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© Kiana Hayeri / Amnesty International

© Kiana Hayeri / Amnesty International

Discriminations

La dernière des violences envers les femmes afghanes, c’est l’oubli

À l'occasion du 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, nous publions une tribune dans le journal le Monde pour sensibiliser à la situation des Afghanes, deux ans et demi après le retour des talibans au pouvoir. Jean-Claude Samouiller, notre président alerte sur le sort tragique de ces femmes persécutées dans leur pays mais aussi de celles qui ont pu fuir dans les pays limitrophes.

Le 1er novembre, la date butoir fixée par les autorités pakistanaises pour le retour forcé des réfugiés afghans en situation irrégulière dans leur pays aura donc été respectée. Environ 1,4 million de personnes seraient concernées par cette mesure inhumaine, alors qu’aucune garantie pour leur sécurité n’est assurée à leur retour. Plus de 170 000 d’entre elles ont déjà dû retourner en Afghanistan. Parmi elles, des milliers de femmes, qui vont tout perdre en rentrant, à commencer par leur liberté.

Lire aussi : Détentions et expulsions massives des réfugié·es afghan·es au Pakistan

Depuis leur retour au pouvoir, en août 2021, les talibans mènent en effet une campagne de persécution organisée, généralisée et systématique, fondée sur le genre, avec pour objectif principal de contrôler et d’effacer l’existence des femmes dans l’espace public.

Interdiction d’accès aux parcs, de suivre des études secondaires, de s’inscrire à l’université, de trouver un travail dans de nombreux domaines, de marcher dans la rue sans la présence d’un tuteur masculin (mahram) ; obligation de porter des tenues les couvrant de la tête aux pieds ; arrestations, tortures, mauvais traitements et disparitions forcées pour toutes celles qui osent encore se révolter : selon nos critères, ce système de persécution sexiste pourrait relever du crime contre l’humanité.

Précieux sésame

Certaines de ces femmes ont décidé de fuir ces violences et ces privations de liberté, de quitter ce pays plongé à nouveau dans l’obscurantisme. Elles se sont rendues – lorsqu’elles ont pu y arriver – dans les pays voisins, comme l’Iran ou le Pakistan, où elles sont la proie de nombreux harcèlements et de mauvais traitements. Terres d’exil traditionnelles pendant la guerre, ces deux pays acceptent en effet de moins en moins la présence de réfugiés afghans sur leur territoire.

Lire aussi : Comment les talibans s'attaquent aux droits des femmes en Afghanistan

Deux ans et demi plus tard, ces femmes et ces filles, en Afghanistan et dans les pays limitrophes, font désormais face à une violence tout aussi insupportable, celle de l’oubli. Celui de tous les chefs d’Etat qui, la main sur le cœur et devant les médias, avaient juré de leur venir en aide et qui semblent désormais les abandonner à leur sort. En dépit des promesses de nombre d’entre eux, les procédures d’obtention de visa sont toujours trop longues et compliquées.

Ce constat est valable pour la France. Les Afghanes doivent en effet attendre plusieurs mois à Téhéran ou à Islamabad pour espérer obtenir le précieux sésame, alors que le président Macron avait affirmé, le 16 août 2021, que « les femmes afghanes ont le droit de vivre dans la liberté et la dignité » et ajouté : « Nous resterons, fraternellement, aux côtés des Afghanes et des Afghans. »

Des propos précisés par la suite par son ministre des affaires étrangères et européennes [Jean-Yves Le Drian], qui, le 21 septembre 2021, lors d’une réunion en marge de l’assemblée générale des Nations unies, souhaitait « accompagner celles qui partent, celles qui ont trouvé refuge dans un pays voisin de l’Afghanistan. Celles qui demandent l’asile, par exemple en France ou en Europe ».

Davantage de visas

Depuis, plus rien ou presque. Si la France a délivré 14 000 visas à des personnes afghanes (hommes ou femmes) depuis la chute de Kaboul, les critères d’attribution sont très flous et ils sont maintenant délivrés au compte-gouttes. L’accueil des réfugiés et réfugiées afghanes décroît dangereusement, alors que les débats délétères sur le projet de loi liberticide « asile et immigration » prennent de l’influence en France.

Il y a urgence. Chaque semaine, chaque jour, les femmes afghanes voient leur liberté de mouvement réduite en Afghanistan. Et pour celles qui ont pu fuir dans les pays voisins, chaque heure, chaque minute supplémentaire leur fait peser le risque d’être expulsées vers leur pays d’origine.

La France a le devoir de porter haut ses principes humanistes et de leur venir en aide. Elle doit pour cela accélérer le délai d’examen des demandes de visa et en faciliter les démarches, par du recrutement d’agents supplémentaires, une limitation du nombre de rendez-vous physiques et en rendant publics ses chiffres et ses critères de délivrance.

Pour ce faire, les autorités françaises doivent sortir de leur vision de plus en plus restrictive du droit d’asile, et mettre en œuvre des voies légales et sûres pour les femmes et les filles afghanes en quête de protection. Elles ont su le faire avec humanité pour les réfugiés ukrainiens qui fuyaient la guerre d’agression menée par la Russie. Elles doivent le faire pour ces femmes et ces filles qui fuient un régime qui les persécute, en leur accordant davantage de visas, et de façon plus rapide. Faute de quoi, elles retomberont dans l’oubli.

Agir

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