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Tunisie. La mort d’une personne après une arrestation violente met en exergue l’impunité au sein de la police

Les autorités judiciaires tunisiennes doivent enquêter dans les meilleurs délais sur la mort suspecte d’Ahmed Ben Amara peu après son arrestation violente par des policiers le 8 juin, a déclaré Amnesty International vendredi 18 juin.

Sa mort a déclenché des affrontements dans le quartier de Sidi Hassine, à Tunis, où il habitait, lors desquels les forces de sécurité ont eu recours illégalement à la force notamment en frappant des personnes et en leur infligeant d’autres formes de mauvais traitements. Elles ont également procédé sans précaution à des tirs de gaz lacrymogène dans des zones résidentielles, qui ont failli étouffer un bébé de deux semaines. D’autres manifestations sont attendues au cours des prochains jours.

« Les autorités tunisiennes doivent mener une enquête impartiale et efficace sur les circonstances douteuses de la mort d’Ahmed Ben Amara. Son décès a suscité l’indignation précisément parce que les Tunisiens ne croient pas que les responsables seront amenés à rendre des comptes. Le fait que les policiers répondent à cette indignation par un recours illégal à la force et d’autres coups voire des actes de torture montre bien qu’ils ne craignent guère de devoir rendre des comptes », a déclaré Amna Guellali, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Amnesty International.

Dans la soirée du 8 juin, des policiers ont arrêté Ahmed Ben Amara à Sidi Hassine, un quartier populaire de Tunis. Sa sœur, Kawthar Ben Amara, s’est précipitée à l’hôpital après avoir été prévenue par téléphone qu’il était blessé, pour découvrir une fois sur place qu’il était décédé. Elle a indiqué à Amnesty International avoir constaté des blessures à la tête, du sang près de son nez et de nombreuses ecchymoses sur son corps à la morgue, ce qui laisse penser qu’il pourrait avoir été torturé. Le rapport d’autopsie n’est pas encore disponible.

Selon des témoins, Ahmed Ben Amara a été arrêté violemment par la police avant sa mort. Sa belle-mère, Mabrouka Riabi, a raconté à Amnesty International que trois jeunes hommes du quartier lui avaient affirmé avoir vu les policiers intercepter Ahmed Ben Amara sur sa moto et le forcer à monter dans un fourgon de police. Un ami a également déclaré qu’un autre témoin avait vu des policiers le rouer de coups et le faire monter de force dans un véhicule de police.

Yassine Azzaza, l’avocat de la famille, a affirmé à Amnesty International que les autorités avaient tenté d’intimider des témoins. D’après lui, le 9 juin, des policiers ont arrêté un témoin clé, ami d’Ahmed Ben Amara, qui l’a trouvé blessé et étendu dans la rue peu après son arrestation et l’a conduit à l’hôpital. Les forces de sécurité auraient en outre saisi le téléphone portable d’un voisin qui avait filmé l’arrestation, et trois témoins auraient refusé de fournir leur témoignage au juge d’instruction en charge de l’affaire à moins de bénéficier d’une protection. Les agents qui ont arrêté Ahmed Ben Amara travaillent toujours au poste de police de Sidi Hassine.

« Les informations faisant état de tentatives d’intimidation par les forces de sécurité sont profondément inquiétantes. C’est la première fois au cours des enquêtes menées sur des violations des droits humains en Tunisie ces dernières années que nous avons vu autant de personnes craindre de parler à une organisation de défense des droits humains », a déclaré Amna Guellali.

Bien que les autorités aient annoncé des réformes dans la police, l’impunité pour les cas de torture et d’autres mauvais traitements lors d’arrestations et de gardes à vue demeure endémique en Tunisie. Dans leur écrasante majorité, les enquêtes visant des membres des forces de sécurité ne dépassent pas la phase de l’instruction, et aucune n’a jamais débouché sur des poursuites.

« En Tunisie aujourd’hui, les cas de torture et d’autres mauvais traitements lors d’arrestations et en détention aux mains de la police restent systématiquement impunis. Il est scandaleux qu’aucune procédure pénale engagée contre un membre des forces de sécurité pour torture n’ait abouti », a déclaré Amna Guellali.

