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©AP/Press Association Images

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Cuba : la situation des droits humains en 2021

Chaque année, nous publions notre Rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 154 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains à Cuba en 2021.

Face aux manifestations d’une ampleur historique qui ont eu lieu en juillet, les autorités cubaines ont emprisonné plusieurs centaines de manifestant·e·s, dont près de 700 étaient toujours incarcérés à la fin de l’année. Les autorités ont renforcé leur dispositif de répression de la liberté d’expression et de réunion en procédant à la surveillance physique de militant·e·s des droits humains, d’artistes et de journalistes, et en assignant ces personnes à domicile, en les soumettant à des détentions arbitraires, en bafouant leur droit à une procédure régulière et, dans certains cas, en leur infligeant des mauvais traitements. Elles ont aussi perturbé le fonctionnement d’Internet. La situation économique a continué de se détériorer et le gouvernement des États-Unis a maintenu son embargo économique.

Répression de la dissidence

Des milliers de personnes sont descendues dans la rue le 11 juillet pour protester pacifiquement contre la situation économique, la pénurie de médicaments, les mesures prises par le gouvernement face à la pandémie de COVID-19 et les fortes restrictions qui pesaient sur le droit à la liberté d’expression et le droit de réunion pacifique. Le rassemblement a été l’un des plus importants dans le pays depuis plusieurs dizaines d’années.

Face à la contestation, les autorités cubaines ont arrêté des centaines de manifestant·e·s, dont près de 700 étaient toujours incarcérés à la fin de l’année, selon l’ONG Cubalex. Elles ont également soumis des militant·e·s et des journalistes à des assignations à domicile ou des détentions arbitraires, bafoué les droits des personnes à une procédure équitable et, dans certains cas, infligé des mauvais traitements à des personnes privées de liberté. Elles ont par ailleurs perturbé le bon fonctionnement d’Internet.

La majeure partie des personnes détenues ont été inculpées de chefs traditionnellement utilisés pour faire taire l’opposition (« troubles à l’ordre public », « rébellion », « outrage », « incitation à commettre une infraction » et « préjudices », entre autres), chefs bien souvent incompatibles avec les dispositions du droit international relatif aux droits humains et des normes en la matière.

Un grand nombre des personnes remises en liberté après les manifestations ont été assignées à domicile dans l’attente de leur procès. Les autorités ont en outre exercé une surveillance physique à l’endroit de militant·e·s et de journalistes : des membres des services de sécurité étaient en faction en permanence devant le domicile des personnes concernées qui, sous la menace d’une arrestation si elles quittaient les lieux, se trouvaient de fait en état de détention arbitraire.

Des proches de personnes détenues et des personnes remises en liberté ont dénoncé de nombreux cas de violations des droits à une procédure équitable et de détention au secret. Malgré les dénégations du Bureau du procureur général, un certain nombre de témoignages indiquaient bien que des détenu·e·s avaient été maintenus au secret ou n’avaient pas eu accès à une assistance juridique.

Dans ce contexte d’arrestations massives, un grand nombre de cas de mauvais traitements, notamment à l’égard de femmes, ont été signalés. Des journalistes et des militantes ont été assignées de fait à domicile, placées sous surveillance ou soumises à des actes de harcèlement. Les autorités ont nié que des violations des droits humains aient été commises à la suite de la répression de la contestation et, usant de leur monopole sur les médias, elles ont diffusé des images d’incidents violents intervenus pendant les manifestations qui donnaient une représentation faussée du mouvement dans son ensemble. Le président de la Cour suprême a assuré que le système judiciaire et les juges agissaient en toute indépendance et que les médias publiaient de fausses informations diffusées par « les ennemis de l’ordre institutionnel et de la révolution cubaine ». Pendant le mouvement de contestation, parallèlement, les autorités ont perturbé le fonctionnement d’Internet et coupé régulièrement l’accès aux applications de messagerie instantanées telles que WhatsApp, Telegram et Signal.

Dans un nouveau signe de son refus de toute contestation, le gouvernement a rejeté, en novembre, plusieurs demandes d’organisations de la société civile qui souhaitaient tenir une Marche civique pour le changement.

