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Les migrants du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord piégés en Biélorussie ont convergé vers la frontière avec la Pologne, où des clôtures en fil de fer barbelé et des troupes polonaises ont bloqué leur entrée à plusieurs reprises
Les migrants du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord piégés en Biélorussie ont convergé vers la frontière avec la Pologne, où des clôtures en fil de fer barbelé et des troupes polonaises ont bloqué leur entrée à plusieurs reprises © Pavel Bednyakov / Sputnik

Les migrants du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord piégés en Biélorussie ont convergé vers la frontière avec la Pologne, où des clôtures en fil de fer barbelé et des troupes polonaises ont bloqué leur entrée à plusieurs reprises © Pavel Bednyakov / Sputnik

Les migrants du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord piégés en Biélorussie ont convergé vers la frontière avec la Pologne, où des clôtures en fil de fer barbelé et des troupes polonaises ont bloqué leur entrée à plusieurs reprises © Pavel Bednyakov / Sputnik

Réfugiés et migrants

L’accueil des réfugiés en Pologne : deux poids deux mesures

À l’heure où un véritable élan de solidarité avec les personnes fuyant l’Ukraine se manifeste en Pologne (et ailleurs en Europe), d'autres réfugiés, qui se pressent à la frontière avec le Bélarus, sont eux victimes de refoulements illégaux et de violences. Ces derniers, qui sont principalement originaires de Syrie, d’Irak ou d’Afghanistan, ne semblent pas mériter le même traitement. Cette solidarité sélective interroge et met en lumière l’hypocrisie des politiques d’accueil.

Après une interruption durant l’hiver, un nombre accru de demandeurs et demandeuses d’asile tentent aujourd’hui de rejoindre l’Europe en franchissant la frontière entre le Bélarus et la Pologne. Ils se heurtent à des clôtures barbelées et font l’objet de refoulements illégaux répétés et violents de la part des garde-frontières, parfois jusqu’à vingt ou trente fois.

Pire encore, ils font l’objet de détention arbitraire. En 2021, près de 2 000 demandeurs d’asile se sont retrouvés enfermés et traités de manière abusive ; des fouilles au corps humiliantes, parqués dans des centres insalubres et surpeuplés... Ainsi, après avoir fui la guerre, la terreur ou les bombes, les demandeurs d’asile se retrouvent face à de nouvelles épreuves traumatisantes.

Ces traitements soulignent le contraste avec l’accueil chaleureux qu’offre la Pologne aux personnes fuyant le conflit en Ukraine. L’attitude des autorités polonaises est empreinte de racisme et d'hypocrisie.

Lire aussi : Qu'est-ce que la protection temporaire accordée aux personne fuyant l'Ukraine ?

Des conditions de détention épouvantables

Les garde-frontières polonais arrêtent systématiquement et refoulent violemment les personnes qui franchissent la frontière depuis le Bélarus, parfois sous la menace des armes. La majorité des personnes qui ont la chance de ne pas être renvoyées de force au Bélarus et de pouvoir demander l’asile en Pologne sont placées de façon systématique en détention, sans évaluation réelle de leur situation individuelle ni de l’impact que la détention aura sur leur santé psychologique et physique.

Souvent, elles sont détenues pour une durée prolongée et indéfinie dans des centres surpeuplés qui offrent peu d’intimité et un accès limité à des installations sanitaires, à des médecins, à des psychologues ou à une aide juridictionnelle.

Presque toutes les personnes que nous avons interrogées ont déclaré qu’elles étaient traumatisées après avoir fui des zones de conflit et être restées coincées pendant des mois à la frontière entre le Bélarus et la Pologne. Elles souffraient également de graves problèmes psychologiques, notamment d’anxiété, d’insomnie, de dépression et de pensées suicidaires fréquentes, sans aucun doute exacerbées par leur détention injustifiée. La plupart ne bénéficiaient d’aucun soutien psychologique.

Lire aussi : Le "risque de mourir" est-il devenu acceptable ?

Le centre de Wędrzyn : « Bienvenue à Guantánamo »

La plupart des personnes avec lesquelles nous nous sommes entretenues ont déjà séjourné au centre de Wędrzyn, une base militaire encore active qui enferme 600 personnes en demande d’asile. La surpopulation est particulièrement forte dans ce centre, où s’entassent jusqu’à 24 hommes dans des pièces de seulement 8 m².

En 2021, les autorités polonaises ont diminué l’espace minimum requis pour les détenus étrangers, le faisant passer de 3 m² par personne à seulement 2 m². Les normes du Conseil de l’Europe fixent l’espace personnel minimum dans les prisons ou les centres de détention à 4 m² par personne.

