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Manifestation de protestation suite à la mort du blogueur Niloy Chakrabart à Dacca le 8 août 2015. © MUNIR UZ ZAMAN/AFP/Getty Images

Manifestation de protestation suite à la mort du blogueur Niloy Chakrabart à Dacca le 8 août 2015. © MUNIR UZ ZAMAN/AFP/Getty Images

Manifestation de protestation suite à la mort du blogueur Niloy Chakrabart à Dacca le 8 août 2015. © MUNIR UZ ZAMAN/AFP/Getty Images

Bangladesh

Les droits humains au Bangladesh en 2020

Les journalistes étaient de plus en plus souvent victimes de persécutions lorsqu’ils traitaient de la corruption ou critiquaient les politiques publiques de lutte contre le COVID-19. La Loi de 2018 sur la sécurité numérique, aux dispositions draconiennes, a été largement appliquée pour limiter la liberté d’expression. La police et d’autres organes responsables de l’application des lois ont cette année encore procédé à des exécutions extrajudiciaires. Les violences contre les femmes ont augmenté pendant la pandémie de COVID-19. La mise en œuvre de l’Accord sur les Chittagong Hill Tracts restait au point mort et les militants autochtones ont dû faire face à une intensification de la répression. Le droit de toute personne aux soins de santé n’a pas été suffisamment protégé ni mis en œuvre pendant la pandémie. Le Bangladesh accueillait toujours près d’un million de réfugiés rohingyas originaires du Myanmar, peu de choses ayant été faites pour leur permettre de rentrer chez eux en toute sécurité et dans la dignité.

CONTEXTE 

Le système de santé et l’économie du Bangladesh ont beaucoup souffert de la pandémie. Le premier cas confirmé de COVID-19 a été enregistré le 8 mars. La maladie s’est ensuite propagée rapidement dans tout le pays et le système de santé s’est trouvé débordé. L’économie a été durement éprouvée, d’une part par l’effondrement de la demande intérieure, d’autre part par la forte baisse des exportations. Des millions de travailleuses et travailleurs, en particulier celles et ceux touchant des salaires modestes, par exemple dans la confection ou le secteur informel, ont été frappés de plein fouet par la crise économique. Les mauvaises pratiques de gestion et la corruption étaient également monnaie courante dans la distribution de l’aide. Les autorités ont intensifié la répression contre les journalistes et les médias qui dénonçaient les scandales auxquels cette distribution donnait lieu. Les règles de distanciation physique rendaient impossibles les rassemblements et les défilés. 

LIBERTÉ D'EXPRESSION 

Le gouvernement a cette année encore eu recours à la Loi de 2018 sur la sécurité numérique, aux dispositions draconiennes, pour réprimer le droit à la liberté d’expression et pour harceler tout particulièrement les journalistes et les défenseurs des droits humains. Cette loi n’a pas été modifiée, en dépit des appels répétés d’organisations de la société civile et de défense des droits humains en faveur de l’abrogation des articles controversés et répressifs. 

Selon les chiffres officiels, plus de 900 procédures ont été engagées au titre de ce texte entre les mois de janvier et de décembre. Près d’un millier de personnes ont été inculpées et 353 ont été placées en détention. Au moins 247 journalistes auraient été victimes d’agressions, d’actes de harcèlement et de manœuvres d’intimidation de la part aussi bien d’organes de l’État que d’individus proches des autorités. 

Mohiuddin Sarker, directeur de la rédaction du site Jagonews24.com, et Toufiq Imroz Khalidi, rédacteur en chef de bdnews24.com, ont été inculpés en avril au titre de la Loi sur la sécurité numérique. Il leur était reproché d’avoir publié des informations sur le détournement de produits destinés aux personnes touchées économiquement par le confinement décrété face au COVID-19. Tous deux ont été libérés sous caution par la Haute Cour et attendaient d’être jugés à la fin de l’année. 

Ramzan Ali Pramanik et Shanta Banik, respectivement directeur de l’information et reporter au journal Dainik Grameen Darpan, ainsi que Khandaker Shahin, rédacteur en chef du portail d’information Narsingdi Pratidin, ont été arrêtés en mai pour avoir annoncé la mort d’une personne en garde à vue au poste de police de Ghorashal. Le directeur de la publication du quotidien national en bengali Inqilab, 

A. M. M. Bahauddin, a été inculpé en juin pour avoir publié un article au sujet d’un conseiller de la Première ministre. Son procès était en instance à la fin de l’année. 

Des universitaires ont également été persécutés pour avoir exercé de manière pacifique leur droit à la liberté d’expression. En septembre, l’université de Dacca a renvoyé le professeur Morshed Hasan Khan à la suite d’une tribune qu’il avait publiée dans un titre de la presse nationale. Le professeur A. K. M. Wahiduzzaman a subi le même sort de la part de l’université nationale pour un commentaire mis en ligne sur Facebook à propos de la Première ministre. En juin, deux enseignants, l’un à l’université de Rajshahi, l’autre à l’université Begum Rokeya, ont été démis de leurs fonctions en raison des commentaires qu’ils avaient mis en ligne sur Facebook au sujet d’un député décédé qui appartenait au parti au pouvoir.  

