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Partout dans le monde, les pratiques autoritaires progressent. Les États-Unis en sont le dernier exemple le plus frappant : dans cette démocratie ancienne, qui se présentait comme un modèle, les droits humains se sont dégradés à une vitesse fulgurante. À l’approche d’échéances électorales cruciales en France, Amnesty International livre ce que nos chercheurs observent dans le monde entier : comment les fondements d’un État de droit et de la protection des droits humains peuvent être affaiblis, petit à petit, par l’adoption de pratiques autoritaires. Ces pratiques contaminent même les démocraties, et la France n’est plus à l’abri de cette tendance mondiale. Notre analyse des sept signes des pratiques autoritaires montre pourquoi notre État de droit est aujourd’hui en état d’alerte.
Des pratiques autoritaires sont des méthodes d’exercice du pouvoir basées sur un schéma d’actions que des dirigeants mettent en place pour asseoir et concentrer leur pouvoir, empêcher les individus de s’exprimer, limiter l’espace civique, affaiblir l’État de droit et bafouer les droits humains.
Donald Trump aux États-Unis, Javier Milei en Argentine, Giorgia Méloni en Italie… les pratiques autoritaires s’installent dans des démocraties pourtant bien établies, avec des institutions solides et garantes de l’État de droit. Elles ne sont pas le fruit de mauvaises décisions gouvernementales isolées ou de crises nationales ponctuelles. Non. Ces pratiques suivent une intention de contrôle, une forme de mécanique, un « manuel » commun reconnaissable et qui s’applique de manière répétée des États-Unis aux Philippines, de la Russie à l’Argentine en passant par la Hongrie, la Slovaquie ou encore l’Italie.
Depuis 1961, grâce au soutien de nos donateur·ices, nos équipes enquêtent de manière indépendante et impartiale sur les atteintes aux droits humains dans 160 pays. Notre expertise nous a permis d’établir une grille d’analyse de la mécanique des pratiques autoritaires. Résultat : qu’importe le régime politique, les pratiques autoritaires peuvent s’installer et contaminer un pays. On vous explique comment les reconnaitre.
Notre rôle : vous donner les moyens de repérer ces signes par vous-même, en amont d’échéances électorales cruciales pour la préservation de notre État de droit. Ils ne relèvent d’aucun camp. Il ne s’agit pas de choisir un système politique mais de comprendre un mécanisme : comment la peur est convoquée, un groupe est désigné comme menace, des mesures présentées comme exceptionnelles durent et réduisent nos libertés peu à peu.
L’alerte lancée aujourd’hui par Amnesty International est fondée sur une grille de lecture éprouvée et précise de sept signes de pratiques autoritaires. Pour chacun, nous signalons où en est la France, et ce qui se passe aux États-Unis, comme un possible miroir grossissant. S’il n’est pas question de comparer les situations, notre voisin outre-atlantique nous montre comment le glissement progressif vers des pratiques autoritaires crée une forme d’accoutumance et conduit à une rapide détérioration de l’État de droit.
Il est important de rappeler qu’Amnesty International est une association financée essentiellement par vos dons. Nous refusons tout financement de gouvernement et d’entreprise qui pourrait compromettre notre impartialité et notre indépendance. Pour garantir le respect des droits humains et préserver notre liberté d’action, nous avons plus que jamais besoin de vous.
SIGNE 1 : ATTAQUER LA PRESSE
Un État qui adopte des pratiques autoritaires cherche à faire taire celles et ceux qui informent librement. Les médias sont souvent le premier contre-pouvoir visé : lorsque le pouvoir contrôle les médias, il contrôle les récits.
Première étape : fragiliser l’indépendance de la presse. Des groupes privés proches du pouvoir sont entrés au capital de divers médias et placent aux postes de direction des personnalités de leur entourage. Les journalistes qui ne suivent pas la nouvelle ligne éditoriale sont écartés, voire licenciés. Les médias se concentrent entre quelques mains et le pluralisme s’érode : les mêmes images et les mêmes discours circulent partout. Ces discours peuvent être manipulés et la censure s’appliquer. Au niveau de l’Etat, des lois qui restreignent la liberté de la presse sont adoptées.
