour les droits humains et contre la corruption

Bien que le gouvernement ait démissionné, à la suite des manifestations d’octobre 2019, de nombreux dirigeants, qui dominent la scène politique depuis des dizaines d’années, sont restés au pouvoir. En janvier 2020, un nouveau gouvernement a été formé, mais peu de changements ont été apportés pour répondre aux revendications de la population. Les manifestations ont donc continué.

Le 4 août, une explosion est survenue dans le port de Beyrouth, faisant au moins 190 morts, plus de 6 500 blessés et laissant environ 300 000 personnes sans abri. Dès le 8 août 2020, cet événement tragique a ravivé les manifestations avec des revendications de justice. Une deuxième fois, la pression de la rue a entraîné la démission du gouvernement. Mais à quel prix ? L’armée et les forces de sécurité ont tiré, blessant plus de 230 personnes lors des manifestations du 8 août 2020, certaines victimes subissant des blessures causées par des plombs tirés dans leurs yeux ou par des grenades de gaz lacrymogènes tirés en direction de leur tête et de leur visage.

À ce jour, aucune enquête transparente n’a été menée sur le recours excessif à la force et les victimes n’ont reçu aucune réparation.

Lire aussi : Après l'explosion de Beyrouth, les manifestants pris pour cible

Des lacrymogènes, du plomb et des coups

Si la réponse de l’armée et des forces de sécurité a été variable selon les régions, la violence de la répression s’est intensifiée avec des épisodes dramatiques faisant des centaines de blessés. Nous avons recueilli des informations et témoignages démontrant des pratiques de recours excessif à la force, notamment l’usage illégal de grenades lacrymogènes, des manifestants roués de coups ou des tirs directs sur des foules non armées.

Lire aussi : Un niveau de violence record contre les manifestants au Liban

Chronologie des violences

Le 26 octobre 2019 : l’armée a ouvert le feu sur plusieurs dizaines de manifestants participant à un sit-in dans le secteur de Beddawi, près de Tripoli (nord du Liban).

Le 14 décembre 2019 : selon des témoins, des policiers antiémeutes ont foncé à travers une foule de manifestants pacifiques rassemblés devant le Parlement à Beyrouth, accompagnés d’hommes en civil armés de matraques. Ils ont pourchassé et frappé les manifestants. En quelques minutes, ils ont tiré des salves incessantes de grenades lacrymogènes.

Le weekend des 18 et 19 janvier 2020 : de nombreuses preuves montrent que des policiers antiémeutes ont tiré directement sur la foule, à hauteur du visage, blessant de nombreuses personnes. La Croix-Rouge libanaise a dénombré au moins 409 blessés. Selon le témoignage d’un chirurgien à l’Hôtel-Dieu, certains manifestants ont perdu la vue.

Des armes « made in France »

Au cœur de cette violente répression des armes françaises ont été largement déployées. Nous avons identifié plusieurs types de grenades lacrymogènes fabriquées par les entreprises Nobel Sport Sécurité et SAE Alsetex ainsi que différents types de lance-grenades produits par cette dernière

Comme nous avons pu le démontrer, les forces de sécurité ont riposté avec des grenades lacrymogènes, dont la plupart avaient été fabriquées par l’entreprise française SAE Alsetex.

Brian Castner, conseiller pour les situations de crise sur les armes et les opérations militaires à Amnesty International.

La France figure parmi les plus grands exportateurs de gaz lacrymogène. Or, l’opacité qui entoure les transferts de ce type d’équipement utilisés à des fins de maintien de l’ordre est tout aussi importante que celle entourant les transferts de matériels de guerre voire plus.

Le règne de l’opacité

Tout d’abord, il existe un manque de transparence considérable quant au cadre juridique qui s’applique à ces matériels utilisés à des fins de maintien de l’ordre. Du reste il n’existe pas de liste recensant ces équipements auxquels s’appliquerait un régime de contrôle déterminé. A la difficulté d’appréhender le contrôle à l’exportation de ces matériels s’ajoute l’absence d’information officielle sur l’importance de leurs transferts.

Enfin, il est impossible de connaître la procédure d’évaluation des risques à l’exportation que suit ou a suivi la France, dans le cadre de ses transferts d’équipements au Liban, destinés à être utilisés à des fins de maintien de l’ordre. Le respect d’une telle procédure d’évaluation s’impose dès lors qu’il s’agit de matériels soumis au régime de contrôle à l’exportation des matériels de guerre. C’est le cas des lance-grenades.

De fait, sur la question des équipements de maintien de l’ordre ou destinés à être utilisés à cette fin, la France est bien avare en information. Ainsi, le rapport annuel au Parlement sur les exportations d’armement ne fournit quasiment aucune information sur le sujet. Or c’est l’unique instrument national d’information sur les transferts d’armes de la France.

Comprendre : Les obligations du gouvernement français en matière de ventes d'armes

Il ne s’agit pas d’une première fois pour la France.

Déjà en 2018, nous prouvions que des blindés français avaient servis à réprimer de façon sanglante les manifestations égyptiennes entre 2012 et 2015. Par ailleurs, à l’occasion du printemps arabe, notre organisation avait interpellé le gouvernement français, pour qu’au vu de la répression et des armes employés, la France applique le même degré de vigilance concernant l’exportation d’équipements de maintien de l'ordre qu’à celui appliqué à l’exportation de matériels de guerre.

Agir

Demandez des comptes à vos députés !

Encore une fois, des armes françaises sont utilisées dans le cadre de manifestations violemment réprimées dans un pays étranger. Inacceptable !

En deux clics, interpellez vos députés pour qu’ils demandent des comptes au Président de la République.

Les cookies assurent le bon fonctionnement du site, en continuant la navigation vous acceptez leur utilisation. Gérer les paramètres