LIBERTÉ DE RÉUNION

Le droit à la liberté de réunion pacifique était toujours soumis à de sévères restrictions. La pandémie de COVID-19 a limité les activités politiques en extérieur à partir du mois de mars, et les rassemblements en intérieur organisés par des partis d’opposition ont été pris pour cible par les autorités. Entre janvier et décembre, elles ont interdit 17 réunions publiques, invoquant l’article 144 du Code pénal de 1860, qui leur permettait d’empêcher, au nom de la sécurité publique, tout rassemblement de plus de quatre personnes et la tenue de réunions publiques. Elles ont également interdit ou dispersé un certain nombre d’autres rassemblements de nature politique. 

En janvier, des membres du parti au pouvoir, la Ligue Awami, ont agressé pendant sa campagne le candidat du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP, opposition) à la mairie de Dacca-Nord. Celui-ci a été blessé, ainsi que plusieurs de ses partisans. 

En février, la police a dispersé avec violence et notamment à coups de matraque plusieurs réunions organisées par le BNP et des organisations affiliées un peu partout dans le pays. Elle a interrompu en juillet un débat organisé dans un espace fermé par le tout nouveau Parti Amar Bangladesh dans le district de Brahmanbaria, en l’absence de toute provocation. 

En août, dans le district de Barguna, dans le sud du pays, la police a violemment dispersé un rassemblement pacifique et une chaîne humaine organisés pour réclamer la libération d’un étudiant de l’université Stamford de Dacca. Plusieurs vidéos semblaient indiquer une intervention brutale de la part de la police, en l’absence de toute provocation de la part des manifestants.  

EXÉCUTIONS EXTRAJUDICIAIRES ET DISPARITIONS FORCÉES

Au moins 222 personnes ont été tuées par les forces de sécurité, apparemment victimes d’exécutions extrajudiciaires – 149 sans avoir été arrêtées, 39 après leur interpellation, les autres étant mortes des suites des tortures subies ou dans d’autres circonstances. Au moins 45 réfugiés rohingyas auraient été exécutés cette année par des membres de différents organes responsables de l’application des lois. La plupart auraient été tués lors d’opérations menées dans le cadre de la « guerre contre la drogue » lancée en 2018 par le gouvernement et qui s’est traduite par des milliers d’exécutions extrajudiciaires. 

Durant l’année ont été signalées neuf disparitions forcées : un enseignant, un rédacteur en chef, un homme d’affaires, deux étudiants et quatre militants d’opposition. « Retrouvées » par la police, ces personnes ont ensuite été officiellement placées en détention. Un leader étudiant a été relâché par ses ravisseurs, non identifiés, après 48 heures d’une mobilisation intense des organisations de la société civile et de défense des droits humains. Un militant politique a été retrouvé mort ; quatre autres étaient toujours portés disparus à la fin de l’année. 

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES ET AUX FILLES 

Selon l’organisation de défense des droits humains ASK, au moins 2 392 cas de violence à l’égard de femmes ont été signalés durant l’année. Parmi ces cas, on dénombrait 1 623 viols (dont 331 sur la personne de mineures âgées de moins de 12 ans), 326 tentatives de viol et 443 agressions physiques. Des femmes et des filles autochtones figuraient parmi les victimes. Au moins 440 femmes et filles ont été tuées après une agression physique, un viol ou une tentative de viol. 

Une vidéo a largement circulé en octobre sur les réseaux sociaux, montrant l’agression d’une femme par cinq hommes, qui l’ont déshabillée, frappée à coups de pied et de poing et soumise à des sévices sexuels. Cette agression, qui aurait eu lieu le 2 septembre, a suscité un tollé dans l’opinion publique et des manifestations dans tout le pays.

DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES – LES CHITTAGONG HILL TRACTS 

De nombreuses violations des droits humains ont été recensées dans les Chittagong Hill Tracts tout au long de l’année : entre autres, trois exécutions extrajudiciaires, 99 arrestations arbitraires, 54 agressions physiques, 104 descentes de police dans des habitations et 25 atteintes à des biens privés impliquant les services de sécurité de l’État. Parmi les personnes arrêtées de façon arbitraire, 50 ont été emprisonnées et les autres remises en liberté. 

Des militants autochtones ont accusé l’armée et les services de renseignement de semer la discorde parmi les différents groupes politiques autochtones. Les divisions entre ces groupes ont cette année encore favorisé les violences intercommunautaires dans les Chittagong Hill Tracts. Au moins 69 militants politiques autochtones ont été tués dans des affrontements durant l’année. Au moins 50 militants autochtones ont été enlevés et 82 maisons appartenant à des autochtones ont été incendiées lors de violences entre factions politiques locales. 