Ensuite, la pression s’exerce sur les journalistes eux-mêmes, victimes de violences verbales, physiques ou psychologiques. Insultes, agressions lors de la couverture des manifestations, pressions, surveillance, procédures visant les journalistes qui enquêtent de trop près sur les sphères de pouvoir, gardes à vue, poursuites judiciaires…
Au stade le plus avancé, informer devient une question vitale. Des journalistes sont victimes de détentions arbitraires, disparitions forcées, et sont poursuivis pour des motifs fallacieux comme l’espionnage. Certains sont mêmes assassinés.
À chaque étape, l’objectif reste le même : museler celles et ceux qui dérangent et pourraient mettre en lumière les défaillances du pouvoir. Car moins la population est informée, moins elle est en mesure de contester ou de demander des comptes.
FRANCE
- Concentration des médias en France : une dizaine de milliardaires contrôlent la quasi-totalité des grands médias privés nationaux.
- Usage excessif de la force par les forces de l’ordre : à l’encontre des journalistes qui couvrent les manifestations (Gilets jaunes, réforme des retraites, mouvement lycéen) : agressions physiques délibérées, confiscations de matériel de protection, interdictions de filmer.
- Pressions contre les journalistes d’investigation : convocations par la DGSI, perquisitions à domicile, gardes à vue, surveillance.
ÉTATS-UNIS
- Procédures baillons : Paramount, la société mère de CBS News, a versé 16 millions de dollars pour mettre un terme aux poursuites judiciaires de Donald Trump qui avait accusé la chaîne de télévision d’avoir favorisé Kamala Harris lors d’une interview.
- Accès interdits aux médias : L’agence Associated Press est bannie du bureau Ovale et de l’avion présidentiel à cause de son refus d’utiliser le terme « golfe d’Amérique » pour désigner le golfe du Mexique.
- Journalistes expulsés: Le journaliste Mario Guevara, arrêté alors qu’il couvrait les manifestations contre les politiques migratoires, est expulsé le 3 octobre 2025 vers le Salvador. Il avait pourtant une autorisation valide pour séjourner aux Etats-Unis.
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SIGNE 2 : ÉCRASER LA DISSIDENCE
Un État qui adopte des pratiques autoritaires cherche à faire taire celles et ceux qui protestent. Pour éviter que les voix contestataires remettent en cause l’ordre établi, il cherche à réprimer et à affaiblir, voire à rendre impossible, toute forme de contestation.
Tous les dirigeants le savent : manifester, s’opposer, revendiquer ses droits, sont de puissants leviers de changement. L’Histoire et les évènements récents, partout dans le monde, nous le rappellent. Certaines manifestations ont conduit à des changements politiques majeurs, voire à des révolutions. C’est précisément parce que ce droit est puissant qu’il est une des premières cibles. Là encore, le schéma est reconnaissable.
Première étape : rétrécir l’espace civique, petit à petit. Des manifestations sont restreintes, des associations dénigrées, des actions de militants criminalisées.
Ensuite, on présente la contestation pacifique comme une menace. Une personne qui revendique pacifiquement ses droits devient un « fauteur de troubles ». Cela décrédibilise les actions, décourage celles et ceux qui protestent, et installe l’idée que défendre les droits humains serait une menace.
Enfin, une fois ce climat instauré, la machine passe à la vitesse supérieure : répression de plus en plus sévère des manifestations, acharnement judiciaire, mise au ban des voix critiques. Arrive alors le point de non-retour où la contestation n’est plus rendue difficile mais impossible : interdiction de manifester, arrestations massives des voix critiques ou manifestants, opposants en prison. Toute contestation devient un crime, et protester, une question de vie ou de mort.
FRANCE
- Manifestations réprimées : arrestations record de mineur-es pendant le mouvement lycéen débuté en septembre 2026, multiplications d’interdictions des manifestations contre la vie chère du 24 octobre 2026, acharnement judiciaire contre des manifestants…
- Associations menacées : conditionnement du financement public des associations par le contrat d’engagement républicain créé par la “loi séparatisme” ; dénigrement ou menaces de dissolutions administratives d’associations comme Urgence Palestine, fragilisation des associations féministes et LGBTI+ comme avec les baisses de subventions du Planning familial…
- Les militant.es criminalisés : qualifications des défenseurs de l’environnement d’ »éco-terroristes » par des responsables politiques, sanctions sévères pour des actions de désobéissance civile, arrestations de militants qui s’opposaient à la construction de l’autoroute A69…
ÉTATS-UNIS
- Manifestant-es expulsé-es : volonté d’expulsions d‘étudiants internationaux qui défendaient les droits des palestinien-nes sur les campus de grandes villes américaines. Mahmoud Khalil était l’un d’eux, a été détenu sans aucune charge retenue contre lui et risquait l’expulsion des Etats-Unis.
