Les mouvements anti-genre et masculinistes gagnent du terrain partout dans le monde. Avec un objectif : restreindre toujours plus les droits des femmes et des personnes LGBTI+. La France n’y échappe pas. Les lois sont attaquées. Les associations sont menacées. Les écoles sont sous pression. Les jeunes sont ciblés. Dans un rapport publié ce mercredi 24 juin 2026, le Sénat alerte : ces mouvements sont une réelle menace pour notre démocratie. On a décrypté leurs méthodes. Voici comment ces mouvements s’attaquent à nos droits.
Masculinisme. Le terme s’est largement répandu ces dernières années. Il reflète en réalité un mouvement plus large encore : celui des « anti-genre ».
Leur spécificité ? Une idéologie sexiste, misogyne et conservatrice. Avec un objectif assumé : restaurer une société patriarcale, protéger les « valeurs traditionnelles » et replacer la famille au centre de nos sociétés.
Un programme que les « anti-genre » s’emploient méthodiquement à faire advenir en s’attaquant à des droits chèrement acquis, au premier rang desquels ceux des femmes et des personnes LGBTI+. Plus de la moitié de l’humanité.
La France n’est pas épargnée. Non seulement cette vision misogyne et binaire est massivement financée, mais elle est aussi largement relayée sur les bancs du parlement, dans les médias, dans les rues, dans les écoles ou encore via les réseaux sociaux.
Dans un rapport publié en juin 2026 le Sénat alerte : les mouvements masculinistes ne sont pas qu’une simple tendance sur les réseaux sociaux. Ils sont « un mouvement social et politique qui vise à anéantir les droits des femmes et démanteler notre socle démocratique. »
Mais qui se cachent derrière ces mouvements anti-genre et masculinistes ? Qui les finance et quelles sont leurs méthodes pour attaquer nos droits ? Et comment la montée en puissance de ces discours se manifeste-t-elle un peu partout en France ?
Nos équipes ont dressé un état des lieux. Dans notre rapport « Stratégies des mouvements anti-genre en France et dans le monde : face aux attaques contre les droits des femmes et des personnes LGBTI+, l’urgence de résister » nous avons passé au crible leurs stratégies, leurs méthodes, leurs moyens, leurs impacts.
Dans cet article, on vous présente 10 méthodes des mouvements masculinistes et anti-genre pour démanteler les droits des femmes et des personnes LGBTI+. Cet aperçu ne présente que certaines méthodes utilisées aujourd’hui par ces mouvements. Décryptage.
Méthode 1 : se structurer
Il y a quelques années encore, on parlait d’ « anti-genre » pour désigner de petits groupes relativement marginaux et isolés. Ces cercles étaient animés par la même haine des femmes et s’opposaient ouvertement à l’égalité. Mais avec le temps, ils se sont élargis, structurés, organisés, au point d’infiltrer tous les pans de notre société.
Désormais, on parle d’associations qui investissent les rues pour militer contre des décennies de progrès. D’armées d’influenceurs qui inondent les écrans des jeunes de contenus violents et sexistes. De personnalités publiques qui investissent les médias et s’invitent sur nos télévisions. De figures politiques qui repoussent toujours plus loin la fenêtre d’Overton. De fondations et de Think tanks qui produisent des rapports qui se disent scientifiques pour justifier une idéologie sexiste et hétéronormée.
Méthode 2 : exporter leurs idées
Aujourd’hui, leur objectif est clair : c’est la conquête du pouvoir. Et leurs idées servent de feuille de route pour préparer l’arrivée au pouvoir de personnalités conservatrices.
Aux États-Unis, on peut citer l’exemple du « Projet 2025 » de la Heritage Foundation. Publié en 2022, le rapport propose un plan d’action totalement contraire aux droits humains, dont Donald Trump s’est largement inspiré à son arrivée au pouvoir.
Problème ? Ces idées s’exportent et s’adaptent, vite. En France, le plan de la fondation américaine n’a pas manqué de plaire au milliardaire français Pierre-Édouard Stérin… Qui s’en est largement inspiré pour élaborer son propre projet : « Périclès ».


Méthode 3 : attaquer les lois
Trump aux États-Unis, Vladimir Poutine en Russie, Javier Milei en Argentine, Jair Bolsonaro au Brésil, Viktor Orban en Hongrie… Toutes ces personnalités se sont construites sur des discours ouvertement antiféministes. Aujourd’hui, ils portent cette idéologie au plus haut sommet de l’État.
