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Des Kurdes déplacés bloqués à la frontière après une offensive turque dans le nord-est de la Syrie attendent de passer à côté de l'Irak, au point de passage de Semalka © REUTERS/Muhammad Hamed

Des Kurdes déplacés bloqués à la frontière après une offensive turque dans le nord-est de la Syrie attendent de passer à côté de l'Irak, au point de passage de Semalka © REUTERS/Muhammad Hamed

Des Kurdes déplacés bloqués à la frontière après une offensive turque dans le nord-est de la Syrie attendent de passer à côté de l'Irak, au point de passage de Semalka © REUTERS/Muhammad Hamed

Justice internationale et impunité
Actualité

En Syrie : des preuves de crimes de guerre

En Syrie, le sort des civils reste particulièrement inquiétant. Entre bombardements et répression, rien ne leur est épargné.

Entre le 12 et le 16 octobre 2019, nous avons recueilli les témoignages de dix-sept personnes. Nous avons également analysé et vérifié des vidéos et examiné des rapports médicaux. Grâce ces informations, nous pouvons prouver que la Turquie et les groupes syriens affiliés se sont livrés à des attaques menées sans discernement contre des zones d’habitation.

Attaques contre des civils

Un travailleur kurde du Croissant-Rouge a témoigné sur l’une des plus abominables attaques. Il a extrait des corps des décombres après une frappe aérienne turque menée le 12 octobre 2019, vers sept heures du matin, au cours de laquelle deux bombes ont explosé près d’une école à Salhiyé, où s’étaient réfugiés des civils déplacés par les combats : « Tout s’est passé très vite. Au total, il y a eu six blessés et quatre tués, dont deux enfants. Il était impossible de savoir si c’était des filles ou des garçons, car les corps étaient noirs. Ils ressemblaient à du charbon. Les deux autres tués étaient des hommes âgés, ils semblaient avoir plus de 50 ans. Franchement, je suis encore sous le choc. »

Il ajoute que la frontière la plus proche se trouvait à plus d’un kilomètre de distance et qu’il n’y avait pas de combattants ni d’objectifs militaires dans le voisinage au moment de l’attaque.

Un autre secouriste kurde du Croissant-Rouge a tenté de secourir un garçon de 11 ans et une fillette de 8 ans qui ont été blessés par des tirs de mortiers.. Il a dit que Qamishli était devenue, depuis le 10 octobre, la cible d’intenses attaques menées sans discernement.

Le garçon était blessé à la poitrine. La blessure était horrible. Il avait une blessure ouverte […] et il ne pouvait plus respirer. On aurait dit qu’un [éclat d’] obus avait ouvert sa poitrine.

Un secouriste kurde du Croissant-Rouge

Le garçon est mort des suites de ses blessures. Sa petite sœur a elle aussi été touchée par un éclat d’obus lors de cette attaque, et les médecins ont dû lui amputer une jambe au-dessous du genou. Ce secouriste a précisé qu’il n’y avait pas de bases ou de points de contrôle militaires dans les environs.

Dans un autre cas, en date du 13 octobre 2019, une frappe aérienne turque visant un marché a touché un convoi civil dont faisaient partie plusieurs journalistes. D’après le Croissant-Rouge kurde, six civils dont un journaliste ont été tués et cinquante-neuf personnes ont été blessées. Un journaliste présent sur les lieux, qui a été témoin de cette attaque, a dit qu’il s’agissait d’« un massacre absolu ». Il a expliqué que le convoi était composé d’environ 400 véhicules civils et qu’aucun combattant n’était présent, seulement une poignée de gardiens armés protégeant le convoi.

Il est impossible de justifier le bombardement sans discernement de zones civiles avec des armes imprécises telles que des mortiers. À quand l’ouverture d’enquêtes sur ces attaques illégales ?

Lire aussi : À l’aube d’une nouvelle catastrophe humanitaire ?

Exécutions sommaires

Nous mettons également en lumière les circonstances de l’embuscade tendue contre Hevrin Khalaf, une responsable politique kurde, secrétaire générale du parti politique Avenir de la Syrie. Le 12 octobre 2019, sur l’autoroute internationale reliant Raqqa et Qamishli, Hevrin Khalaf a été traînée hors de sa voiture, frappée puis abattue par des combattants d’Ahrar al Sharqiya.

Une amie proche d’Hervin Khalaf a essayé de la joindre par téléphone. Un homme disant être un combattant syrien de l’opposition armée a répondu. Il lui a dit en arabe : « Vous les Kurdes, vous êtes de traîtres, vous tous au parti [du PKK] vous êtes des espions », et il lui a annoncé qu’Hervin Khalaf avait été tuée.

Le même jour et au même endroit, des combattants d’Ahrar al Sharqiya ont également capturé puis tué au moins deux combattants kurdes. Ils ont aussi enlevé deux civils ; ces deux hommes travaillent l’un et l’autre pour une organisation médicale internationale et ils transportaient des médicaments au moment où ils ont été capturés. Les membres de leurs familles ne savent toujours pas où ils se trouvent.

Le fait de tuer de sang-froid des personnes sans défense est absolument condamnable et constitue un crime de guerre flagrant.

Dégradation de la situation humanitaire

Des personnes travaillant pour des organisations locales et internationales d’aide humanitaire nous ont informés que le retrait de la présence américaine dans le nord-est de la Syrie, l’offensive militaire turque et la participation du gouvernement syrien à ces tensions se sont combinés pour créer la pire des situations.

Il est sérieusement à craindre que les 100 000 personnes déplacées ne reçoivent pas suffisamment de nourriture, d’eau potable et de fournitures médicales. Dans les camps pour personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, par exemple dans le camp d’al-Hol, la population dépend entièrement de l’aide humanitaire. Un groupe de quatorze organisations humanitaires internationales a mis en garde, le 10 octobre 2019, contre le fait que cette offensive risquait de couper l’acheminement de l’aide aux populations concernées.

De nombreuses personnes déplacées n’ont nulle part où aller et dorment dehors, dans des jardins ou dans la rue. Certaines d’entre elles ont trouvé refuge dans des écoles. Les personnes déplacées et installées à Derbassiya représentent 90 % de la population de cette ville.

« Il n’y a pas d’organisations humanitaires au sud de Derbassiya. Nous n’avons vu aucun signe d’eux. Nous avons besoin de produits de première nécessité : d’eau, de nourriture, de vêtements, de couvertures et de matelas. Nous avons besoin d’un centre médical […] L’hiver arrive. Nous avons besoin d’une solution, en particulier pour les familles qui vivent dehors », un homme fuyant la zone de combat avec sa famille.

Les personnes qui souffrent déjà de maladies chroniques vont être dans une situation critique. Leur survie va dépendre de la durée de ces affrontements, et de notre capacité à continuer de mener nos activités.

Un travailleur humanitaire

La poursuite de l’offensive militaire turque a conduit des milliers de personnes déjà déplacées à quitter des lieux où elles avaient trouvé la sécurité. Les agissements de la Turquie risquent d’entraver l’acheminement d’une assistance d’une importance vitale et de l’aide médicale pour les personnes qui en ont besoin, ce qui va entraîner une véritable catastrophe humanitaire dans un pays déjà ravagé par la guerre.

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