- Associations gelées : tout positionnement d’ONGs jugées « anti-américaines », « anticapitalistes » ou « hostiles aux valeurs chrétiennes traditionnelles » risquent des enquêtes, des gels de leurs avoirs ou des accusations de terrorisme.
- Des mots bannis de la recherche : interdiction de mots dans la recherche universitaire comme “femme”, “diversité”, “antiracisme”, “changement climatique”. Les universités non alignées avec les politiques de Trump sont menacées de retrait de financements.
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SIGNE 3 : INSTRUMENTALISER LES TECHNOLOGIES
Un État qui adopte des pratiques autoritaires cherche à savoir qui conteste. Il surveille. Entre ses mains, les outils technologiques deviennent des moyens de contrôle redoutables pour identifier, traquer et classer les personnes.
Première étape : faire accepter la surveillance, par petites touches. Sous couvert de sécurité, des outils de surveillance intrusifs sont mis en place. Comment ? En laissant d’abord croire que ces outils resteront temporaires et exceptionnels. L’objectif : rassurer d’abord, généraliser ensuite. Sacrifier sa vie privée pour un semblant de sécurité ? « Après tout, on n’a rien à se reprocher ». C‘est par ces « petits renoncements », qui semblent anodins, que la bascule devient possible.
Ensuite, l’exception devient la norme. Des outils comme la reconnaissance faciale s’installent dans l’espace public. À la surveillance de masse s’ajoute la surveillance ciblée, avec des logiciels espions qui visent militants, journalistes, opposants politiques, et parfois des groupes déjà marginalisés.
Enfin, la surveillance dissuade et instille la peur. Souvent présentés comme des moyens de lutter contre le terrorisme, ces outils, aux mains de pouvoirs autoritaires, deviennent des armes redoutables : des personnes n’osent plus manifester de peur d’être reconnues, d’autres, identifiées dans la foule par la reconnaissance faciale, sont arrêtées à leur domicile. Certains opposants sont traqués jusque dans leur intimité, jusqu’à ce que le pire puisse advenir.
FRANCE
- Utilisation de drones lors de certaines manifestations : des drones ont survolés la manifestation du 24 octobre 2026 contre la vie chère à Paris.
- Déploiement de la vidéosurveillance algorithmique : la France est le premier pays de l’Union européenne à avoir légalisé la vidéosurveillance algorithmique. Présentée à titre expérimental pour les Jeux Olympiques de 2024, le dispositif a été prolongé.
- Volonté d’installation de la reconnaissance faciale : technologie interdite en France mais utilisée par la police (révélations du média Disclose), souhait de certains responsables politiques de généraliser la reconnaissance faciale dans l’espace public.
ÉTATS-UNIS
- Utilisation de l’IA pour cibler personnes et étudiants étranger.es : l’administration Trump a déployé un arsenal technologique pour cibler ressortissants étrangers, avec le renforcement du programme « Catch and Revoke » (« Attraper et révoquer »).
- Expulsion organisée via des systèmes de surveillance : l’entreprise Palantir a signé un contrat de 30 millions de dollars pour renforcer le système « Immigration OS » qui permet à la police ICE d’automatiser le suivi, l’arrestation et l’expulsion des personnes ciblées.
- Utilisation de la reconnaissance faciale par ICE : l’agence fédérale ICE a multiplié les achats d’outils de repérage et de fichage au profil d’une politique d’expulsions massives
Mobilisez-vous : Pour enfin répondre à « Pas grave la reconnaissance faciale, je n’ai rien à me reprocher », lisez et relayez notre contenu « Reconnaissance faciale : 9 questions pour comprendre ». Vous pouvez aussi voir et partager notre court-métrage qui expose les dangers de la reconnaissance faciale si elle était généralisée en France.