À quoi ressemblent leurs idées quand elles sont mises en pratique ? Des mesures et lois répressives qui privent une partie de l’humanité de ses droits. Les femmes sont empêchées d’avorter. Les personnes homosexuelles sont réprimées. Les personnes trans sont toujours plus discriminées.
65 États
de l’ONU criminalisent les rapports sexuels entre personnes de même sexe.
6 États
de l’ONU seulement ont adopté des lois interdisant les traitements médicaux et les chirurgies pour les personnes intersexes mineures sans leur consentement.
40%
des femmes en âge d’avoir des enfants vivent dans un pays où l’accès à l’avortement est restreint.
en france, nos lois menacées
En France aussi, nos lois sont ciblées. Sous couvert de « protéger les mineurs », plusieurs propositions de lois transphobes ont été proposées sur les bancs de l’Assemblée nationale et du Sénat ces dernières années.
Même combat lors des débats parlementaires sur le droit à l’avortement en 2023. Pour convaincre les élu·es de voter contre la constitutionnalisation de l’IVG, des organisations anti-avortement ont même envoyé des courriers contenant des fœtus en plastique.
Méthode 4 : démanteler les traités internationaux
À l’international, les traités censés nous protéger sont détricotés. En Europe, la Convention d’Istanbul par exemple est régulièrement ciblée. Le texte combat les violences sexistes et sexuelles… Difficile de s’y opposer, n’est-ce pas ? Pourtant des gouvernements conservateurs l’accusent de « promouvoir une idéologie de genre » et de « normaliser l’homosexualité ».
Des alliances sont même créées. C’est le cas du « Consensus de Genève », initié en 2021 sous le premier mandat de Donald Trump. Ouvertement anti-avortement, la coalition est soutenue par Jair Bolsonaro et Viktor Orban lors de sa création. En 2025, une quarantaine d’États l’avaient rejointe.
notre état de droit fragilisé
Ces attaques ne sont pas anodines, elles sont un signal d’alarme. Car lorsque les droits des femmes et des personnes LGBTI+ sont ciblés, c’est l’idée même d’État de droit qui est attaquée.
On l’a vu en Hongrie. Durant 15 ans, Viktor Orban n’a cessé de restreindre les droits et libertés des femmes et des personnes LGBTI+. Cette répression a servi de cheval de Troie pour des dérives autoritaires plus larges. Et pavé le chemin vers une restriction brutale de la liberté d’expression et du droit de manifester.
Aux États-Unis, également. En quelques mois seulement, l’administration Trump avait encore restreint l’accès à l’avortement, taillé à la serpe les financements en faveur de la santé sexuelle et reproductive et pratiquement effacé les personnes trans de la vie publique. Et ces mesures se sont accompagnées de toute une série de dérives autoritaires plus larges, chaotiques pour le pays.
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Accepter les cookiesOn a imaginé un futur dans lequel le projet de société des masculinistes a abouti. Nous sommes en 2060. L’avortement a été interdit dans quasi tous les pays du monde. Un podcast pour comprendre l’urgence de défendre ce droit, face à la montée des mouvements masculinistes.
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Méthode 5 : financer massivement les organisations anti-genre
Les organisations anti-genre sont de plus en plus nombreuses. Et de plus en plus riches. C’est le constat du directeur exécutif du Forum parlementaire européen (EPF). Depuis 2016, ces financements augmentent. De manière toujours plus opaque.
Entre 2019 et 2023, l’EPF parle ainsi de plus de 1,18 milliard de dollars mobilisés en Europe. Derrière ces financements ? De grandes fondations conservatrices, des fortunes individuelles, des financements privés… Mais aussi des fonds publics.
Chez nos voisins britanniques, les dépenses des mouvements anti-genre ont même augmenté de 33% sur cette même période, pour atteindre 106 millions de livres sterling. Les centres « d’aide aux femmes enceintes », qui visent en réalité à dissuader les femmes d’avorter, ont vu leurs dépenses augmenter de 46%.
En Europe, c’est la Hongrie qui arrive en tête du classement : avec 172 millions de dollars investis, toujours d’après l’EPF. Suivi de près… Par la France ! Oui, vous avez bien lu. Nous sommes belles et bien le deuxième pays européen à enregistrer le plus de fonds privés consacrés à la lutte contre l’égalité de genre : 165,7 millions de dollars entre 2019 et 2023.
En France, ces fondations qui financent les associations anti-genre


Méthode 6 : baisser les subventions de la société civile
Si les financements privés des mouvements anti-genre augmentent, les subventions publiques des associations féministes et LGBTI+, elles, sont en chute libre. Une précarisation inquiétante, qui les empêche de mener à bien leurs missions pourtant essentielles.
