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Photo:©A Majeed/AFP/Getty Images

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Pakistan

Les droits humains au Pakistan en 2019

La répression du droit à la liberté d’expression s’est intensifiée. 

Les disparitions forcées restaient une pratique répandue et les auteurs de ces actes restaient impunis.

Le gouvernement n’a pas respecté l’engagement qu’il avait pris de légiférer contre la torture et les disparitions forcées. 

Les violences faites aux femmes et aux filles demeuraient généralisées. 

Le Parlement a bloqué les tentatives visant à restreindre la pratique du mariage des enfants. 

Les minorités religieuses continuaient d’être poursuivies en vertu de législations relatives au blasphème et de faire l’objet d’attaques d’acteurs non-gouvernementaux.

La lutte pour la justice climatique s’est emparée des rues, et des mobilisations populaires se sont formées dans les grandes villes pour appeler le gouvernement à faire preuve de détermination tant au niveau national qu’international pour le pays, qui figurait parmi les plus vulnérables face à la crise climatique.

La pollution de l’air a atteint des niveaux dangereux dans les grandes villes, mettant en péril le droit des personnes à la santé, à la vie, et dans le cas des enfants, à l’éducation.  

L’armée a renforcé son contrôle sur l’économie, sur la politique étrangère et la sécurité nationale, restreignant l’espace dont disposait la société civile pour défendre et promouvoir les droits humains.

Plusieurs membres de l’opposition politique ont été emprisonnés suite à des accusations dont ils affirmaient qu’elles étaient motivées par des considérations politiques, ce qui suscitait des inquiétudes par rapport à l’équité des procédures.  

Le changement climatique et ses répercussions au Pakistan ont pris une part plus importante dans le débat public. En mai, près de 1 500 paysans ont marché 140 kilomètres de la région du delta de l’Indus à Thatta, dans la province du Sind, pour demander au gouvernement de déclarer un état d’urgence relatif à la pénurie d’eau et de prendre des mesures pour lutter contre l’érosion des terres. L’économie agraire du Pakistan restait vulnérable au changement climatique, vulnérabilité qui avait des conséquences directes sur les droits à l’eau et à l’alimentation de millions de personnes à travers le pays.  

De grandes manifestations pacifiques ont eu lieu au cours de l’année en soutien aux droits des femmes, des étudiants et des Cachemiris et contre les disparitions forcées.  

DISPARITIONS FORCÉES 

Parmi les victimes de disparitions forcées, on comptait des militants politiques, des étudiants, des journalistes, des défenseurs des droits humains et des musulmans chiites, en particulier dans les provinces du Sind et du Baloutchistan. En janvier, Ahmad Mustafa Kanju, un militant de Rahim Yar Khan dans la province du Pendjab, a disparu de son domicile. En mars, deux journalistes de Karachi ont été victimes de disparition forcée pendant un mois. En octobre, Suleman Farooq Chaudhry, un étudiant en ingénierie, a disparu près d’Islamabad. En novembre, le défenseur des droits humains et ancien consultant d’Amnesty International Idris Khattak a été victime de disparition forcée près de Swabi dans la province de Khyber Pakhthunkhwa. En décembre, l’avocat Shafiq Ahmed a été victime de disparition forcée pendant 17 jours, durant lesquels il a été torturé. Des centaines de personnes victimes de disparitions forcées ont été libérées tout au long de l’année. Deux des personnes libérées ont été inculpées par la suite et poursuivies pour possession d’armes.  

Avec la promulgation de l’Ordonnance relative aux forces armées de la province de Khyber Pakhtunkhwa (assistance aux autorités civiles), les risques de disparitions forcées ont été amplifiés dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. L’ordonnance octroyait un certain nombre de pouvoirs excessifs aux organes chargés du maintien de l'ordre, y compris la capacité de maintenir des personnes en détention sur la base de motifs vagues sans même qu’elles soient jugées ou inculpées. Les personnes arrêtées étaient incarcérées dans des centres de détention de la province où d’autres victimes de disparitions avaient également été détenues. Une procédure contestant l’ordonnance était en instance devant la Cour suprême du Pakistan.  

LIBERTÉ D’EXPRESSION, D’ASSOCIATION ET DE RÉUNION  

Des militants politiques et des journalistes ont été pris pour cible et poursuivis au moyen de textes législatifs draconiens, comme la Loi relative à la prévention de la cybercriminalité (PECA), la Loi antiterroriste ainsi que des articles du Code pénal relatifs à la sédition et à la diffamation. Le gouvernement a restreint les libertés dont disposaient les médias et des professionnels du secteur ont signalé un environnement de plus en marqué par la censure, la coercition et le harcèlement émanant des autorités. 