SIGNE 4 : GOUVERNER PAR LA PEUR
Pour faire accepter des restrictions de libertés, Un État qui adopte des pratiques autoritaires cherche à créer un climat de peur. Invoquer une menace constante permet de justifier un renforcement de l’appareil sécuritaire de l’État.
Première étape : la menace occupe tout le débat public. Pour installer la peur, on présente des dangers réels ou supposés, en permanence : insécurité, terrorisme, narcotrafic… À force d’être martelée, la menace finit par installer un climat de peur, dans lequel des mesures dites “exceptionnelles” deviennent acceptables. Il est important de souligner ici que ces dangers (insécurité, terrorisme, narcotrafic…) peuvent être bien réels. Ce que nos enquêtes montrent, ce n’est pas qu’ils sont inventés, mais la façon dont ils sont utilisés.
Puis, encore une fois, l’exception s’installe dans la durée : sous couvert de sécurité, ces mesures “exceptionnelles” sont pérennisées dans le droit commun, restreignant certaines de nos libertés de manière permanente. Résultat : pour faire face aux “menaces”, les libertés reculent, une à une, par une série de mesures juridiques, policières, administratives.
Enfin, une fois cette stratégie bien en place, les instruments créés à titre « exceptionnel » contre certaines catégories de personnes et menaces deviennent applicables à toute la population, en ciblant particulièrement les voix critiques. Cette stratégie qui s’appuie sur la peur peut alors générer de l’autocensure et dissuader des personnes d’exercer pleinement leurs droits et libertés. Elle expose aussi des personnes qui revendiquent simplement leurs droits, au harcèlement, à la crainte permanente d’être prises pour cible, voire à la prison.
FRANCE
- Mesures sécuritaires appliquées : l’état d’urgence de 2015 contenait des mesures « temporaires » mais entrées dans le droit commun, surenchère sécuritaire à la suite des manifestations du 17 octobre 2026 (couvre-feu, interdiction de manifestations, souhait d’interdiction des réseaux sociaux…)
- Utilisation d’armes mutilantes par la police en manifestation : un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée après l’explosion d’une grenade le 5 octobre 2026, la répression policière du mouvement social des Gilets jaunes a mutilé de nombreux manifestants… La France est le seul pays d’Europe à utiliser certaines armes comme les grenades de désencerclement, en manifestations.
- Menaces invoquées en continu : des termes comme celui de « submersion migratoire » sont martelés sur les plateaux télés et par certains responsables politiques. Des groupes sont désignés comme des « des dangers pour la République » comme des personnes musulmanes.
ÉTATS-UNIS
- Arrestations et disparitions de personnes en demande d’asile : des personnes ont été placées en détention voire même expulsées des Etats-Unis sans audience, sans décision de justice, sans que leur avocat n’en ait été informé. Les familles ont été laissées sans nouvelle, sans savoir où se trouvait leur proche.
- Multiplication des pouvoirs de la police : augmentation considérable des champs d’action, budget et effectif de la police ICE, agence fédérale en charge du contrôle de l’immigration et des douanes, depuis le retour au pouvoir de Donald Trump. Il a fait de cette police son bras armé anti-immigration instillant la peur au sein des populations visées.
- Déploiement de l’armée contre les manifestants : 4000 réservistes de la Garde nationale, 700 Marines déployés en juin 2025 face à des manifestants à Los Angeles qui se tenaient en soutien aux personnes ciblées par une vaste opération d’arrestation de l’ICE.
Mobilisez-vous : Signez notre pétition pour exiger un traité international sur le contrôle des armes à « létalité réduite » : ça se passe ici, et elle a déjà obtenu plus de 150 000 signatures ! Vous pouvez aussi voir et partager notre reportage “Grenades de désencerclement : enquête sur des armes qui mutilent”.
SIGNE 5 : FABRIQUER UN ENNEMI
Un pouvoir autoritaire se nourrit de la peur d’un « ennemi de l’intérieur » fantasmé, présenté comme le responsable de tous les maux de la société. Les discours de haine se banalisent et les violences deviennent possibles à l’encontre de celles et ceux désignés comme les boucs émissaires, qui se retrouvent peu à peu privés de leurs droits.