Ces dernières années, le Planning familial est particulièrement ciblé. Encore récemment, en juin 2026, le maire Rassemblement national de Carpentras a supprimé les subventions de l’association. Le même qui, en 2020, avait comparé l’avortement à un « génocide ».
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Concrètement ? Ces baisses de subventions entrainent parfois la fermeture de centres de santé sexuelle. Dans la Drôme le département a ainsi voté le 14 avril 2025 la fermeture de sept centres de santé sexuelle. Une décision dramatique pour les habitants des communes rurales.
Méthode 7 : attaquer les associations LGBTI+ et féministes
Déjà fragilisées par les baisses de subventions, les organisations féministes et LGBTI+ font face à une série inquiétante de violences et de dégradations.
- À Lille, Lyon, Le Mans, Maubeuge ou encore Rennes, des centres LGBTI+ ont été vandalisés, cambriolés et recouverts d’inscriptions haineuses.
- En mars 2026, le Centre LGBTI+ de Lyon a été infiltré par un collectif homonationaliste. S’en est suivi menaces, insultes et harcèlement en ligne visant notamment une bénévole.
- En juin 2026, l’association SOS Homophobie a subi une vague de harcèlement en ligne, à la suite de fausses informations délibérément diffusées par ce même collectif homonationaliste.
- Les attaques contre les centres du Planning familial se sont aussi multipliées ces dernières années. À Strasbourg, le Planning familial du Bas-Rhin a été visé par plusieurs actes de vandalisme en quelques semaines, particulièrement entre janvier et mars 2026.
- En février 2026, la ligne d’écoute nationale du 3919 destinée aux femmes victimes de violences a été saturée d’appels malveillants coordonnés par des groupes masculinistes.
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Accepter les cookiesCes attaques répétées ne relèvent plus de faits isolés : elles trahissent un véritable climat de violence et d’impunité sur tout le territoire.
Méthode 8 : infiltrer la société civile
Dans le même temps, on voit monter un nombre croissant d’organisations qui se présentent comme engagées dans la défense des droits des femmes / LGBTI+… Mais qui font tout le contraire.
Némésis par exemple. Créé en 2019, le collectif se réclame d’un « féminisme identitaire ». L’organisation se distingue par ses propos particulièrement xénophobes, anti-immigration et anti-trans. En clair, le racisme est certainement le seul positionnement qui porte l’association, sans autres recommandations concrètes pour les droits des femmes.
D’autres associations proposent officiellement des ateliers sur la vie affective et sexuelle à destination des jeunes. En réalité, elles promeuvent une idéologie ouvertement anti-avortement et anti-LGBTI+. On pense également aux associations qui proposent de venir en aide aux femmes qui souhaitent avorter en offrant des « colocations solidaires ». Mais sous couvert de prétendue neutralité, ces associations font du prosélytisme contre l’avortement.
Méthode 9 : faire pression sur les écoles
Ces dernières années, les écoles sont régulièrement ciblées par des campagnes d’intimidation d’organisations conservatrices. En France, les organisations « SOS éducation » et « Parents vigilants » en sont des chefs de file. Ces deux collectifs font de la censure du programme gouvernemental sur l’éducation à la vie affective et relationnelle, et à la sexualité (EVARS) leur cheval de bataille.
Qu’est-ce que le programme EVARS ?
En France, la loi prévoit depuis 2001 au moins trois séances annuelles d’éducation à la vie affective pour tous les élèves. Face au manque d’application pratique, plusieurs associations comme Sidaction, le Planning familial ou SOS Homophobie se sont mobilisées à partir de 2022.
Cette mobilisation a abouti au lancement en 2025 du programme gouvernemental EVARS, pour faciliter la mise en œuvre de la loi et accompagner les professeurs. Son objectif : appréhender et comprendre la notion de consentement, promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, prévenir les violences sexistes et sexuelles et éduquer à la sexualité et à faire face aux discriminations.
Pressions à l’encontre de professeurs et cyberharcèlement, rassemblements devant les établissements, entraves aux interventions d’associations dans les établissements scolaires… Tout est permis, au nom de la « protection de l’enfance » contre un prétendu « endoctrinement LGBT ».
Résultat : les pressions exercées conjointement par les deux organismes contre le gouvernement à l’origine du programme EVARS ont abouti à la suppression de termes comme celui de « transphobie ».
