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Une personne se met à l'abri lors d'une manifestation contre les violences policières à Baltimore © Press Association/AP Photo/Patrick Semansky

Une personne se met à l'abri lors d'une manifestation contre les violences policières à Baltimore © Press Association/AP Photo/Patrick Semansky

Une personne se met à l'abri lors d'une manifestation contre les violences policières à Baltimore © Press Association/AP Photo/Patrick Semansky

Discriminations
reportage

Obama face aux démons de l'Amérique

C’était il y huit ans, l’élection du premier président noir de l’histoire des États-Unis. 50 ans après l’abolition de la ségrégation raciale, Barack Obama, homme jeune et démocrate ambitionnait de changer son pays, de légiférer pour mieux contrôler les ventes d’armes à feu, de redonner de la fierté aux Noirs et aux minorités, de modifier aussi la politique internationale. À l’heure des bilans, la nuance s’impose.

« Admettre que nous avons un sérieux problème ne contredit en aucune manière notre respect pour la vaste majorité des officiers de police qui risquent leur vie tous les jours pour nous protéger. (…) Il s’agit de dire, en tant que nation, que nous pouvons et devons faire mieux pour instituer les meilleures pratiques qui réduisent l’apparence et la réalité des biais raciaux dans le maintien de la loi ». Ces phrases ont été prononcées par Barack Obama après les fusillades de Dallas et de Bâton Rouge, qui ont vu, les 7 et 17 juillet 2016, d’anciens soldats Afro-Américains revenus d’Irak et d’Afghanistan tuer des policiers par vengeance raciale après d’énièmes bavures policières contre des Noirs. Elles en disent long sur le numéro d’équilibriste auquel s’est livré le premier président noir des États-Unis durant ses deux mandats. Obama a toujours pris soin de se positionner au delà des fractures raciales, pour incarner une figure présidentielle fédératrice. Les violences policières qui ont fait d’Alton Sterling et Philando Castille les 115e et 116e hommes noirs désarmés tués par la police en 2016, sur fond de montée d’un racisme ouvert porté par les discours du candidat républicain Donald Trump, auraient pu passer pour son principal échec.

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Il n’en sera rien : même les célébrités Afro-Américaines qui se sont réunies derrière la chanteuse Alicia Keys pour faire en juillet une vidéo forte dénonçant les « 23 manières dont vous pouvez être tué si vous êtes Noir aux États-Unis », ont demandé le « changement maintenant » au président, sans pour autant le critiquer ni le pointer du doigt. Obama, que le monde entier avait exagérément admiré « au faciès » lors de son élection en novembre 2008, n’aura certes pas changé en profondeur les relations interraciales aux États-Unis. Mais très peu, dans sa « communauté », lui en tiennent rigueur. Ta-Nehisi Coates, journaliste noir et auteur d’un essai retentissant sur la violence qui pèse à l’encontre des Noirs aux États-Unis, rappelle ainsi :

Ce n’est pas parce que Léon Blum a été chef du gouvernement français que la France n’a jamais connu de problème d’antisémitisme. Ce n’est pas parce que Benazir Bhutto a été Premier ministre qu’il n’y a pas de sexisme au Pakistan. De même, l’élection d’Obama n’a en aucun cas réglé la question du racisme aux États-Unis.

Ta-Nehisi Coates, journaliste noir et auteur d’un essai retentissant sur la violence

Force est de le constater : à en croire les avocats blancs comme les rappeurs noirs croisés à New York durant ce reportage, Barack Obama a réussi le tour de force d’être respecté chez lui jusqu’à la fin de son mandant début 2017.

Plein emploi et Obama Care

Sur le plan diplomatique, il a donné le change. Les derniers GI’s sont rentrés d’Irak et d’Afghanistan en 2012, comme promis, et les relations ont été rétablies en mars 2016 avec Cuba. - Creative Common

Un signe qui ne trompe pas : son bilan ne fait pas vraiment débat, au pays du roi dollar où l’économie prime. Élu en pleine crise financière internationale, fin 2008, Barack Obama a su sortir le pays de la tourmente, intervenir pour sauver les banques et l’industrie automobile, avant de renouer avec le plein emploi. Avec moins de 5 % de chômage, les États-Unis restent une exception parmi les pays développés. Sur le plan diplomatique, il a donné le change. Les derniers GI’s sont rentrés d’Irak et d’Afghanistan en 2012, comme promis, et les relations ont été rétablies en mars 2016 avec Cuba. Pour la première fois, les États-Unis ont cessé de jouer comme un frein, mais plutôt comme un leader dans la négociation des accords sur le changement climatique. La légalisation du mariage homosexuel, en juin 2015, est également à inscrire à l’actif d’un président tourné vers l’avenir. Last but not least, il a tout changé au sort des moins nantis avec son fameux Obama Care.