Première étape : diviser. Pour fabriquer un (ou des) ennemi(s), les fractures sociales préexistantes sont exploitées. Les plus vulnérables, les populations marginalisées sont diabolisées. Ce sont souvent les personnes étrangères, les minorités religieuses, les personnes LGBTI+ et les femmes qui sont pointées du doigt. Leurs droits sont attaqués en premier, avant que d’autres groupes soient touchés à leur tour. Parce qu’au final, ce sont les droits de toutes et tous qui sont atteints.
Ensuite, les discours toxiques se banalisent. Les discours haineux, racistes, xénophobes, sexistes et lgbtiphobes se propagent à la fois dans les médias et dans les propos des responsables politiques, souvent au nom de la défense des « valeurs traditionnelles », du « maintien de l’ordre », de la sécurité ou de l’ »identité nationale ». Souvent obsédés par la question migratoire, ces discours permettent au pouvoir de fabriquer un ennemi pour détourner l’attention d’autres problèmes, comme le creusement des inégalités économiques et sociales. En focalisant dessus, il évite de devoir rendre des comptes sur ces problèmes essentiels.
Enfin, ces récits deviennent dominants. Le « nous contre eux » divise les communautés et justifie ensuite des lois discriminatoires et des traitements inhumains. Ces discours sont décomplexés, et repris par la société. Les actes racistes, xénophobes, sexistes et lgbtphobes se multiplient.
Dans les cas extrêmes, c’est toute une violence organisée par l’État qui peut s’ensuivre : Détentions arbitraires, expulsions massives, déplacements forcés…
FRANCE
- Multiplication des discours anti-migration par des responsables politiques : le président Emmanuel Macron a parlé de « processus de décivilisation », l’ancien premier ministre François Bayrou a employé le terme de « submersion » migratoire, l’ancien ministre de l’intérieur Bruno Retailleau a désigné les habitants des quartiers populaires sous le terme de « barbares », la ministre chargée de la lutte contre les discriminations Aurore Bergé a refusé de qualifier la théorie de « grand remplacement » de raciste…
- Attaques contre les organisations féministes et LGBTI+ : Le Planning familial du Bas-Rhin à Strasbourg est visé par plusieurs actes de vandalisme entre janvier et mars 2026 tandis que la ligne d’écoute du 3919 destinée aux femmes victimes de violences a été saturée en février 2026 d’appels malveillants coordonnés par des groupes masculinistes.
- Musèlement de l’action climat par des poursuites judiciaires : 358 procès ont ciblé des militants écologistes entre le 1er janvier 2020 et le 14 octobre 2026 selon le Mouvement de soutien aux défenseur·es de l’environnement (MSDE) participant à la criminalisation de leur lutte.
ÉTATS-UNIS
- Des « chasses antimigrants » : les personnes étrangères, traquées par la police fédérale de l’immigration américaine (ICE), sont détenues dans des conditions inhumaines et victimes d’expulsions massives. Plusieurs personnes ont été victimes d’homicides illégaux commis par des agents de l’ICE.
- Les droits des femmes piétinés : la Cour Suprême a révoqué l’arrêt Roe vs Wade en 2022 qui accordait aux Américaines le droit d’avorter dans tout le pays. De nombreux obstacles limitent l’accès aux soins de santé reproductive comme les baisses de subventions et la fermeture de cliniques.
- Les personnes trans effacées : signature d’un décret présidentiel qui reconnait exclusivement deux genres « masculin et féminin » institutionnalisant de fait la discrimination : interdiction de la mention « X » sur les passeports américains, exclusion des personnes trans de l’armée et des compétitions sportives, transfert des femmes trans détenues dans des prisons pour hommes.
Mobilisez-vous : Apprenez à résister et à répondre aux discours haineux avec les livrets pédagogiques d’Amnesty International, contre les discours antisémites, islamophobes, lgbtiphobes, sexistes et les personnes exilées.
SIGNE 6 : EXPLOITER LES INÉGALITÉS
Un État qui adopte des pratiques autoritaires ne cherche pas à résoudre les inégalités économiques et sociales. Il les laisse s’aggraver. Il s’appuie dessus en désignant un bouc-émissaire qui serait responsable de la précarité des autres, tout en s’alliant généralement avec ceux qui captent les richesses et les ressources. Il présente comme inévitables des mesures qui aggravent les injustices et fragilisent les services publics.
