Des pompiers ukrainiens s’efforcent d’éteindre un incendie dans un immeuble résidentiel après que des tirs russes aient frappé la ville de Kostiantynivka, en Ukraine, le 22 août 2025.
Diego Herrera Carcedo/Anadolu via Getty Images

Le monde menace de basculer d’un ordre fondé sur le droit international vers un système dominé par la loi du plus fort, au détriment des droits et de la stabilité. À l’occasion de la publication de notre rapport annuel 2025/2026, nous alertons sur les attaques sans précédent qui visent le droit international, dernier rempart contre le chaos.

Depuis 65 ans, le rapport annuel d’Amnesty International dresse le bilan des droits humains dans plus de 140 pays. Télécharger le Rapport annuel 2025/2026.

Nous sommes à un tournant. L’ordre mondial bâti dans l’après-guerre menace de s’effondrer. Après la Seconde Guerre mondiale, la logique du “plus jamais ça” avait conduit les Etats à ériger un système fondé sur le respect du droit international. Bâti sur les 80 dernières années, cet ordre vise à empêcher les guerres et l’amassement des pouvoirs et des richesses au profit de quelques-uns. Il repose au contraire sur l’idée d’un monde où priment les droits, la justice et l’égalité. 

2025 est une année de bascule car le droit international n’est plus simplement bafoué. Il est méprisé et ouvertement attaqué par ceux qui voudraient conquérir et accumuler les territoires et les ressources sans aucune limite. Vladimir Poutine en Ukraine, Benyamin Netanyahou en Palestine, Donald Trump au Venezuela puis en Iran. Ces trois dirigeants ont été les chefs de file des attaques contre le droit international, le laissant plus fragilisé et vacillant qu’il ne l’a jamais été depuis ses fondements en 1948. 

Pourquoi le droit international est-il attaqué ? De quoi les puissants ont-ils si peur ? Pourquoi est-il urgent de le défendre ? 

Nous ne vivons pas simplement une nouvelle « période difficile ». Nous sommes au moment même où tout peut basculer, où tout ce qui a été construit au cours des 80 dernières années risque d’être anéanti.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International

2025 : une année où l’ordre mondial a basculé

« Je n’ai pas besoin du droit international ». « Ma propre moralité, mon propre esprit, c’est la seule chose qui peut m’arrêter ». Le président des Etats-Unis a donné le ton dans un entretien du New York Times sur sa conception du respect du droit international.  

Avec le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre d’Israël Benyamin Netanyahou, Donald Trump a particulièrement mis à mal le droit international depuis son retour à la Maison Blanche en 2025. Les violations se sont multipliées avec les crimes contre l’humanité en Ukraine, le crime de génocide à Gaza et les crimes de guerre dans les eaux des Caraïbes, du Pacifique et plus récemment en Iran.  

Mais ils n’ont pas seulement bafoué le droit international à de multiples reprises. Ils l’ont également ciblé avec la volonté de le neutraliser. Ils se sont attaqués à ses piliers qui œuvrent pour la justice : sanctions contre la Cour Pénale internationale (CPI) par les Etats-Unis, condamnation de son procureur et de ses juges par la Russie, décrédibilisation de la Cour internationale de justice (CIJ) qualifiée d’“antisémite” par Benyamin Netanyahou. Les Etats-Unis se sont retirés des principaux organes internationaux comme le Conseil des droits de l’hommes des Nations Unies et ont créé de toutes pièces un organe concurrent au Conseil de sécurité des Nations unies : le Conseil de la paix.  

Des dirigeant·es politiques comme Donald Trump, Vladimir Poutine ou Benjamin Netanyahou, pour ne citer qu’eux, ont poursuivi une stratégie de conquête dictée par leur soif de domination économique, multipliant les destructions, les actes de répression et les violences de grande ampleur.

Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International

Les principales violations et attaques envers le droit international :

Le silence coupable des autres États

Le silence et la complaisance des autres États ont entraîné la chute d’un rempart après l’autre du droit international. La plupart des États européens ont cédé face aux assauts menés par les États-Unis, Israël et d’autres États puissants contre le multilatéralisme et le droit international.  

Trop de pays n’ont rien mis en place pour faire cesser le génocide à Gaza, dérogeant ainsi à la décision de la Cour internationale de justice. Les transferts d’armes vers Israël n’ont pas cessé et la France continue d’asséner qu’elle ne vend aucune arme à Israël alors que les preuves du contraire s’enchainent. Des pays comme le Royaume-Unil’Autriche ou la France sanctionnent la solidarité avec la population palestinienne. La Hongrie et la Pologne ont refusé d’arrêter sur leur territoire Benyamin Netanyahou visé par un mandat de la CPI.  

Seule une poignée d’Etats ont décidé de leur faire front comme l’Afrique du Sud qui a saisi la Cour internationale de justice pour la violation de la Convention sur le génocide, l’Espagne qui assume clairement sa défense du droit international ou les 16 pays du groupe de La Haye qui se sont engagés en juillet 2025 à mettre fin à tous leurs transferts d’armes vers Israël. 

La loi du plus fort : une alternative dangereuse

Quelle est l’alternative proposée par ceux qui attaquent l’ordre mondial ? A quoi ressemblerait le monde sans droit international ? L’ordre mondial que ces “prédateurs” proposent renonce à la justice raciale, de genre et climatique. Il considère la société civile comme un ennemi et rejette la solidarité internationale. Ses fondements consistent à réduire au silence la dissidence, manipuler la loi et déshumaniser toutes les personnes considérées comme “différentes”.  

Leur vision du monde ne s’appuie pas sur le respect de notre humanité commune, mais sur la force militaire, la domination commerciale et l’hégémonie technologique. Il s’agit, au bout du compte, d’une vision sans boussole morale. 

Agnès Callamard

Non, le droit international n’est pas mort : c’est un contrepouvoir puissant 

Le droit international est loin d’être mort, il est au contraire très vivant. S’il est attaqué de toute part, il n’a jamais été aussi présent dans les débats contemporains. Génocide à Gaza, agression envers l’Ukraine et le Venezuela, menaces envers le Groenland, attaques illégales menées contre l’Iran, massacres au Soudan. Jamais le droit international n’a été autant débattu dans la société jusque dans les hautes sphères des Etats.  

Les Etats s’emparent de ses outils juridiques et font des requêtes sur les crimes commis dans d’autres pays. Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, la CPI a reçu un nombre record de 75 requêtes. Dix-huit Etats soutiennent la plainte de l’Afrique du Sud contre Israël. En France, 160 dossiers sont ouverts au nom de la compétence universelle qui permet de juger les crimes les plus graves dans le monde.   

Jamais il n’y a eu autant de chefs d’Etat visés par des mandats d’arrêt de la CPI avec l’arrestation de l’ancien président philippin Rodrigo Duterte, l’émission de mandats d’arrêt contre Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou. Si le droit international dérange autant les plus puissants, c’est parce qu’il leur demande des comptes et lutte contre leur impunité.  

Le droit international n’est pas qu’une belle illusion :

Un contrepouvoir à la loi du plus fort

Le droit international gêne les plus puissants. Ils en viennent même à le craindre. S’ils cherchent tant à le faire disparaitre, c’est parce qu’il représente un contrepouvoir puissant. Dès ses fondements en 1948 avec la Déclaration universelle des droits de l’homme, il a permis de façonner un monde post-guerre vers davantage de justice, d’égalité, d’équilibre de pouvoirs entre les Etats, de protection des droits des minorités. Il représente un rempart à l’accumulation des ressources naturelles et énergétiques, à l’expansion des territoires et à la concentration des pouvoirs.  