Le Patient Protection and Affordable Care Act, adopté en mars 2010 et entré en vigueur au 1er janvier 2014, vise à couvrir les 50 millions d’Américains qui ne pouvaient pas s’offrir des soins de santé auparavant. Cette loi a rendu obligatoire l’assurance maladie pour les services ambulatoires, d’urgence, d’hospitalisation, de rééducation, de santé mentale, d’accouchement et de pédiatrie, sans oublier les prescriptions, les analyses médicales et la prise en charge des maladies chroniques. Lors de sa première année de mise en œuvre, elle a permis d’assurer 12 millions de nouvelles personnes, faisant tomber la part des non assurés de 18 % à 12 % des 18-65 ans, selon l’institut de sondage Gallup.

Des critiques sur les discriminations

Le simple fait d’avoir vu la famille Obama emménager à la Maison-Blanche a contribué à briser le « plafond de verre » pour les Noirs, sur le plan symbolique.

Il a permis à toute une partie de la société de nourrir des ambitions, dans un pays où l’on sait qu’on peut être Noir et devenir le plus grand dirigeant du monde libre. C’est une autre question de juger le bilan d’Obama, en tenant compte de la résistance et de la bureaucratie à laquelle il a dû faire face.

Alex Okafor, étudiant de 28 ans en science politique à Princeton

Manthia Diawara, directeur de l’Institut des affaires afro-américaines de l’Université de New York (NYU), pointe cependant la montée de deux ressentiments à l’encontre du président sortant : « D’un côté, les Blancs se sont réveillés en tant que minorité victimisée et le racisme n’existait pas à cette intensité avant l’élection d’Obama. Il s’agit d’une sorte de réaction, ouvertement portée par Donald Trump et des chaînes comme Fox News. D’un autre côté, les Noirs sont également désenchantés : ils réalisent qu’Obama n’a pas pu faire ce pour quoi ils l’avaient élu ». Pas de plan Marshall pour Haïti, dévastée par un séisme en 2010, ni pour aucun pays d’Afrique, où Barack Obama ne s’est pas plus rendu que ses prédécesseurs. Il n’a rien à se reprocher, cependant, puisqu’un vaste plan « Africa Power » pour l’électrification du continent noir a été lancé lors du tout premier sommet Afrique/États-Unis jamais organisé à Washington, en août 2014.

Aux Etats-Unis, l'élection d'Obama n'a en aucun cas réglé la question du racisme.

Sur la question des discriminations, Barack Obama a également fait preuve de pragmatisme, se montrant prêt à désamorcer les tensions plutôt qu’à prendre parti. Henry Louis Gates, une célébrité de l’Université de Harvard, s’était fait arrêter le 16 juillet 2009 parce qu’il tentait d’ouvrir la porte de sa villa – trop chic pour lui aux yeux des policiers blancs, qui l’ont pris pour un cambrioleur. Deux semaines plus tard, le chef de l’État avait organisé un beer summit (« sommet de la bière ») à la Maison-Blanche, invitant le professeur émérite et le policier zélé à partager le verre de l’amitié. Un autre intellectuel noir de renom, Cornel West, a été l’une des voix les plus critiques à l’égard d’Obama, allant jusqu’à le traiter de « premier président noir et négrifié » en 2015. Définition du terme « niggerized » : « Une personne qui a peur et se trouve intimidée lorsqu’il s’agit de dénoncer la suprématie blanche ». Les bavures policières répétées à l’encontre de jeunes Noirs ont permis l'essor, à partir de 2012, du mouvement Black Lives Matter (« Les vies noires comptent »), né d’un simple hashtag lancé par trois jeunes Afro-Américaines sur Twitter.

Obama, de son côté, a évité de passer pour le président d’une minorité. « On sait bien qu’il est le président de tous les Américains, renchérit Cornel West, mais la suprématie blanche est aussi américaine que la tarte aux cerises ! ». Nombreux, ses défenseurs lui trouvent des circonstances atténuantes. Ils rappellent qu’il n’a pas gouverné seul, mais dans un cadre institutionnel contraignant. Tout au long de ses deux mandats, le Congrès s’est employé à bloquer ses projets.

La Chambre des représentants du peuple a agi dans la conviction qu’Obama n’était pas légitime parce qu’il est l’un des rares présidents des États-Unis à ne pas être issu de l’establishment. Une hostilité plus profonde que le racisme.

Dame Babou, journaliste à Harlem

Cette atmosphère l’a empêché de réformer l’immigration et le port d’armes, mais aussi de fermer la prison de Guantánamo, comme il l’avait pourtant promis.

- de notre envoyée sépciale à New York Sabine Cessou pour La Chronique, le magazine d'Amnesty International

Rencontre publique avec Albert Woodfox et Robert King

Une rencontre exceptionnelle à Paris donnera la parole à Robert King et Albert Woodfox qui ont passé 40 ans à l'isolement en prison aux Etats-Unis.

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