Première étape : détourner l’attention des causes de la précarité. Tout pouvoir autoritaire se renforce en exploitant les ressors des crises sociales et économiques. Au lieu de s’attaquer aux causes profondes des injustices, on détourne l’attention des sources de la précarité en désignant des bouc-émissaires qui seraient à l’origine de tous les maux. L’idée que certaines catégories de la population “profiteraient” excessivement de l’Etat providence au détriment des autres se répand. Les fractures sociales sont utilisées pour diviser les communautés, tel qu’opposer une population « étrangère » présentée comme assistée » et, de l’autre, une population rurale confrontée à l’abandon des services publics. Les difficultés économiques et sociales sont imputées aux « migrants » tandis qu’une concentration excessive des richesses joue dans l’aggravation des inégalités, sujet qui reste largement absent du débat public. Cela nourrit la xénophobie, le racisme et l’acceptation de politiques toujours plus répressives, discriminatoires et injustes.
Ensuite, on prend des mesures qui aggravent les inégalités, en les présentant comme inévitables. Mesures favorisant fiscalement les plus hauts revenus et les grandes entreprises d’un côté, coupes dans la santé, l’éducation ou le logement de l’autre : ces choix laissent les plus vulnérables supporter le coût en premier. Et nous le savons, ce sont les personnes les plus vulnérables, déjà fragilisées, comme les personnes précaires, les familles monoparentales, les personnes racisées ou les personnes en milieu rural qui souffrent en premier des effets de la vie chère.
Enfin, masquer la responsabilité des acteurs les plus puissants dans la précarité. Ils peuvent continuer à promouvoir des politiques qui concentrent davantage les richesses, les pouvoirs et les ressources au profit des grandes entreprises et des ultra-riches.
Autant de pratiques qui aggravent les inégalités, fragilisent les services publics et opposent les personnes les unes aux autres.
FRANCE
- Le creusement des inégalités : depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir en 2017, la fortune des milliardaires français a doublé avec plus de 220 milliards d’euros de gains concentrés dans les mains de 32 personnes. En même temps, 1 Français sur 6 était en situation de pauvreté en 2023 et 2024, ce qui représente le plus haut niveau de pauvreté calculé par l’Insee depuis 30 ans.
- Coupes budgétaires et dégradation des services publics dans la santé, l’éducation et la justice : pénurie de médecins généralistes, déserts médicaux, pénurie de professeurs, pénurie de magistrats, classes surchargées, infrastructures vétustes…
- Recul des aides sociales : le gouvernement actuel prévoit de geler les aides personnalisées au logement en 2027 « On demande un petit effort à tout le monde » a déclaré Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement.
ÉTATS-UNIS
- Réformes fiscales qui creusent les inégalités : multiplication de mesures favorisant les hauts revenus et les entreprises comme la réduction de l’impôt sur les sociétés ou l’allègement pour les hauts revenus.
- Coupes massives dans la santé : pour financer les baisses d’impôts, la One Big Beautiful Bill de Donald Trump impose d’importantes coupes à Medicaid, le régime d’assurance-santé pour 70 millions de personnes aux revenus les plus modestes.
- Démantèlement des services publics : Donald Trump démantèle en mars 2025 le Département fédéral de l’éducation ce qui entraine une réduction drastique du financement des universités publiques et de l’accès aux bourses d’étude, accentuant les fractures sociales dans l’accès à l’éducation.
SIGNE 7 : ÉLIMINER LES CONTRE-POUVOIRS
Un État qui adopte des pratiques autoritaires cherche à effacer les contre-pouvoirs que représentent la justice, les médias, les organisations non gouvernementales et les institutions internationales. L’Etat de droit est ainsi attaqué dans ses fondements. Une fois neutralisés, les pouvoirs sont alors concentrés dans les mains de l’exécutif. C’est l’aboutissement des pratiques autoritaires.