Défenseur·e·s des droits humains

Le gouvernement a incarcéré de nombreux artistes, journalistes et militant·e·s politiques au cours de l’année.

En avril, dans le quartier d’Habana Vieja, dans la capitale, les autorités ont arrêté Esteban Rodríguez, un journaliste indépendant travaillant pour ADN Cuba, et Thais Mailén Franco Benítez, une militante des droits humains, ainsi qu’une dizaine de personnes qui manifestaient pacifiquement leur soutien à l’artiste Luis Manuel Otero Alcántara, alors en grève de la faim en signe de protestation contre la présence permanente de la police au pied de chez lui. Amnesty International considérait ce journaliste et cette militante comme des prisonniers d’opinion. Thais Mailén Franco Benítez a été libérée de prison et assignée à domicile pour purger le restant de sa peine, tandis qu’Esteban Rodríguez était toujours derrière les barreaux à la fin de l’année.

En mai, les autorités ont arrêté Maykel Castillo Pérez, l’un des auteurs de Patria y Vida, une chanson aux paroles critiques vis-à-vis du gouvernement cubain qui est devenue le chant emblématique de la contestation et pour laquelle il a remporté, avec d’autres artistes, le prix de la chanson de l’année aux Grammys Latinos, en novembre. Ce prisonnier d’opinion a été inculpé d’« agression contre un représentant de l’État », de « rébellion », d’« évasion de prisonniers et détenus » et de « troubles à l’ordre public ». En juin, les autorités ont placé en détention l’ancien prisonnier d’opinion Hamlet Lavastida. Cet artiste graphiste avait apparemment proposé dans une conversation privée par messagerie la tenue d’une performance artistique qui n’a finalement jamais eu lieu. Il a été ensuite remis en liberté à la condition de quitter le pays.

Le 11 juillet, jour où des manifestations se sont tenues dans tout le pays, les autorités ont placé en détention Luis Manuel Otero Alcántara, membre du mouvement San Isidro, juste après qu’il eut annoncé sur les réseaux sociaux son intention de se joindre aux manifestations. Ce prisonnier d’opinion s’était mobilisé à l’origine contre une loi censurant les artistes. Plus tard dans l’année, il a contracté le COVID-19 en prison et a entamé une grève de la faim pour protester contre son maintien en détention. Il restait incarcéré à la fin de l’année.

Des membres des forces de sécurité de l’État ont de même arrêté le militant José Daniel Ferrer García, dirigeant de l’Union patriotique de Cuba, une formation politique non reconnue, alors qu’il cherchait à se joindre en compagnie de son fils aux manifestations organisées à Santiago de Cuba. Les autorités ont ensuite refusé de dire où il se trouvait, ce qui pourrait être le signe d’une disparition forcée. Malgré la politique répressive des autorités, artistes et militant·e·s ont continué de se mobiliser ensemble et d’exprimer leur solidarité tout au long de l’année. L’artiste Erik Ravelo a lancé une œuvre numérique conceptuelle intitulée La Llama Eterna en signe de soutien à la liberté d’expression à Cuba.

Droits économiques, sociaux et culturels

La situation économique a continué de se détériorer et d’importantes pénuries de nourriture, de médicaments essentiels et d'autres produits de base ont été signalées dans la presse. En mai, la Commission interaméricaine des droits de l’homme s’est dite préoccupée par les graves pénuries de nourriture qui persistaient à Cuba, en particulier dans le contexte de la pandémie de COVID-19. Des coupures d’électricité ont eu lieu tout au long de l’année.

Plusieurs fois dans l’année, des informations ont signalé que certains hôpitaux étaient débordés face à l’afflux de patient·e·s atteints de COVID-19. Les autorités ont accéléré leur campagne de vaccination en milieu d’année.

Le gouvernement a continué d’affirmer que les pénuries étaient dues uniquement à l’embargo économique. Si cet embargo bafouait effectivement les droits économiques, sociaux et culturels dans le pays, cela n’exonérait pas Cuba de ses obligations de garantir ces droits au maximum de ses ressources disponibles.

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Cuba : la situation des droits humains en 2021 - Amnesty International France