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En Syrie, la liste des atrocités relatées brosse un tableau insoutenable des violences que subissent les détenus au moment de leur arrestation, durant leur interrogatoire, puis pendant leur incarcération. © Amnesty International & Forensic Architecture

En Syrie, la liste des atrocités relatées brosse un tableau insoutenable des violences que subissent les détenus au moment de leur arrestation, durant leur interrogatoire, puis pendant leur incarcération. © Amnesty International & Forensic Architecture

En Syrie, la liste des atrocités relatées brosse un tableau insoutenable des violences que subissent les détenus au moment de leur arrestation, durant leur interrogatoire, puis pendant leur incarcération. © Amnesty International & Forensic Architecture

Peine de mort et torture
reportage

L’enfer des prisons syriennes

Les détenus sont systématiquement torturés dans les prisons syriennes. En moyenne, plus de 300 personnes y meurent chaque mois.

Notre nouveau rapport dénonce les crimes contre l’humanité commis par les forces gouvernementales. Il témoigne du quotidien de milliers de détenus en s’appuyant sur les cas de 65 victimes de torture qui ont décrit les mauvais traitements qui leur ont été infligés. Des conditions inhumaines règnent dans les locaux par les services de renseignement syriens et notamment dans la prison militaire de Saidnaya, en périphérie de Damas.

La liste des atrocités relatées brosse un tableau insoutenable des violences que subissent les détenus au moment de leur arrestation, durant leur interrogatoire, puis pendant leur incarcération.

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La torture généralisée et systématique

Depuis plusieurs dizaines d’années, les forces gouvernementales syriennes recourent à la torture pour écraser leurs opposants. Aujourd’hui, ces actes de torture s’inscrivent dans le cadre d’attaques généralisées et systématiques contre tous les membres de la population civile soupçonnés d’être contre le régime et constituent dès lors des crimes contre l’humanité.

La plupart des victimes ont confié à nos chercheurs qu’elles avaient subi des mauvais traitements dès leur arrestation et pendant les transferts, avant même qu’elles aient mis le pied dans un centre de détention.

À leur arrivée dans un centre de détention, elles ont décrit le rituel de la « fête de bienvenue », passage obligé pour tous les nouveaux détenus qui sont roués de coups, au moyen souvent de barres de fer ou en plastique ou de câbles électriques.

Ils nous traitaient comme des animaux. Ils voulaient nous faire perdre tout caractère humain […] J’ai vu le sang couler, on aurait dit un fleuve […] Je n’aurais jamais imaginé que l’humanité pouvait descendre aussi bas […] Nous tuer ne leur aurait posé aucun problème

Samer, un avocat arrêté près de Hama.

Les personnes interrogées, notamment les femmes, ont raconté que, souvent, ces « fêtes de bienvenue » étaient suivies de « contrôles de sécurité au cours desquels, certaines ont été violées ou ont été victimes d’autres violences sexuelles par les gardiens.

Illustration des tortures infligées dans les prisons syriennes © Amnesty International / Mohamad Hamdoun

Dans les locaux gérés par les services de renseignement, les personnes détenues se sont vu infliger d’incessants actes de torture et d’autres mauvais traitements pendant qu’on les interrogeait, généralement dans le but de leur extorquer des « aveux » ou d’autres informations, ou bien de les punir.

Les méthodes dites du « pneu » (dullab, la victime est suspendue à un pneu et frappée à coups de bâton ou de câble) ou de la falaqa (coups assenés sur la plante des pieds) y sont régulièrement pratiquées.© Amnesty International / Mohamad Hamdoun

Citons également les décharges électriques, le viol et d’autres sévices sexuels, l’arrachage d’ongles des pieds ou des mains, et les brûlures avec de l’eau bouillante ou des cigarettes.

Les conditions de détention déplorables dans les locaux des services de renseignement, notamment dues à la surpopulation, à la nourriture insuffisante, à des soins médicaux limités et à l’absence d’installations sanitaires adaptées, constituent un traitement cruel, inhumain et dégradant et sont interdites par le droit international.

Les statistiques de la Human Rights Data Analysis Group (HRDAG) révèlent que 17 723 personnes sont mortes en détention en Syrie, entre le début du conflit en mars 2011 et décembre 2015, soit en moyenne plus de 300 décès par mois. Entre 2001 et 2011, nous recensions en moyenne 45 morts en détention en Syrie chaque année (entre trois et quatre personnes par mois).

Des conditions de détention épouvantables

Ces estimations restent malgré tout très prudentes et notre organisation, tout comme le HRDAG, pensent que les chiffres réels sont bien plus élevés, des dizaines de milliers de personnes étant soumises à des disparitions forcées dans les centres de détention syriens.

Un ancien détenu, « Ziad » (son nom a été modifié dans un souci de protection de son identité), a déclaré qu’un jour la ventilation avait cessé de fonctionner à la section 235 du service de renseignement militaire, à Damas, et que sept personnes étaient mortes étouffées dans sa cellule :

Ils ont commencé à nous donner des coups de pied pour voir qui était vivant et qui ne l’était pas. Ils nous ont ordonné, à moi et à l’autre personne vivante, de nous lever […] C’est alors que j’ai compris que sept personnes étaient mortes, que j’avais dormi aux côtés de sept cadavres […] [Par la suite,] j’ai vu d’autres corps, environ 25, dans le couloir.