Première étape : installer un discours d’hostilité envers les contre-pouvoirs. Des responsables politiques, relayés par certains médias, remettent en cause la légitimité de la justice, des organisations de la société civile et du droit international. Des campagnes de dénigrement ciblent leurs représentants, comme les avocats ou les magistrats, qui sont harcelés sur les réseaux sociaux, intimidés, menacés voire agressés physiquement.
Ensuite, exercer des pressions sur l’indépendance des contre-pouvoirs. Pressions politiques, incitations financières, tentatives d’ingérence de l’exécutif : certains membres de ces organisations sont même directement sanctionnés ou évincés par le pouvoir.
C’est le principe même de l’État de droit qui est attaqué et remis en cause. Dans un État de droit, personne n’est au-dessus des lois, y compris les dirigeants, qui doivent répondre de leurs actes devant une justice indépendante. Ce système est présenté comme un obstacle plutôt que comme une protection – et un juste équilibre des pouvoirs.
À l’échelle internationale, cela se traduit par la contestation du droit international et des juridictions chargées de le faire respecter comme la Cour pénale internationale. L’objectif : imposer le retour à la loi du plus fort et à l’arbitraire. Le pouvoir autoritaire cherche à neutraliser la justice internationale afin de ne plus avoir à rendre des comptes devant qui que ce soit.
FRANCE
- Campagnes de dénigrement envers la justice : Lors des procès de Nicolas Sarkozy ou de Marine Le Pen, de plus en plus de voix ont dénoncé dans les médias une supposée « tyrannie des juges » et des magistrat.es ont reçu des menaces de mort. Des avocats engagés pour la défense des personnes migrantes ont été listés avec leurs noms et leurs villes d’exercice dans le magazine Frontières du 30 janvier 2025. Ils sont présentés comme des « militants idéologisés » et ont reçu des milliers de menaces de morts.
- Remise en cause du droit international : De nombreux responsables politiques français dénoncent ouvertement la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH), considérée comme un texte paralysant dont il faudrait s’affranchir – en particulier sur la question de l’immigration.
- Participation à l’affaiblissement de la justice internationale : La France a déclaré qu’elle ne mettrait pas à exécution le mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale visant Benyamin Netanyahou. Elle l’a laissé survoler son territoire à pas moins de cinq reprises.
ÉTATS-UNIS
- Campagne de dénigrement envers la justice sur les réseaux sociaux : Les menaces de violences et les appels à la destitution visant les juges américains ont bondi de 327 % en ligne depuis le retour de Donald Trump au pouvoir.
- Licenciements abusifs des représentants de la justice : Michael Gordon, le procureur fédéral de Floride qui a enquêté sur les émeutiers du Capitole a été limogé arbitrairement par Donald Trump.
- Tentative de démantèlement de la Cour Pénale internationale : campagnes de dénigrements envers la CPI, sanctions envers ses juges et personnels, pressions pour obtenir le retrait d’autres Etats, inscription sur la liste noire du Trésor américain…
Mobilisez-vous : Participez ou organisez des débats citoyens avec l’aide d’Amnesty International. L’occasion de parler, de faire entendre des voix diverses, de découvrir ce qui nous unit et d’imaginer ensemble des pistes pour agir en faveur des droits humains, dans un cadre serein et respectueux.
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Détourner l’attention, faire de l’exception la norme, laisser l’inacceptable devenir acceptable : c’est ainsi que l’on s’habitue petit à petit, à céder sur nos droits.
À l’approche d’échéances électorales cruciales, ces sujets seront au cœur du débat. Vous avez désormais une grille de lecture pour déchiffrer les discours qui font reculer nos droits et nos libertés. À vous de juger où en est la France, et d’y prendre votre part. Car rien n’est écrit d’avance. Au Brésil, en Serbie, la jeunesse et les citoyen-nes ont dit “non” aux pratiques autoritaires.
En France aussi, l’État de droit peut tenir bon. Et le meilleur rouage pour enrayer la machine des pratiques autoritaires, c’est vous.
Plus que jamais on a besoin de votre soutien.
De notre côté, nous continuons d’enquêter, de décrypter et de dénoncer les violations des droits humains. Pour jouer ce rôle de contre-pouvoir, nous devons rester libres et indépendants. Aucun Etat, aucune entreprise ne nous dicte quoi dire, quoi faire. Notre indépendance, notre liberté d’action : c'est vous.