Les annonces de la mort de l’ordre international […] ne sont pas faites parce que le système ne fonctionne pas […] mais parce qu’il ne sert pas les intérêts de celles et ceux qui règnent sur la politique et l’économie. Ces puissants aimeraient aujourd’hui nous faire croire que tout cela n’était qu’une chimère, une belle fiction désormais obsolète.

Agnès Callamard.

Mais un ordre mondial loin d’être parfait

Bien sûr l’ordre mondial actuel est loin d’être parfait. Il n’est d’ailleurs pas exempt d’injustices, de guerres et de conflits. Des millions de personnes se voient refuser une protection légitime comme les femmes persécutées en Afghanistan, les manifestant·es massacré·es en Iran et la population palestinienne victime d’un génocide.  

Le système actuel est rendu inefficace par son « double standard”. Le droit international est universel et s’applique à chaque pays, sans différence de traitement. Pourtant, nombreux sont les exemples de double standard, à commencer par la différence d’application des mandats d’arrêt internationaux envers Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou.  

L’ordre mondial est également paralysé par le système du droit de veto du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette institution a pour mandat de résoudre les conflits dans le monde. Or ses cinq membres permanents (la France, les États-Unis, la Russie, la Chine et le Royaume-Uni) peuvent bloquer toute décision avec leur droit de veto. Des pays comme la France et le Mexique proposent des réformes bienvenues permettant d’outrepasser le droit de veto en cas d’atrocités de masse.  

Donald Trump, l’un des pires pourfendeurs actuels du droit international, accuse les Nations unies d’inefficacité. Mais son pays, par son utilisation abusive de son droit de veto, est bien souvent à l’origine de situations de blocage.  

S’il est indéniable que ce système n’a toujours pas tenu ses promesses, il n’appartient pas à celles et ceux qui trahissent les promesses de proclamer que celles-ci sont illusoires.

Agnès Callamard

Justice, protection, courage : c’est ce que l’on attend des dirigeant·es de ce monde

Face à la bascule de l’ordre mondial, nous avons besoin de dirigeant·es qui choisissent le courage plutôt que la complicité. Les Etats doivent réaffirmer les principes fondateurs du système actuel : empêcher la loi du plus fort dans les relations internationales et placer la protection des civil·es et des droits humains au cœur des priorités. Ils doivent résister aux discours qui attaquent le droit international et faire évoluer ce système imparfait pour qu’il soit plus efficace et protecteur. 

À l’occasion de la publication de notre rapport annuel, ce mardi 21 avril 2026, nous avons mené une action de nuit à Paris : des projections de mots puissants et universels sur des monuments symboliques à l’Assemblée nationale, l’Arc de triomphe et l’arche de la Défense.  

  • La Grande Arche de la Défense illuminée par Amnesty France à Paris le 21 avril 2026. Photo par Nathan Laine
  • L'arc de triomphe illuminé par Amnesty France à Paris le 21 avril 2026.
  • Projection "Courage : gouverner c'est agir, pas se taire" sur la façade de l'Assemblée nationale, à Paris, par Amnesty International le 21 avril 2026. Photo par Michael Bunel

© Arche de la Défense par Nathan Laine, Arc de triomphe par Benjamin Girette, Assemblée nationale par Michael Bunel

JUSTICE. PROTECTION. COURAGE. Trois exigences directement adressées à celles et ceux qui gouvernent ce monde. Ces règles ne sont pas une illusion. En projetant ces mots, nous rappelons une évidence : les droits humains ne sont pas négociables.   

Cette action est un appel à refuser la loi du plus fort. Un appel à être à la hauteur du moment historique que nous traversons. Un appel à vous, dirigeant·es de ce monde, à mettre fin à l’inaction. 

Rapport annuel 2025/2026 : le bilan des droits humains dans le monde

Nos équipes ont enquêté sur le terrain en toute indépendance et en totale impartialité pour dresser le bilan des droits humains dans plus de 140 pays. Notre rapport annuel est un outil de référence et de pression qui dénonce et donne des clés pour exiger le respect de nos droits.