Un ancien détenu, « Ziad » (son nom a été modifié dans un souci de protection de son identité)

Les détenus ont également indiqué qu’ils n’avaient souvent qu’un accès très limité à la nourriture, à l’eau et aux installations sanitaires. La plupart ont précisé qu’il leur était impossible de se laver correctement. Dans ces conditions, les infestations par la gale et les poux étaient monnaie courante, et les maladies se propageaient facilement. Comme la plupart des détenus se voyaient refuser l’accès aux soins médicaux, ils n’avaient très souvent d’autre choix que de se soigner les uns les autres, avec du matériel extrêmement rudimentaire, ce qui a contribué à la forte hausse des décès en détention depuis 2011.

Les conditions de détention déplorables dans les locaux des services de renseignement © Amnesty International / Mohamad Hamdoun

D’une façon générale, les personnes détenues dans les locaux de services de renseignement ne peuvent pas consulter de médecin, ni recevoir la visite de leur famille ou d’un avocat si bien que, très souvent, leur situation équivaut à une disparition forcée.

La sinistre prison de Saidanaya

Les personnes détenues dans les locaux des différents services de renseignement y restent souvent plusieurs mois, voire des années. Certaines finissent parfois par être jugées devant des juridictions militaires, dans le cadre de procès d’une iniquité flagrante (qui ne durent souvent que quelques minutes) avant d’être transférées à la prison militaire de Saidnaya où les conditions sont particulièrement difficiles.

Dans [les locaux des services du renseignement], la torture et les coups visaient à nous faire “avouer”. À Saidnaya, on avait l’impression que le but recherché était la mort, comme une sorte de sélection naturelle où l’on se débarrassait des plus faibles dès leur arrivée

Omar S.

La torture et les autres mauvais traitements infligés aux prisonniers de Saidnaya semblent s’inscrire dans un effort constant de déshumanisation, de sanction et d’humiliation de ceux-ci. Les détenus y étaient régulièrement battus à mort.

Quand ils m’ont fait entrer dans la prison, j’ai senti la torture. C’est une odeur particulière faite d’humidité, de sang et de sueur – l’odeur de la torture.

Salam, un avocat d’Alep qui a passé plus de deux années à Saidnaya

Privés de nourriture, certains prisonniers ont confié avoir mangé des noyaux d’olive et des écorces d’orange pour ne pas mourir de faim. Ils ne sont pas autorisés à parler aux gardiens ni à les regarder. Ceux-ci les humilient et se moquent d’eux régulièrement, juste pour le plaisir semble-t-il.

Omar S. a raconté qu’un gardien avait contraint deux hommes à se déshabiller et avait ordonné à l’un d’entre eux de violer l’autre, le menaçant de mort s’il n’obtempérait pas.

En partenariat avec une équipe de spécialistes (Forensic Architecture) nous avons créé une reconstruction 3D de la prison de Saidnaya, à partir d’outils de modélisation acoustique et architecturale ainsi que des descriptions faites par d’anciens détenus. Cette reconstruction illustre le quotidien effroyable des prisonniers. Les techniques de modélisation 3D et les souvenirs de ceux qui ont survécu aux très graves violences qui leur y ont été infligées nous permettent pour la première fois d’entrevoir ce qui se passe réellement dans l’un des centres de torture et de détention les plus tristement célèbres de Syrie. A découvrir ici.

Ce que nous demandons

La communauté internationale doit agir

La communauté internationale, en particulier la Russie et les États-Unis qui co-président les négociations pour la paix en Syrie, doit placer ces violations des droits humains en tête des priorités dans ses discussions avec les autorités syriennes, comme avec les groupes armés, et les engager tous ensemble à cesser d’utiliser la torture et les autres mauvais traitements.

La Russie ne doit plus utiliser son droit de veto

Depuis des années, la Russie use de son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies pour protéger son allié, le régime syrien, et pour empêcher que les personnes responsables au sein du gouvernement et de l’armée aient à rendre des comptes devant la Cour pénale internationale pour les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis en Syrie. Il faut que cela cesse.

La libération de tous les prisonniers d’opinion

Nous réclamons également la libération de tous les prisonniers d’opinion ainsi que celle de tous les autres détenus, à moins qu’ils ne soient jugés rapidement dans le respect des normes internationales d’équité des procès, et demande à ce que des observateurs indépendants soient autorisés immédiatement et sans restriction à se rendre dans tous les lieux de détention.

Les victimes doivent recevoir des soins

Les personnes qui ont survécu à la torture et aux autres mauvais traitements sont, dans leur immense majorité, marquées physiquement et psychologiquement par ce qu’elles ont vécu. La plupart ont fui après leur remise en liberté et sont venues rejoindre les plus de 11 millions de Syriens déplacés dans le monde. Ces victimes de torture doivent recevoir les soins médicaux, l’assistance psychologique et la prise en charge sociale indispensables à leur réadaptation.

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