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Des officiers de la police montée chilienne (Carabineros) chargent des manifestants lors d'une manifestation contre l'inégalité sociale à Concepcion (Chili), le 23 octobre 2019 © REUTERS/Jose Luis Saavedra

Des officiers de la police montée chilienne (Carabineros) chargent des manifestants lors d'une manifestation contre l'inégalité sociale à Concepcion (Chili), le 23 octobre 2019 © REUTERS/Jose Luis Saavedra

Des officiers de la police montée chilienne (Carabineros) chargent des manifestants lors d'une manifestation contre l'inégalité sociale à Concepcion (Chili), le 23 octobre 2019 © REUTERS/Jose Luis Saavedra

Lettre ouverte

Lettre ouverte à Sebastián Piñera Président du Chili

Erika Guevara Rosas, directrice du programme Amériques, adresse un message au Président du Chili. Elle dénonce un maintien de l'ordre violent et un recours excessif à la force par les forces armées chiliennes.

Monsieur le Président de la République du Chili, Sebastián Piñera,

Nous nous adressons à vous aujourd’hui pour vous faire part de notre profonde préoccupation face aux récents événements survenus au Chili dans le cadre des manifestations citoyennes de protestation contre les mesures prises par votre gouvernement.

Amnesty International attire concrètement votre attention sur les violations des droits humains commises par des agents de l’État dans le contexte de la déclaration de l’état d’urgence, par laquelle le général à la tête de la défense nationale (Jefatura de la Defensa Nacional -JDN) s’est vu confier des missions de maintien de l’ordre public et l’application d’un couvre-feu dans la ville de Santiago et dans d’autres régions du pays.

De telles mesures limitent de manière flagrante les droits humains de liberté de mouvement et de circulation, ainsi que les droits de réunion et de rassemblement pacifique.

En outre, nous tenons à signaler le recours à une force excessive auquel les forces militaires pourraient se livrer qui serait contraire aux obligations légales auxquelles le Chili s’est engagé en matière de protection des droits humains. Par ailleurs, l’exercice d’autres droits humains risque d’être affaibli par les décrets que vous avez adoptés, tels que le droit à l’intégrité physique, à la liberté et à la vie.

Comme vous le savez, toute personne a le droit de manifester pacifiquement. Le fait que certains groupes ou individus fassent usage de violence lors d’une manifestation ne rend pas, en soi, l’ensemble de la manifestation violente et n’autorise pas les forces de sécurité à la disperser par la force. 

Si des incidents violents viennent à se produire, les autorités chiliennes ont l’obligation de garantir l’ordre public en les maîtrisant, sans pour autant porter atteinte au droit des individus de manifester pacifiquement. Les autorités chiliennes devraient avant tout s’attacher à répondre aux revendications des personnes qui composent la société civile, plutôt que de concentrer leurs efforts à les réduire au silence en recourant à la force.

De plus, votre déclaration du 20 octobre 2019, dans laquelle vous avez affirmé « nous sommes en guerre contre un ennemi puissant, qui est prêt à faire usage de la violence sans aucune limite », envoie un message erroné à la société chilienne, en assimilant les manifestations de revendication sociale à un conflit armé et en développant la rhétorique de l’existence d’un ennemi interne assimilable à une cible militaire que les autorités publiques seraient habilitées à combattre par l’usage de la force.

Ces déclarations portent sérieusement atteinte à l’obligation de respecter, protéger et garantir les droits de toutes les personnes au Chili et, en particulier, le droit à la liberté d’expression et de manifestation pacifique, mais elles ouvrent également la voie à la justification de violations graves des droits humains à l’encontre de la population.

Comme il est de notoriété publique, l’Institut national des droits humains a signalé qu’à ce jour, au moins 1 333 personnes, dont des mineurs, ont été arrêtées, 37 personnes ont été blessées par arme à feu et, pour ne citer que cette atteinte, neuf femmes ont été contraintes à se déshabiller. Les chiffres officiels portent à 11 le nombre de morts dans ce contexte. Ce bilan appelle une réaction immédiate de la part des autorités chiliennes qui doivent enquêter sur les éventuelles violations des droits humains, établir les responsabilités et mettre en place des mécanismes d’urgence afin de mettre un terme immédiatement aux pratiques susceptibles d’avoir une incidence sur les droits des personnes.

En conséquence, Amnesty International, agissant conformément à son mandat, intensifiera dans les prochains jours son travail de suivi et d’observation de la situation des droits humains au Chili, afin d’analyser les agissements des autorités chiliennes et d’exiger le respect, la protection et la préservation des droits humains de toutes les personnes dans le pays.

Enfin, Amnesty International exhorte l’État chilien à commencer par cesser d’avoir recours aux services des forces armées pour maintenir l’ordre dans les manifestations afin d’empêcher que ne soient commises de nouvelles violations des droits humains.

Cordialement,

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