Depuis le 21 septembre, le mouvement des blocus de lycées ne cesse de prendre de l’ampleur en France. Les lycéeen·nes mobilisé·es revendiquent simplement leur droit à l’éducation : ils demandent des professeurs, des classes moins chargées, des bâtiments décents. Face à eux : gaz lacrymogènes, tirs de grenades et gardes à vue. Nous alertons sur le recours excessif à la force. Point sur la situation pour comprendre ce mouvement de rentrée porté par la jeunesse.
Depuis le début des blocus, il y a aussi eu des violences de la part de certains manifestants. Elles ne sont pas acceptables. Mais même dans ces situations, l’utilisation de la force doit rester proportionnée.
Tout a commencé le 21 septembre 2026 au lycée Saint-Exupéry, à Créteil. Élèves, parents et professeurs rassemblés devant les grilles de l’établissement avec une demande concrète : plus de moyen dans l’éducation. D’autres lycéens suivent le mouvement et, à leur tour, bloquent de nouveaux lycées en Île-de-France. Quelques jours plus tard, le mouvement gagne tout le territoire : Lille, Lyon, Marseille, Nice, Nantes, Rennes, Bordeaux, Tours… partout en France, des jeunes s’organisent, bloquent leurs lycées, manifestent pour revendiquer leurs droits, pancartes à la main : « Il n’y a pas que les adultes qui peuvent défendre leurs droits » ; « Des heures de trou à gogo mais pas de temps pour nous écouter ? » ; Notre avenir n’est pas une option ! ».
Le mardi 29 septembre, une semaine seulement après le premier blocus, 410 actions en France sont recensées dans les lycées. Aux premières pancartes indiquant leurs revendications, s’ajoutent de nouveaux messages : « On veut juste le BAC, ils nous envoient la BAC ! » ; « On veut être éduqués, pas se faire gazer ! » ; « On est la relève pas le problème ! »
Photo 1 : lycée Paul Eluard à Saint-Denis, 29 septembre © Luc Auffret / Photo 2 : Lycée Ampère à Lyon, 1er octobre © Olivier Chassignole / Photo 3 : Manifestation des lycéens à Nantes, 29 septembre © Estelle Ruiz / AFP
À ce mouvement des lycéens d’abord pacifique, les autorités ont répondu par la force entre tirs de gaz lacrymogènes, coups de matraques et arrestations en grand nombre : 164 interpellations le 28 septembre, 440 interpellations le 29 septembre, 625 interpellations le 30 septembre et 1948 interpellations le 1er octobre.
440
arrestations le 29 septembre 2026
625
arrestations le 30 septembre 2026
1948
arrestations le 1er octobre 2026
Rappelons-le : beaucoup sont des mineurs, des enfants. Ils doivent être protégés, pas matraqués. Même mineurs, les lycéen·nes ont bien le droit de manifester pacifiquement y compris via des blocus, protégés par la liberté de réunion pacifique. Les autorités doivent ouvrir le dialogue avec cette jeunesse dont les revendications sont légitimes. Et elles doivent privilégier la désescalade, pas le recours aux armes.
Dans le Val-d’Oise, un lycéen de 14 ans blessé au visage par une grenade
Dans une vidéo authentifiée par Le Monde, on voit une altercation entre un lycéen de 14 ans et trois policiers. La scène se déroule dans la ville de Saint-Ouen-l’Aumône dans le Val-d’Oise.
Après des coups de matraque, le lycéen donne un coup de pied. Un policier lui tire alors dessus au lance-grenades, à bout portant, au visage. Sa mâchoire est atteinte. Gravement blessé, il a perdu plusieurs dents et a été transféré dans un centre hospitalier.
Au vu de ces images, aucune des règles d’encadrement d’usage de la force n’a été respectée par le policier.
Rappel de l’usage légal du gaz lacrymogène
Pour le lanceur de grenades, les règles d’emploi ne peuvent être utilisées que dans ces cas précis : dans des situations de violence généralisée, quand il n’y a aucun autre moyen de contenir la violence et uniquement après sommations.