Trois militants autochtones ont été enlevés en juin à Sadar, upazila (sous-district) du district de Rangamati. Leurs familles ont accusé le Front démocratique du peuple uni, branche dissidente du principal parti politique autochtone, d’être responsable de ces enlèvements. Selon certaines informations, ce groupe serait soutenu par les services de sécurité de l’État. 

Une femme et une fille autochtones ont été victimes de viols en réunion en août, à Lama, upazila du district de Bandarban. Leurs agresseurs étaient des colons bengalis. Le militant politique autochtone U Thowai Aoi Marma a été victime en septembre d’une disparition forcée, à Rowangchhari, upazila du district de Bandarban. Sa famille et d’autres membres de la population locale ont accusé l’armée bangladaise d’être responsable de son enlèvement. On était toujours sans nouvelles de cet homme à la fin de l’année. 

PERSONNES RÉFUGIÉES OU DEMANDEUSES D’ASILE

Près d’un million de Rohingyas, minorité ethnique persécutée dont les membres ont fui le Myanmar en août 2017, étaient toujours réfugiés au Bangladesh. Alors que les discussions avec le Myanmar sur un éventuel rapatriement n’avaient guère avancé, le Bangladesh campait sur sa position officielle, à savoir qu’un retour volontaire, en toute sécurité et dans la dignité, des réfugiés rohingyas était la seule issue possible à la situation actuelle. 

Les droits de ces personnes faisaient l'objet de nombreuses restrictions au Bangladesh. La mise en place par les autorités de clôtures en barbelé autour des camps de réfugiés était une entrave à leur droit de circuler librement. Les restrictions d’accès aux services d’Internet mobile à haut débit qui avaient été imposées en septembre 2019 aux réfugiés ont été partiellement levées le 24 août. L’épidémie de COVID-19 a eu des répercussions négatives sur le système de santé déjà surchargé des camps, et les soins dont pouvaient bénéficier les personnes réfugiées étaient insuffisants. En mai, les autorités bangladaises ont emmené plus de 300 réfugiés rohingyas à Bhasan Char, une île reculée du golfe du Bengale, formée par dépôt de limon. En décembre, elles y avaient réinstallé 1 642 autres réfugiés rohingyas et avaient pour projet de procéder à 100 000 réinstallations sur cette île. Cette initiative se heurtait à une forte opposition, notamment des organisations de défense des droits humains, car l’île était régulièrement inondée, en particulier pendant la mousson, et exposée à de fréquents cyclones. Au moins cinq Rohingyas interrogés par Amnesty International et parlant au nom de 23 membres de leurs familles ont affirmé que les autorités les avaient contraints à ce transfert sur l’île. 

DROIT À LA SANTÉ

La pandémie de COVID-19 a très fortement éprouvé le système de santé du Bangladesh. Après des années de sous-investissement chronique dans la santé publique, les structures existantes se sont avérées inadaptées, mal préparées et sous-équipées face à la crise. Selon l’Ordre des médecins du Bangladesh, plus de 8 000 professionnels de la santé, dont 2 887 médecins, 1 979 infirmiers et infirmières, et 3 245 autres soignants ont été testés positifs au COVID-19 durant l'année. Parmi les médecins ayant contracté la maladie, 123 au moins sont décédés. Toujours selon l’Ordre des médecins, la propagation du virus au sein du personnel soignant aurait pu être réduite si des mesures avaient été immédiatement prises. 

Le manque de disponibilité ou d'accessibilité des services essentiels de prise en charge des malades du COVID-19 a provoqué une crise sanitaire majeure dans le pays. De nombreux établissements hospitaliers, tant publics que privés, ont refusé des patients qui présentaient des symptômes de la maladie par crainte de la contagion, alors même qu’ils disposaient des capacités pour les accueillir. Ces pratiques ont entraîné la mort de centaines de personnes.

DROITS DES TRAVAILLEUSES ET DES TRAVAILLEURS

Dès l’apparition de la pandémie de COVID-19, début mars, les autorités du Bangladesh ont décrété un confinement national, baptisé « congé public », jusqu’en mai. Pendant cette période, les principaux secteurs d’activité ont été perturbés et le droit de circuler librement a été limité. La perturbation de l’activité économique et la fermeture des entreprises se sont traduites pour nombre de travailleuses et travailleurs par la perte de leur emploi ou du moins par une baisse sensible de leurs revenus. Les personnes touchées par la crise n’avaient que peu ou pas du tout de protection sociale. Leurs droits au travail et à un niveau de vie suffisant ont donc été fortement compromis. Parmi les plus durement affectées figuraient plus de cinq millions de personnes travaillant dans le secteur informel et environ quatre millions de personnes employées dans l’industrie textile (dont 80 % de femmes) 

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