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Gaz lacrymogènes, grenades explosives, LBD, matraques… les forces de l’ordre, partout dans le monde, utilisent ce type d’armes dans le cadre de manifestations. La France ne fait pas exception, en témoigne les images de répression par les forces de l’ordres du mouvement des lycéens, débuté en septembre 2026. Bien que qualifiées d’armes à létalité réduite, ces armes blessent et tuent. Focus sur la dangerosité de ces armes utilisées par les forces de l’ordre.
En France, lundi 5 octobre 2026, un lycéen de 15 ans a eu la main arrachée après l’explosion d’une grenade assourdissante lancée par la police dans le cadre d’une manifestation lycéenne à Lans. Toujours en France, le 2 décembre 2018, Zineb Redouane, 80 ans, est morte après avoir été touchée en plein visage par une grenade lacrymogène tirée par un CRS.
Au Chili, Gustavo Gatica, 21 ans, a perdu la vue après avoir été touché par un projectile tiré par la police.
Dans le cadre de manifestations, des milliers de personnes ont subi des blessures graves qui ont changé leur vie, parfois causé leur mort. L’usage des armes à létalité réduite lors des opérations de maintien de l’ordre est souvent dangereux. Et ces armes sont trop fréquemment utilisées comme outil de répression.
Au vu de la dangerosité des armes à létalité réduite dans les opérations de maintien de l’ordre, nous demandons l’interdiction de certaines armes, la suspension pour d’autres et pour toutes, un encadrement strict de leur usage et de leur commerce. Focus sur la dangerosité d’armes qui n’ont pas leur place dans les opérations de maintient de l’ordre.
Qu’est-ce qu’une arme à létalité réduite ?
Une arme à létalité réduite est une arme alternative aux armes à feu. Ce type d’arme est surtout utilisé dans des opérations de maintien de l’ordre pour neutraliser la ou les cibles. On parle d’armes à létalité réduite et non pas d’armes non létales, car bien qu’elles ne soient pas conçues pour tuer, elles peuvent avoir des conséquences mortelles, en fonction de la manière dont elles sont utilisées.
Voici un inventaire des principales armes à létalité réduite utilisées par les forces de l’ordre pendant des manifestations.
Les grenades explosives
Les grenades assourdissantes sont conçues pour désorienter et semer la panique au sein des manifestations. C’est un dispositif dangereux, de type militaire qui est incompatible avec une gestion sécurisée des manifestations. Ces grenades peuvent entraîner des séquelles à vie : perte d’audition, blessures graves, mutilations dues aux éclats. Ce type de grenade ne doit jamais être utilisé dans le cadre du maintien de l’ordre lors de rassemblements, en raison de leurs effets excessivement dangereux et désorientant. Elles ne sont pas adaptées au maintien de l’ordre en manifestation puisqu’il s’agit d’armes dont l’effet recherché est de désorienter les personnes. Or, l’objectif de leur usage en manifestation est de disperser les personnes.
Les grenades de désencerclement sont des grenades explosives qui ne diffusent pas du gaz mais envoient des projectiles en caoutchouc tout en ayant un effet assourdissant. Cette grenade doit être lancée par les forces de l’ordre en direction du sol. Elle ne peut pas être tirée exclusivement sur des individus commettant des actes de violence sans présenter le risque d’en blesser d’autres à proximité ; les plots qu’elles projettent frappent de façon aléatoire les personnes avec un risque élevé de lésions graves. Par ailleurs, elles ont un effet assourdissant, qui vise à désorienter les personnes, ce qui est contreproductif si l’objectif est de chercher à les disperser car cet effet risque plutôt de les empêcher de réagir.
Les grenades GM2L ont des effets multiples : assourdissant et diffusent aussi du gaz lacrymogène. Elle sont conçues pour dégager un axe, rompre une dynamique violente ou ouvrir une fenêtre d’intervention. En France, lancer manuellement cette grande n’est plus autorisé, la GM2L est tirée au lanceur. La grenade GM2L est classée comme arme de catégorie A2, donc comme « matériel de guerre ». Présentée comme étant sans éclats, de nombreuses images et témoignages montrent pourtant des blessures causées par des projections lors de la détonation. Par exemple, lors de son utilisation à Sainte Soline, selon plusieurs médias.
