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Réfugiés et migrants

Réfugiés : les laissés-pour-compte de la vaccination

Dans certains pays, les personnes réfugiées sont exclues des plans de vaccination. Dans leur lutte contre le Covid-19, les gouvernements doivent prendre en compte la situation de vulnérabilité de certaines personnes et communautés. Ils doivent garantir un accès non-discriminatoire aux vaccins et aux soins, y compris pour les personnes réfugiées et migrantes.

Dans de nombreux pays, les personnes réfugiées voient leur accès au vaccin retardé et freiné par différents obstacles : discrimination, désinformation, exclusion des plans de vaccination... Ces problèmes reflètent les difficultés que rencontrent quotidiennement les personnes réfugiées qui tentent d'accéder aux systèmes de santé nationaux.

Aux quatre coins du monde, des réfugiés exclus des plans de vaccination

En avril 2021, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 153 pays avaient développé des stratégies nationales de vaccination contre le Covid-19 incluant les personnes réfugiées. Cependant, peu de plans indiquent comment, en pratique, elles pourront y avoir accès.

La Jordanie et le Rwanda (750 000 et 138 000 personnes réfugiées accueillies) ont montré l'exemple en vaccinant ces personnes en même temps que leurs ressortissants. D'autres pays, tels que le Bangladesh (800 000 réfugiés rohingyas) et l'Ouganda (1,4 million de réfugiés) ont annoncé qu'ils vaccineraient les personnes réfugiées, mais n'ont pas encore précisé les modalités pratiques.

À l'inverse, la Colombie a cherché dans un premier temps à exclure les personnes réfugiées. En décembre 2020, le président colombien a annoncé que les Vénézuéliens en situation irrégulière seraient exclus des stratégies de vaccination. Cette annonce a suscité un tollé international. Plus tard, en février 2021, le gouvernement a fait marche arrière et a annoncé l’octroi d’un statut de protection temporaire pour les Vénézuéliens entrés en Colombie avant le 31 janvier 2021, leur donnant ainsi accès à la vaccination. Néanmoins, la procédure d'officialisation de leur nouveau statut pourrait prendre des mois, ce qui repousse d’autant leur vaccination. Même si, sur le papier, les plans de vaccination prévoient d'inclure les personnes réfugiées, des incertitudes et des failles persistent.

Certains pays décident même délibérément de repousser la vaccination des personnes réfugiées. La Grèce, où vivent 120 000 personnes réfugiées, avait annoncé que la vaccination dans les camps de réfugiés ne débuterait qu'au mois de mai, soit plus de quatre mois après le début de la vaccination de la population grecque. Le ministre de la Santé a affirmé qu'il n'y avait « aucune raison » de commencer la vaccination plus tôt car les personnes réfugiées dans ces camps n'appartenaient « à aucune catégorie prioritaire ». Pourtant, elles doivent bel et bien être intégrées dans les catégories prioritaires en fonction de leur état de santé et d'autres facteurs.

En effet, les personnes réfugiées n'ont souvent qu'un accès limité aux services de santé et sont plus susceptibles de souffrir de maladies chroniques, ce qui augmente le risque de comorbidité. L'Union européenne a établi une liste de groupes à vacciner en priorité : les personnes qui ne peuvent appliquer les règles de distanciation et qui sont désavantagées sur le plan socio-économique y sont incluses. Ce qui est le cas de nombreuses personnes réfugiées.

Dans d'autres pays, les réfugiés sont inclus dans les plans de vaccination mais font face à de nombreux obstacles. Au Liban, par exemple, des données montrent que les réfugiés syriens et palestiniens ne sont pas inscrits ni vaccinés au même rythme que les Libanais. Les réfugiés syriens représentent ainsi 0,5 % des vaccinations effectives, alors qu'ils constituent plus de 20 % de la population du Liban.