Le 10 juin, le ministère de l’Intérieur a nié qu’Ahmed Ben Amara avait été détenu par la police, en assurant qu’il avait pris la fuite pendant une tentative d’arrestation tandis que les forces de sécurité étaient visées par des jets de pierre. Dans une déclaration qui semble contredire cette version, un avocat de la police a précisé que le chef du poste de police de Sidi Hassine, son adjoint et un autre agent avaient appréhendé Ahmed Ben Amara pour trafic de stupéfiants et qu’il avait avalé cinq boulettes de cocaïne, ce qui avait entraîné sa mort.

Mauvais traitements et usage illégal de gaz lacrymogène à Sidi Hassine

Dans les jours qui ont suivi la mort d’Ahmed Ben Amara, des affrontements ont éclaté entre les habitant·e·s du quartier de Sidi Hassine et les forces de sécurité. Amnesty International a relevé six cas de graves sévices et de tirs de gaz lacrymogène visant directement les manifestant·e·s.

Le 9 juin, des policiers ont frappé et déshabillé entièrement un adolescent de 15 ans, Fedi Harraghi, sur l’une des principales avenues de Sidi Hassine après les funérailles d’Ahmed Ben Amara. Amnesty International a analysé et vérifié deux vidéos de cette agression, qui ont circulé sur les réseaux sociaux, dans lesquelles on voit un policier baisser le pantalon d’un jeune homme allongé par terre tandis qu’un second lui donne des coups de pied puis le fouette avec son pantalon.

Fedi Harraghi a raconté à Amnesty International que deux policiers lui avait asséné des coups de pied et enlevé son pantalon avant de l’obliger à marcher nu jusqu’à un fourgon placé à quelques mètres. À l’intérieur du fourgon, deux autres policiers ont commencé à lui donner des coups de pied et de matraque dans les jambes.

Le ministère de l’Intérieur a d’abord démenti les faits, en prétendant dans un premier temps que l’homme visible sur la vidéo était ivre et s’était déshabillé lui-même. Il a toutefois fini par admettre que des policiers étaient responsables et a suspendu trois agents de leurs fonctions dans l’attente d’éléments complémentaires. Le 11 juin, le procureur du tribunal de première instance de Ben Arous a ouvert une enquête préliminaire sur ces faits, qu’il a confiée à la brigade centrale de la Garde nationale.

L’avocat Yassine Azzaza a indiqué que, bien qu’il soit mineur, Fedi Harraghi avait été interrogé sans qu’aucun avocat ni membre de sa famille ne soit présent, au sujet d’accusations d’ébriété sur la voie publique et d’outrage aux bonnes mœurs. Il a également indiqué qu’il existait des éléments montrant clairement que le ministère de l’Intérieur et les services de sécurité faisaient obstruction à l’enquête, en ajoutant que le ministère n’avait jusqu’à présent pas révélé l’identité des policiers apparaissant sur la vidéo.

Un homme de 19 ans, qui a souhaité garder l’anonymat, a déclaré avoir reçu une balle en caoutchouc dans la poitrine quand des policiers s’en sont pris à lui et de nombreux autres jeunes du quartier qui s’étaient rassemblés devant la maison familiale d’Ahmed Ben Amara après son enterrement.

Selon des témoignages, des grenades lacrymogènes ont été tirées sans précaution au milieu du quartier résidentiel densément peuplé de Sidi Hassine. Certaines ont atterri à l’intérieur de logements.

Alaa Hosni a décrit comment sa fille âgée de deux semaines avaient failli mourir asphyxiée après avoir inhalé du gaz lacrymogène utilisé par la police lors d’une descente à son domicile le 10 juin. Il se trouvait chez lui avec sa femme et son bébé lorsque des membres des forces de sécurité ont surgi en procédant à des tirs de gaz lacrymogène et se sont mis à le rouer de coups. Quand ils sont partis, il a vu que le visage de sa fille était devenu bleu et qu’elle pouvait à peine respirer. Il l’a conduite de toute urgence à l’hôpital, où les médecins l’ont placée sous oxygène. Le compte rendu d’hospitalisation confirme qu’elle a été admise pour dyspnée (difficultés respiratoires) à la suite de son exposition au gaz lacrymogène.

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