Méthode 10 : faire prospérer leurs idées en ligne
Inter-plateforme, communautés en ligne, groupes de discussion, forum, blogs, comptes sur les réseaux sociaux… Pour la « manosphère », internet est un terrain de jeu idéal pour faire prospérer ses idées et leur assurer une diffusion rapide. Les jeunes sont les premiers exposés à ces contenus. Or, trop peu de protections existent à ce jour.
Les incels, ces hommes qui détestent les femmes
Si la manosphère inonde nos réseaux sociaux de contenus haineux, les incels ou « célibataires involontaires » en sont probablement la branche la plus radicale. Leurs adeptes accusent notamment les femmes d’être responsables de leur célibat.
Problème : ces dernières années, leurs idées touchent de plus en plus de monde. Et leurs cibles sont toujours plus jeunes. La porte d’entrée de cette radicalisation ? Des vidéos Tiktok et Instagram au contenu extrêmement violent qui diffusent la haine des femmes, sous couvert de traiter de santé mentale. Dans une interview accordée à Radio France en juin 2026, un agent du renseignement intérieur français alerte : la radicalisation des plus jeunes représente une grave menace terroriste en France.
Dans le même temps, le mouvement #tradwives explose en ligne. Des centaines d’influenceuses reprennent à leur compte les codes des réseaux sociaux… Pour promouvoir un retour aux valeurs traditionnelles des années 50. Leurs contenus glorifient l’image de la femme au foyer docile, dévouée au mari, dépendante financièrement et entièrement dédiée aux tâches domestiques et à l’éducation des enfants. Or les jeunes y sont particulièrement exposé·es.
La Gen Z, plus conservatrice que jamais
Dans un rapport de 2025, le Haut Conseil à l’Egalité sonne la sonnette d’alarme : le sexisme augmente en France, tout particulièrement chez les jeunes. D’après le rapport, 39% des hommes pensent que le féminisme menace leur place dans la société.
Dans le même temps, 17% des personnes âgées de 15 ans et plus adoptent des comportements sexistes dits « hostiles ». Qu’entend-on par-là ? Concrètement : des attitudes dévalorisantes à l’encontre des femmes et des discours qui justifient la discrimination et la violence à leur égard.
Et cela va de pair avec une autre menace en ligne : celle de la désinformation. Elle est au cœur de la stratégie des mouvements anti-avortement. Concrètement, on parle de témoignages choquants pour dissuader les femmes d’avorter. On parle de contenus prétendument informatifs, tout sauf neutres. Avec toujours le même objectif : faire douter, faire peur, faire culpabiliser.
de la haine en ligne au passage à l'acte
Ces chiffres ont une implication bien réelle. Ils se concrétisent par des violences dans l’intimité, dans la rue, dans les transports en commun et dans nos écoles.
Ces violences sont généralisées à l’encontre des femmes. L’association Nous toutes parle d’un viol ou une tentative de viol toutes les 2 minutes 30. Et les chiffres du ministère de l’Intérieur prouvent qu’elles n’ont fait qu’augmenter ces dernières années.
Les violences contre les personnes LGBTI+ augmentent, elles aussi. En témoignent les derniers chiffres du ministère de l’Intérieur. En 2025, les infractions anti-LGBT+ enregistrées par les services de police et de gendarmerie nationales ont progressé. Parmi les 4 900 infractions recensées, 64 % constituait des crimes ou des délits.
L’urgence de résister
Face aux attaques, face à la haine, la résistance s’organise. En Europe, l’initiative « Ma voix mon choix » pour défendre le droit à l’avortement a recueilli plus de 1,2 millions de personnes. Elle a permis d’acter que les pays de l’UE puissent utiliser des fonds européens pour faciliter l’accès à l’avortement partout en Europe. En juin 2025, près de 300 000 personnes ont défilé dans les rues de Budapest lors de la marche des fiertés, malgré son interdiction par le gouvernement Orban. En France, cette année, plus d’une centaine de marches des fiertés se tiennent sur tout le territoire, un record.
Ces mouvements sont cruciaux pour protéger nos droits. Face à la montée des discours masculinistes et anti-genre partout dans le monde, un seul mot d’ordre : résister.
Que fait Amnesty International ?
Amnesty International est un mouvement mondial qui réunit plus de 10 millions de personnes. À travers nos recherches et nos campagnes, nous contribuons à lutter contre les atteintes aux droits humains commises partout dans le monde. Notre organisation est impartiale et indépendante : notre financement repose entièrement sur la générosité du public.
Agir
En France, les associations féministes et LGBTI+ sont menacées, discriminées, effacées. Pourtant, elles mènent une mission essentielle d’accès aux soins et à l’information. Il est urgent de les protéger !