Notre positionnement sur l’utilisation des grenades explosives
Au vu de leur dangerosité et incompatibilité avec une gestion sécurisée des opérations de maintien de l’ordre, nous demandons l’interdiction des grenades assourdissantes, des grenades de désencerclement et des grenades GM2L dans toutes les manifestations.
Voici des exemples qui illustrent la dangerosité de ce type d’armes :
Nous avons documenté des cas de blessures graves dues aux grenades assourdissantes : en Grèce, le photojournaliste Marios Lolos couvrait une manifestation en janvier 2025. Il a perdu l’audition, a été gravement blessé à la tête après le tir d’une grenade assourdissante par la police.
En France, la main d’un jeune de 15 ans a été arrachée après l’explosion d’une grenade assourdissante, le 5 octobre. L’enquête de l’IGPN est toujours en cours pour confirmer quelle grenade a été utilisée.
En France toujours, en 2016, alors qu’il manifestait, Laurent Theron a été touché par une grenade de désencerclement. Il a perdu son œil droit. Un procès a été ouvert. Le 14 décembre 2022, le CRS qui l’a éborgné a été acquitté.
© Karine Pierre – Hans Lucas via AFP
Un gendarme lance une grenade vers les manifestants lors d’une manifestation contre les violences policières, à Paris – France, le 2 février 2019 /
Le gaz lacrymogène
Le gaz lacrymogène est censé être utilisé pour maintenir à distance des personnes violentes ou pour disperser les participants à une manifestation violente. Composé de substances chimiques irritantes, il provoque chez les personnes qui y sont exposées des sensations de brûlure, de la toux, des difficultés respiratoires et une irritation de la peau. Les niveaux de toxicité peuvent varier en fonction des spécifications des produits, de la quantité utilisée et de l’environnement dans lequel le gaz est utilisé. Un contact prolongé peut représenter des risques graves pour la santé.
À lire aussi : Gaz lacrymogènes : quels dangers et que dit la loi ?
Pour les forces de sécurité, le gaz lacrymogène permet de disperser « sans danger » des foules en évitant d’avoir à utiliser des armes plus dangereuses. Or, plusieurs situations que nous avons pu analyser dans le cadre d’une enquête mondiale attestent que cette arme à létalité réduite est utilisée de façon abusive par les forces de l’ordre lors des rassemblements publics dans de nombreux pays : de grandes quantités de gaz lacrymogènes sont souvent utilisées contre des manifestants majoritairement pacifiques et des projectiles sont tirés directement sur des personnes.
© Stephane Mahe via REUTERS
Des gaz lacrymogènes flottent dans l’air suite à une opération des forces de l’ordre lors d’une manifestation à Nantes le 14 septembre 2019 – France /
+ Notre positionnement sur les règles d’usage du gaz lacrymogène
- Le gaz lacrymogène ne peut être employé que dans les situations de violence généralisée, dans le but de disperser une foule et uniquement lorsque d’autres moyens n’ont pas permis de contenir la violence.
- Le gaz lacrymogène ne peut pas être utilisé dans un espace confiné ou lorsque les rues et autres issues sont bloquées.
- Le gaz lacrymogène ne peut être utilisé à proximité des écoles ou des hôpitaux ou pour viser des personnes vulnérables (personnes âgées, femmes enceintes, enfants).
- Les gens doivent être avertis du recours imminent à ces moyens et avoir suffisamment de temps pour se disperser avant leur utilisation
- Lorsque le gaz lacrymogène est utilisé, il convient d’éviter toute exposition répétée ou prolongée et de mettre en place immédiatement des procédures de décontamination.
- Les cartouches et grenades contenant le gaz lacrymogène ne doivent jamais être directement tirées sur une personne.