En février, la police judiciaire fédérale du Pakistan a lancé une enquête sur des journalistes et des membres de partis politiques après qu’ils ont remplacé leur photo de profil par celle du journaliste saoudien assassiné Jamal Khashoggi, en signe de protestation contre la visite officielle au Pakistan du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. 

En avril, la police judiciaire fédérale du Pakistan a inculpé le journaliste Shahzeb Jillani de « cyberterrorisme » et de discours de haine pour des commentaires présumés diffamatoires sur les réseaux sociaux. En mai, un tribunal de Karachi a abandonné les charges retenues contre lui, invoquant l’insuffisance des éléments de preuve.  

En avril également, Shafique Ahmed, un avocat d’Okara, a été inculpé de charges en vertu de la Loi contre la cybercriminalité et de diffamation pour avoir « répandu des informations fausses et excessives » et pour des « publications diffamatoires à l’encontre des instances du Pakistan ».  

Les autorités ont intensifié la répression visant le Pashtun Tahaffuz Movement (PTM, Mouvement pour la protection des Pachtounes), qui faisait campagne contre les violations des droits humains. Elles ont arrêté et maintenu en détention arbitraire des dizaines de sympathisants du mouvement, et les ont placés sous surveillance, intimidés, poursuivis en justice et menacés de violence.  

En janvier, le militant du PTM Alamzaib Khan a été arrêté par la police sous la menace d’une arme à Karachi et inculpé de « participation à des émeutes » et d’« incitation à la haine » pour avoir participé pacifiquement à une manifestation. Il a été libéré en septembre après que la Cour suprême lui a accordé une libération conditionnelle sous caution. En février, Arman Luni, un militant du PTM de la province du Baloutchistan, est mort après avoir été frappé par des policiers à la suite d’une manifestation pacifique à laquelle il avait participé dans le district de Loralai.  

En mai, Gohar Wazir, un journaliste de la chaîne de télévision Khyber News, a été arrêté dans la ville de Bannu dans la province de Khyber Pakhtunkhwa pour avoir interviewé Mohsin Dawar, un parlementaire soutenant le PTM. Au cours du même mois, Mohsin Dawar et Ali Wazir, également parlementaire soutenant le PTM, ont été arrêtés suite à leur présence en tête d’un cortège dans la région de Khar Kamar, dans le Waziristan du Nord, un district de la province de Khyber Pakhtunkhwa. Au moins 13 personnes ont été tuées, dont trois sympathisants du PTM, lorsque le cortège a essuyé des tirs. Au cours des jours ayant suivi l’incident, les autorités ont coupé les lignes téléphoniques et bloqué l’accès à Internet. Les deux parlementaires ont été libérés sous caution en septembre.  

Gulalai Ismail, une défenseure des droits humains qui faisait campagne contre les violences à l’encontre des femmes et les disparitions forcées, a été inculpée de sédition, terrorisme et diffamation en mai. En août, elle s’est enfuie aux États-Unis. Sa famille a continué à subir des actes d’intimidation de la part des autorités chargées du maintien de l’ordre. En juillet, des poursuites pour terrorisme ont été engagées par la police contre Gulalai et ses parents, Muhammad et Uzlifat Ismail. En octobre, Muhammad Ismail a été accusé de « discours de haine » et de « cyberterrorisme » en vertu de la Loi contre la cybercriminalité et il a été arrêté.  

En novembre, une plainte a été déposée pour sédition contre 17 étudiants de la minorité ethnique sindhi qui avaient manifesté de manière pacifique contre la pénurie d’eau à Jamshoro, dans la province du Sind.  

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES, AUX FILLES ET AUX PERSONNES TRANSGENRES  

Les violences faites aux femmes et aux filles ont persisté, y compris des enlèvements, des agressions physiques, des viols et des assassinats. En juin, le président de la Cour suprême a annoncé la création de 1 016 tribunaux visant à traiter les affaires de violences conjugales.  

En juin, Maya, une femme transgenre de 19 ans, a été tuée par balle par son père à Naushehra, dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. Au moins quatre autres femmes transgenres ont été assassinées en 2019. En juin, deux femmes transgenres ont été grièvement blessées par balle dans la province de Khyber Pakhtunkhwa. 

En septembre, un tribunal a refusé aux parents de Qandeel Baloch la permission d’accorder leur pardon à leur fils pour l’assassinat de leur fille en vertu d’une loi de 2016 qui interdisait d’accorder une grâce aux auteurs de crimes en échange du « prix du sang ». Qandeel Baloch a été tuée en 2016 par son frère, qui avait déclaré qu’elle avait « déshonoré » sa famille. Son frère a été condamné à mort.   