UN DROIT, PAS UNE OPTION

Vacciner les personnes réfugiées et migrantes n'est pas seulement un impératif légal et moral, mais également une nécessité médicale. En effet, selon les experts de la santé publique, au moins 70 % de la population doit être immunisée afin que la propagation d'un virus ralentisse considérablement. Ainsi, il est dans l'intérêt des pays d'accueil de favoriser la vaccination de toute la population, y compris des ressortissants étrangers qui vivent sur son sol.

SURMONTER LES OBSTACLES           

La majorité des personnes réfugiées vivent dans des pays en développement, leur accès à la vaccination est donc d’autant plus difficile. En effet, l'offre en termes de vaccin est inégale dans le monde. Afin de soutenir les pays qui ne peuvent financer l’achat de vaccins pour l’ensemble de leur population, et afin de garantir une distribution équitable des vaccins, l'Organisation mondiale de la santé a établi un mécanisme global d'approvisionnement : le Covax.  

Le dispositif Covax a commencé à distribuer des doses afin de couvrir progressivement la population de tous les pays en fonction des priorités. Cependant, le mécanisme manque considérablement de ressources, ce qui l'empêche de distribuer des vaccins rapidement aux endroits où leur administration est cruciale. Par ailleurs, rien ne garantit que les personnes réfugiées puissent bénéficier de ces doses supplémentaires car les États peuvent les distribuer comme bon leur semble.

L’absence de statut en règle peut notamment compliquer ou retarder la vaccination, bien qu’aucun document d’identité ne soit nécessaire lors de l’inscription. Au Liban, par exemple, des personnes réfugiées nous ont confié avoir rencontré cet obstacle et ne pas avoir été vaccinées. Le docteur Feras, médecin syrien qui dirige une clinique mobile, remplit les critères de vaccination en tant que membre du personnel médical. Il aurait dû être vacciné en même temps que les professionnels de santé libanais. Cependant, il ne possède pas de documents d'identité en règle. Il n'est pas reconnu en tant que médecin par les autorités libanaises, et par conséquent n’est pas considéré comme prioritaire pour la vaccination.

ENTRE CRAINTE ET DÉSINFORMATION

Dans d'autres pays, les personnes réfugiées qui ne possèdent pas de documents d'identité en règle craignent d'être arrêtées et même renvoyées. Abu Zein, un Syrien de 55 ans qui vit dans le camp de réfugiés de la ville de Drama, en Grèce, affirme qu'il ne veut pas se faire vacciner par crainte d’être renvoyé en Syrie.

Obstacle supplémentaire, les personnes réfugiées doivent avoir accès à Internet pour pouvoir s'inscrire en ligne. Or, toutes ne disposent pas d’un smartphone et/ou d’un accès au réseau.

Le manque d'informations constitue un autre obstacle majeur empêchant les réfugiés de s'inscrire pour se faire vacciner. Il faut que les personnes réfugiées soient informées de leur éligibilité à la vaccination et des modalités d’inscriptions. Pour cela, une campagne d'information pro-active est indispensable, et ce dans une langue que les personnes réfugiées comprennent. Cependant, bien que le HCR ait fourni les informations nécessaires, elles n'ont pas toujours été bien diffusées, et certaines personnes migrantes ont été laissées pour compte.    

QUE DOIVENT FAIRE LES ÉTATS ?  

Pour que personne ne soit laissé pour compte dans l’élaboration et le déploiement des campagnes de vaccination, notamment les personnes réfugiées et migrantes, les États doivent :       

mettre en place des campagnes de sensibilisation et fournir des informations fiables et accessibles sur la vaccination (disponibilité, éligibilité, modalités d’inscription) pour les personnes réfugiées afin de lutter contre la désinformation ;

garantir aux groupes marginalisés, indépendamment de leur statut juridique, un accès équitable à la vaccination, sans discrimination ;

garantir qu’aucun lien ne sera établi entre le processus de vaccination et le statut juridique des personnes migrantes, notamment en veillant à ce que les données personnelles récoltées ne soient pas utilisées à des fins de contrôle migratoire.

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