Mais jamais à bout portant, jamais sur des personnes.
Aller plus loin : Gaz lacrymo : quels dangers et que dit la loi ?
À Alençon, une lycéenne de 14 ans attrapée violemment au cou
Dans cette vidéo filmée par une journaliste de l’Orne Hebdo, une jeune lycéenne de 14 ans est violemment attrapée par le cou par un policier.
La scène s’est déroulée devant son lycée à Alençon le 29 septembre.
On entend la jeune fille crier à deux reprises : « Vous me faites mal ! Vous me faites mal ! »
Rappel du droit sur les « techniques d’étranglement »
En droit international, les techniques d’étranglement en maintien de l’ordre sont interdites. Elles exercent une pression sur le cou ou les voies respiratoires et comportent donc des risques de blessure ou de mort, même pratiquées sur une très courte durée.
À Tours, un jeune gravement blessé à l’œil
Sur ces images diffusées par France info, on voit un lycéen au sol, gravement blessé à l’œil lors du blocus de son lycée à Tours le 30 septembre.
Il a été envoyé à l’hôpital. La procureure assure que les lésions sont «compatibles» avec un tir de LBD.
Rappel sur la dangerosité de l’usage du LBD en manifestation
Cela fait des années qu’on alerte sur la dangerosité de l’utilisation du LBD en manifestation par les forces de l’ordre. Rappelons qu’il s’agit d’une arme classée comme matériel de guerre par la législation française. Parce que son usage est bien trop dangereux, nous demandons, et cela depuis des années, sa suspension.
Quelles sont les revendications des lycéens ?
Bâtiments insalubres, 39 degrés dans une salle avec un ventilateur pour 37 élèves, professeurs non remplacés… c’est de ces constats alarmants que le mouvement des lycéens est né. Si les élèves manifestent c’est pour protester contre le manque de moyens alloués par les autorités pour qu’ils et elles puissent juste apprendre dans un environnement digne.
Parmi les raisons pour lesquelles les lycéens manifestent on peut citer :
- Le manque d’enseignants (postes non pourvus et non-remplacement)
- Des classes surchargées et des emplois du temps trop lourds
- L’insalubrité des bâtiments : murs effondrés, rats dans les locaux, murs moisis…
- Le manque d’infirmières scolaires, d’assistants sociaux, d’assistants d’éducation (AED)
- Le fonctionnement de Parcoursup
Leurs revendications sont simples et légitimes : les lycéens mobilisés se battent juste pour le respect de leur droit à l’éducation qui, rappelons-le, est un droit humain fondamental. Ces revendications participent également du droit des jeunes à participer aux décisions qui les concernent. Les rassemblements relèvent de l’exercice de leurs libertés d’expression et de réunion pacifique.
Une jeunesse réprimée : le signe de pratiques autoritaires
Non, les lycéen·nes mobilisé·es pacifiquement ne sont pas des «fauteurs de troubles» comme le prétendent certains responsables politiques. Les lycéens se battent juste pour leur droit à l’éducation : ils demandent juste des profs, des bâtiments sains, des infirmières… S’ils manifestent c’est pour une seule chose : être écoutés.
Quand la jeunesse qui proteste est réprimée, c’est un signe de pratiques autoritaires visant à faire taire la dissidence. De Madagascar au Népal, du Cambodge au Maroc, du Kenya à la Géorgie… la génération dite Gen Z (15/30 ans) se mobilise partout dans le monde face à la montée des pratiques autoritaires. Mais le prix à payer c’est souvent la répression. Dans une cartographie inédite, nous avons recensé des mobilisations de cette jeunesse qui se bat pour ses droits partout dans le monde.
La jeunesse qui manifeste doit être écoutée, pas réprimée. Nous soutiendrons toujours les personnes qui manifestent pacifiquement pour leurs droits. Et nous nous battrons toujours pour protéger ce droit fondamental qu’est celui de manifester : pilier de tous nos autres droits.