DROITS DES ENFANTS 

Les signalements de violences et d’abus sexuels contre les enfants étaient fréquents. En juillet, le ministère des Droits humains a lancé une campagne de sensibilisation à l’échelle nationale pour la « prévention des abus sexuels à l’encontre des enfants ». 

En octobre, Sohail Ayaz, un prédateur sexuel condamné au Royaume-Uni a été arrêté à Peshawar pour abus sexuels à l’encontre de 30 mineurs. Sohail Ayaz travaillait depuis trois ans comme consultant auprès du gouvernement provincial de Khyber Pakhtunkhwa depuis son retour au Pakistan.  

En mai, la chambre basse du Parlement a bloqué un projet de loi visant à repousser à 18 ans l’âge minimum de mariage pour les filles afin de l’aligner sur celui des hommes.  

En janvier, le gouvernement provincial du Pendjab a voté une loi pour la protection des employés de maison interdisant aux particuliers d’embaucher des personnes âgées de moins de 15 ans. Néanmoins, des enfants continuaient d’être embauchés comme employés de maison dans tout le pays.   

LIBERTÉ DE RELIGION ET DE CONVICTION 

Les lois relatives au blasphème étaient encore utilisées pour persécuter des personnes et permettaient toujours que des atteintes aux droits humains soient commises au Pakistan. Des groupes armés menaient des attaques à l’encontre de communautés religieuses et des organisations sectaires incitaient à la haine contre des minorités religieuses en toute impunité. En septembre, Nautan Lal, directeur d’un établissement scolaire à Ghotki, a été inculpé de blasphème après qu’une foule emportée par un dignitaire religieux a vandalisé un temple hindou local et a attaqué des propriétés appartenant à la communauté hindoue.  

En mai, Asia Bibi, une femme chrétienne qui a passé huit ans dans le quartier des condamnés à mort pour de fausses accusations de blasphème, a enfin été autorisée à quitter le pays avec sa famille. En janvier, la Cour suprême a confirmé la décision de l’acquitter, ce qui a déclenché des manifestations de groupes armés. En décembre, Junaid Hafeez, un professeur accusé de blasphème a été condamné à mort par un tribunal à Multan. Incarcéré depuis 2013, il a été maintenu à l’isolement la plupart du temps.  

Des acteurs non gouvernementaux ont continué à attaquer des personnes appartenant à des minorités religieuses. En avril, un attentat-suicide revendiqué par le groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique a visé la communauté chiite hazara, à Quetta, dans la province du Baloutchistan, et a fait au moins 20 morts. Les femmes et les filles des communautés chrétiennes, hindoues, et sikhes étaient confrontées à diverses atteintes à leurs droits fondamentaux, y compris des conversions forcées, particulièrement dans la province du Sind.  

DROIT À LA SANTÉ 

En novembre et en décembre, la pollution de l’air a atteint des niveaux dangereux dans plusieurs grandes villes pakistanaises, notamment à Lahore. Les écoles ont dû fermer leurs portes pendant au moins trois jours. Une nette hausse des maladies respiratoires a été constatée. Le gouvernement a annoncé qu’il allait prendre des mesures spécifiques en réponse à cette crise, comme l’amélioration de la qualité des carburants et l’enclenchement de la transition vers des véhicules électriques. 

DROITS DES TRAVAILLEURS ET DES TRAVAILLEUSES 

Parmi les préoccupations des militants pour les droits du travail et des syndicats de divers secteurs, y compris le secteur du travail informel, figuraient toujours la question de la protection des travailleuses et travailleurs et de l’adoption et la mise en œuvre d’une législation dans toutes les provinces du pays. 

Selon l’Association des mineurs de charbon, dans les mines de charbon, des dizaines de travailleurs avaient été tués dans des accidents du travail en raison du manque d’équipements de protection, des techniques de travail dépassées, et des effondrements de galeries. Le rapport d’enquête d’août 2019 de la Commission des droits humains du Pakistan a révélé que les mineurs étaient confrontés à de nombreux problèmes, y compris à des obstacles visant les activités syndicales, à des maladies potentiellement mortelles et à des conditions de travail dangereuses.  

Le travail en servitude perdurait partout dans le pays dans les briqueteries et dans le secteur agricole malgré l’existence d’une loi de 1992 qui interdisait cette pratique cruelle.  

Dans la province du Pendjab, une loi relative aux employés de maison adoptée en janvier a légalisé le travail domestique appartenant au secteur du travail informel. 

Peine de mort: non abolitionniste

La peine de mort est inscrite dans la législation du pays ou territoire.

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