D’après nos témoins, les gardiens accueillent les nouveaux en leur disant « Bienvenue à Guantánamo ». La plupart ont été victimes de torture dans leur pays d’origine avant d’endurer des expériences très difficiles au Bélarus et à la frontière polonaise. Ces traumatismes sont ravivés par les murs rehaussés de barbelés, le bruit persistant des véhicules blindés, des hélicoptères et des tirs d’exercice dans la zone.

Le plus souvent, nous étions réveillés par le bruit des tanks et des hélicoptères, auquel succédaient tirs d’armes à feu et explosions. Parfois, cela durait toute la journée. Lorsque vous n’avez nulle part où aller, pas d’activités pour vous changer les idées ni aucun endroit où aller, ne serait-ce que pour un bref répit, c’est intolérable. Après la torture en prison en Syrie, les menaces à ma famille, puis des mois sur les routes, je pense que Wędrzyn a fini de me briser.

Khafiz, un réfugié syrien

Le centre Lesznowola

Au centre de Lesznowola, les détenus ont raconté que le traitement infligé par les gardiens leur donnait le sentiment d’être déshumanisés. Le personnel ne les appelle pas par leur nom, mais par leur numéro de dossier, et leur inflige des sanctions excessives, notamment l’isolement, pour de simples demandes, par exemple pour une serviette ou un supplément de nourriture.

La quasi-totalité des personnes interrogées ont signalé un comportement sans cesse irrespectueux et insultant, des remarques racistes et d’autres pratiques constitutives de mauvais traitements psychologiques.

Les hommes interrogés se sont tous plaints de la manière dont sont menées les fouilles corporelles. Lorsqu’ils sont transférés d’un centre de détention à l’autre, ils sont contraints de subir une fouille au corps dans chacun des centres, doivent se déshabiller entièrement et s’accroupir plus longtemps que ne le nécessite un contrôle légitime.

Le témoignage de Yezda, demandeuse d’asile kurde

Nous avons interrogé plusieurs personnes renvoyées de force. Dans certains cas, les garde-frontières ont usé d’une force excessive, notamment avec des tasers, l’usage de menottes, et l’administration de sédatifs dans certains cas. Yezda est une femme kurde d’Irak âgée de 30 ans, arrivée en Pologne via le Bélarus avec son époux et leurs trois enfants en bas âge. Lorsqu’on lui a dit que sa famille allait être renvoyée en Irak, Yezda a paniqué, elle a hurlé et supplié les gardes de ne pas les emmener. Elle a menacé de se suicider et est devenue extrêmement agitée.

Je savais que je ne pouvais pas retourner en Irak et j’étais prête à mourir en Pologne. Pendant que je pleurais comme ça, deux gardiens m’ont immobilisée, ainsi que mon mari, nous ont lié les mains derrière le dos et un médecin nous a fait une injection, qui nous a affaiblis et endormis...

Yezda, une femme kurde de 30 ans

Elle ajoute : « On nous a demandé de franchir la sécurité de l’aéroport et les gardiens nous ont enjoint de bien nous tenir dans l’avion. Mais j’ai refusé d’y aller. Je me souviens avoir remarqué que je n’avais même pas de chaussures, car pendant le chaos dans le camp, elles avaient glissé de mes pieds. Ma tête était brumeuse et je ne voyais pas mon mari ni mes enfants, mais je me souviens qu’ils m’ont forcée à monter dans l’avion, qui était bondé. Je pleurais toujours et je suppliais la police de ne pas nous emmener. »

Yezda s’est cassée le pied alors qu’elle résistait pour ne pas monter dans l’avion. Yezda et sa famille ont été reconduits à Varsovie, la compagnie aérienne ayant refusé de les emmener en Irak. Ils se trouvent toujours dans un camp en Pologne.

Bloqués aux frontières de l’Europe

Le 20 mars, les autorités bélarussiennes auraient expulsé près de 700 personnes exilées, notamment des familles avec de jeunes enfants et des personnes souffrant de graves maladies et handicaps, de l’entrepôt du village bélarussien de Bruzgi dans lequel étaient hébergées plusieurs milliers de personnes en 2021.

Lire aussi : Pologne - Bélarus : l'horreur aux frontières de l'Europe

Ces personnes se sont soudain retrouvées bloquées dans la forêt, s’efforçant de survivre par des températures négatives, sans abri, sans nourriture, sans eau ni accès à des soins médicaux. Beaucoup subissent des abus quotidiens de la part des garde-frontières bélarussiens. Ils se servent de chiens et font preuve de violence pour les obliger à traverser la frontière vers la Pologne.

L’accueil des réfugiés en Pologne : deux poids deux mesures - Amnesty International France