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Une fonctionnaire cubaine © LatinContent/Getty Images/Jan Sochor

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Une fonctionnaire cubaine © LatinContent/Getty Images/Jan Sochor

Liberté d'expression
reportage

À Cuba, le marché de l’emploi comme outil de répression

Pendant des décennies, l’utilisation arbitraire des lois pénales et de pratiques illégales, ont mené à un système où les Cubains doivent éviter de critiquer le gouvernement s’ils souhaitent garder leur emploi.

De nombreux Cubains se sentent pris au piège par l’État qui contrôle leur vie quotidienne. L’un de ces moyens de contrôle consiste à faire comprendre aux Cubains que s’ils veulent garder leur emploi, ils doivent être d’accord avec tout ce que dit le gouvernement.

Un contrôle du secteur public et privé

Le gouvernement cubain est le principal employeur du pays : environ 70 % des postes disponibles sont concentrés dans le secteur public. Le gouvernement contrôle également le secteur privé émergent hautement régulé.

Cuba est le seul pays de la région des Amériques où nous ne pouvons pas nous rendre. Nos chercheurs se sont entretenus avec plus de 60 migrants cubains dans plusieurs villes du Mexique, afin de recueillir leurs témoignages sur la vie quotidienne dans un pays où la liberté d’expression est depuis longtemps restreinte.

La plupart des personnes interrogées n’avaient jamais ouvertement critiqué le système politique et économique de Cuba et n’avaient participé à aucune forme de militantisme ou d’opposition politique. Pourtant, environ la moitié de ces personnes ont déclaré avoir été arrêtées et emprisonnées au moins une fois, principalement pour des accusations liées à des infractions contraires au droit international.

Une femme qui était vendeuse nous a par exemple déclaré qu’elle avait passé huit mois en prison en 2011 pour avoir « acheté du bœuf illégalement ». Un juge l’a finalement acquittée après avoir statué qu’il n’existait pas suffisamment d’éléments de preuve pour justifier sa détention.

Lire aussi : l'héritage de Fidel Castro, un bilan terni par la répression

Poussé.e. à la démission

Le Code pénal cubain prévoit également tout un éventail de sanctions basées sur la propension d’une personne à commettre une infraction et sur la probabilité perçue qu’une personne commette des actes qui pourraient être considérés comme « anti-sociaux ». Le Code pénal sanctionne également ceux ayant des relations avec des personnes que les autorités considèrent comme « potentiellement dangereuses pour la société » ou qui « représentent une menace pour l’ordre social, économique et politique de l’État socialiste ».

Tout est illégal à Cuba

Un ancien agent de la sécurité de l’État dont le travail était d’infiltrer des lieux de travail pour surveiller les employés du pays.

Les personnes qui sont en désaccord, même léger, avec les politiques du gouvernement cubain sont soit licenciées arbitrairement, soit harcelées par l’État jusqu’à ce qu’elles aient l’impression qu’elles n’ont pas d’autre choix que démissionner ou quitter le pays. Une fois que l’on a été renvoyé d’un poste de fonctionnaire pour avoir exprimé une opinion critique, il est presque impossible de trouver un autre emploi dans la fonction publique.

Aucun moyen de contester le licenciement

Les personnes qui perdent leur emploi en raison de leurs opinions politiques n’ont aucun moyen de contester leur licenciement. La plupart de ces personnes ont déclaré que le seul syndicat officiel à Cuba ne les a pas représentées et qu’elles n’ont pas pu s’affilier à un syndicat indépendant. Aucune des personnes interrogées n’a fait appel de son licenciement devant les tribunaux, car elles considèrent que ces tribunaux sont entièrement contrôlés par le gouvernement.

Pourquoi faire appel à un avocat si cet avocat fait partie de ce même gouvernement ?

Un homme de 31 ans qui a essayé de quitter Cuba six fois en bateau et a ensuite été empêché d’obtenir un emploi et a été harcelé par la police.

Le fait que les autorités ne respectent pas les droits humains des Cubains a des conséquences non seulement pour les personnes directement prises pour cible en raison de leur militantisme, mais également pour le quotidien et les espoirs des Cubains de tous horizons.

« Tu n’es pas fiable »

La plupart des Cubains avec qui nous nous sommes entretenus nous ont confié que lorsqu’ils s’étaient présentés à des employeurs du secteur public après avoir été licenciés, leur candidature avait été rejetée et on leur avait simplement dit « tu n’es pas fiable ». Cette expression, qui sous-entend clairement qu’une personne n’est pas fiable politiquement aux termes de l’idéologie de l’État, est souvent la seule explication fournie par les employeurs qui rejettent la candidature d’une personne.

Jorge Luis, un sportif médaillé, raconte qu’après avoir dit lors d’un entretien à la télévision publique que le gouvernement cubain ne finançait pas le sport, il a été progressivement exclu de son sport et a été licencié de son emploi dans la fonction publique. Il a simplement été informé qu’il ne remplissait plus les conditions nécessaires à son travail.

Il a déclaré qu’on lui a donné 20 jours pour trouver un autre emploi, faute de quoi la police a indiqué qu’il serait inculpé de « dangerosité ». Il lui a été impossible de trouver un autre emploi, car partout où il allait, les employeurs lui disaient qu’il était « contre-révolutionnaire ». Dans l’incapacité de subvenir aux besoins de sa famille, il a décidé de quitter Cuba.

Si les autorités cubaines veulent montrer qu’elles sont réellement déterminées à faire évoluer les choses, elles doivent revoir toutes les lois pénales qui bafouent les normes internationales et mettre fin à tous les licenciements discriminatoires et abusifs et au harcèlement destiné à réduire au silence toute forme de critique.

Tant que cela ne sera pas fait, le pays continuera d’être une prison pour l’esprit de sa population.

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