Le lanceur de balle de défense (LBD 40)
Le lanceur de balles de défense est une arme très souvent employée par les forces de l’ordre pendant les manifestations. Connue aujourd’hui sous le nom de LBD40 (pour son calibre de 40 mm), cette arme est censée permettre de neutraliser des personnes violentes, l’objectif étant d’immobiliser les personnes visées après qu’elles aient reçu une balle en caoutchouc. Or, cette arme et ces munitions sont à l’origine de nombreuses blessures graves et mutilations, notamment de l’éborgnement de manifestants pacifiques.
Les grenades explosives et le LBD40 sont classifiés comme matériel de guerre selon la législation française.
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Des policiers armés de lanceurs de balles de défense, à Nantes – France, le 26 janvier 2019 / © Stephane Mahe via REUTERS
+ Notre positionnement sur les règles d’usage des LBD40
- Le LBD40 doit être suspendu en attendant que ses effets sur les droits humains soient correctement évalués
- Les autorités doivent faire procéder à une évaluation indépendante et minutieuse (auprès du fabricant et des forces de sécurité utilisant l’arme) relative à la précision des munitions utilisées.
- À la lumière de cette évaluation, les réglementations, les instructions et la formation devraient également être examinées de manière approfondie afin de mieux prévenir toute utilisation pouvant causer des blessures graves
- Si ces conditions ne sont pas réunies, le LBD40 devrait être alors proscrit lors d’opérations de maintien de l’ordre.
Les matraques
Les armes de frappes telles que les matraques sont l’une des catégories les plus courantes d’armes à létalité réduite dont peuvent être équipées les forces de l’ordre. Ces armes sont conçues pour infliger une douleur par choc à des fins d’autodéfense ou pour défendre autrui. Les coups portés peuvent donc causer des blessures légères mais ne sont pas censées entraîner des blessures graves. Or, nos recherches dans le cadre d’une enquête mondiale ont permis d’établir que les matraques étaient parmi les armes le plus souvent employées abusivement dans le cadre de l’application de la loi dans de nombreux pays.
À lire aussi : Matraques : quelles utilisations par la police ?
Nous avons analysé plus de 500 vidéos enregistrées pendant des manifestations, entre 2011 et 2021. Résultat : plus de 180 cas d’utilisation abusive de matraques par les forces de police ont été identifiés dans 35 pays.
Des policiers anti-émeute équipés de matraques lors d’une manifestation suite à la mort de George Floyd, le 30 mai 2020 à Minneapolis, États-Unis / © Brett Carlsen via Getty Images
+ Notre positionnement sur les règles d’usage des matraques
- Un ordre et un avertissement clairs doivent être donnés oralement avant le recours à la matraque.
- Les matraques ne doivent jamais être utilisées pour disperser un rassemblement pacifique, ou contre une personne déjà maîtrisée ou des personnes déjà en train de se disperser.
- Les matraques ne peuvent être employées que comme moyen de défense contre des attaques violentes ou contre des personnes opposant une résistance violente ou, plus généralement, se livrant à des violences contre une autre personne.
- Les frappes de matraques ne doivent viser que les principales masses musculaires et éviter les zones à risque élevé de la tête, du cou, de la colonne vertébrale, de la gorge ou de l’aine.
- Les matraques dont le seul but pratique est la torture ou d’autres mauvais traitements, comme les matraques à pointes, lestées ou à impulsions électriques, doivent être interdites.
De trop nombreux manifestants ont été et sont encore victimes d’un usage abusif des armes lors d’opérations de maintien de l’ordre. Dans le cadre de notre campagne sur la protection du droit de manifester dans le monde, nous plaidons activement en faveur d’un traité mondial pour réglementer la fabrication et le commerce d’équipements de maintien de l’ordre. Manifester est un droit fondamental, qui ne doit en aucun cas être entravé par des pratiques excessives qui pourraient dissuader les gens de l’exercer librement.
Pour un contrôle des armes à létalité réduite en manifestation !
Au vu de la dangerosité des armes à létalité réduite, nous avons besoin, sans attendre, d’un traité mondial fort et juridiquement contraignant qui régirait leur commerce.
