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Myanmar. Les tactiques répressives s’intensifient avant les élections imposées par la junte

Les préparatifs en vue du premier tour des élections imposées par la junte au Myanmar et devant se tenir dans quelques jours ont donné lieu à des attaques illégales susceptibles de constituer des crimes de guerre, ainsi qu’à une multiplication des détentions arbitraires et à une répression accrue contre la liberté d’expression, a déclaré Amnesty International lundi 22 décembre.

L’adoption en juillet par l’armée de la Loi relative à la protection des élections générales démocratiques multipartites criminalise les critiques ou l’incitation à la violence contre l’élection ou les agents électoraux. Les peines prévues par cette loi vont de trois ans d’emprisonnement à la réclusion à perpétuité, voire la peine de mort.

« Cette élection organisée par la junte contraste fortement avec les élections démocratiques nationales qui se sont tenues en 2015 et en 2020 au Myanmar. Si 2015 était une période d’espoir, promettant paix et respect pour les droits humains, l’ère actuelle est une période caractérisée par le désespoir, où les crimes de guerre, les arrestations et la surveillance font partie des éléments du quotidien », a déclaré Joe Freeman, spécialiste du Myanmar à Amnesty International. « Un grand nombre de personnes au Myanmar sont opposées à cette élection parce qu’elles craignent que cela ne permette aux acteurs ayant illégalement exécuté des civil·e·s au Myanmar depuis cinq ans d’asseoir leur pouvoir, hors de l’atteinte des mécanismes d’obligation de rendre des comptes et de la justice, auxquels ils doivent être soumis. »

Utilisation abusive de la loi électorale par les dirigeants militaires

La junte a affirmé que sa législation électorale est conçue pour protéger les travailleurs, les équipements et le processus électoral lui-même. Mais au cours des dernières semaines avant le premier tour des élections, le 28 décembre, la junte l’a utilisée à mauvais escient afin d’intensifier des tactiques répressives, en particulier contre les critiques de toute sorte, y compris les réactions, les messages et les publications sur les réseaux sociaux.

Au cours des mois écoulés depuis l’adoption de cette loi, au moins 229 personnes ont été inculpées pour « tentative de sabotage des processus électoraux », selon les médias contrôlés par l’armée. Les personnes arrêtées incluent des artistes et des personnes ayant collé des stickers anti-élections.

En septembre, un homme de l’État chan, au Myanmar, a été condamné à sept ans de travaux forcés pour avoir critiqué l’élection. Début décembre, un homme a été arrêté près de Yangon pour un message sur Facebook condamnant le vote, tandis qu’un autre a été appréhendé pour avoir endommagé une affiche électorale. Selon certaines informations, des personnes se trouvant dans des camps de déplacés font l’objet de pressions visant à les pousser à voter, sans quoi elles perdraient l’aide humanitaire dont elles bénéficient.

Sur un total de 330 municipalités dans le pays, on estime que 56 de celles qui sont placées sous le régime de la loi martiale à travers le pays n’accueilleront pas de scrutin, selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. La Ligue nationale pour la démocratie, qui a remporté les élections en 2015 et en 2020, a été dissoute et ses dirigeants Aung San Suu Kyi, Win Myint et d’autres se trouvent toujours en détention.

Les frappes aériennes menées au Myanmar en 2025 devraient atteindre des niveaux record par rapport aux années écoulées depuis le coup d’État de 2021. Dans des zones de conflit armé, où la junte essaie d’obtenir le contrôle de certains secteurs afin d’organiser des élections sur place, le nombre d’attaques a également augmenté depuis l’annonce de la date du scrutin. Les Nations unies ont déclaré ce mois-ci que ces attaques « semblent avoir pour but de reprendre des zones clés disputées où il a été annoncé que des élections auraient lieu ».

Dans une de ces attaques, Amnesty International a recueilli des informations sur un bombardement meurtrier effectué par des personnes pilotant des parapentes motorisés, lors d’un festival dans le centre du Myanmar, où des personnes s’étaient aussi rassemblées afin de protester contre l’élection. Des civil·e·s, parmi lesquels des enfants, ont été tués après que ces paramoteurs ont largué des engins explosifs au milieu de la foule. Le 10 décembre, l’armée a bombardé un hôpital qui se trouvait sous le contrôle de l’Armée d’Arakan, une organisation de résistance ethnique, dans la municipalité de Mrauk-U, dans l’État d’Arakan. Cela s’est inscrit dans un schéma établi d’attaques contre des hôpitaux, des écoles et d’autres infrastructures à travers le pays depuis le coup d’État.

Amnesty International appelle la communauté internationale à se pencher sur les atteintes aux droits humains, qui représentent un élément clé de ce processus électoral, et à accorder un degré élevé de priorité à l’obligation de rendre des comptes au Myanmar. Le monde doit à nouveau se concentrer sur la suspension des livraisons de kérosène au pays, et traduire les auteurs présumés en justice. Amnesty International exhorte aussi la Cour pénale internationale (CPI) à émettre des mandats d’arrêt contre Min Aung Hlaing, général se positionnant comme un dirigeant civil en devenir après son élection, ainsi que contre d’autres membres de la junte au Myanmar, dans le cadre de l’enquête de la CPI.

Complément d’information

Après s’être arrogé le pouvoir lors d’un coup d’État il y a près de cinq ans, la junte du Myanmar – actuellement connue sous le nom de Commission d’État pour la sécurité et la paix – essaie désormais de légitimer son régime par le biais du scrutin, avec un premier tour le 28 décembre, suivi de tours supplémentaires à compter de janvier.

L’échelonnement du processus électoral résulte du coup d’État lui-même, car la tentative de l’armée de s’arroger tout le pouvoir le 1er février 2021 s’est heurtée à une résistance nationale, laissant de vastes zones du pays sous le contrôle de groupes armés et de forces pro-démocratie. L’armée a tué au moins 7 000 civil·e·s depuis le coup d’État. Il est probable que le chiffre réel soit bien plus élevé.

En raison de l’intensification des hostilités entre l’armée du Myanmar et plusieurs groupes de résistance armée, de nombreux Rohingyas et membres d’autres groupes marginalisés se sont trouvés pris entre deux feux, ce qui a contribué à fragiliser encore davantage leurs droits.

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