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Un manifestant menotté est sur le terrain alors que les forces de sécurité égyptiennes dispersent les partisans du président égyptien déchu, Mohamed Morsi, de force dans un vaste camp situé sur la place Al-Nahda, au Caire, le 14 août 2013 © AFP / Getty Images

Un manifestant menotté est sur le terrain alors que les forces de sécurité égyptiennes dispersent les partisans du président égyptien déchu, Mohamed Morsi, de force dans un vaste camp situé sur la place Al-Nahda, au Caire, le 14 août 2013 © AFP / Getty Images

Un manifestant menotté est sur le terrain alors que les forces de sécurité égyptiennes dispersent les partisans du président égyptien déchu, Mohamed Morsi, de force dans un vaste camp situé sur la place Al-Nahda, au Caire, le 14 août 2013 © AFP / Getty Images

Contrôle des armes
Making-of

Des analyses vidéo font la lumière sur l’utilisation de blindés français en Égypte

L’exploitation d’informations en libre accès a fait partie intégrante de la méthodologie de recherche utilisée pour produire notre enquête « Égypte : des armes au cœur de la répression ». Grâce à cette spécialité, nous avons pu prouver que des véhicules blindés français ont été utilisés par les forces de l’ordre égyptiennes pour réprimer dans le sang des manifestations.

Nous avons analysé vingt heures de contenus audiovisuels disponibles dans le domaine public, plusieurs centaines de photos et 450 gigaoctets de supports audiovisuels supplémentaires provenant de groupes locaux de défense des droits humains et des médias recueillis sur une année.

Notre enquête démontre que des véhicules Sherpa et MIDS fournis par la France ont été utilisés lors de plusieurs incidents de répression interne, qui figurent parmi les plus sanglants de l’histoire égyptienne depuis 2012.

Lire aussi : Des armes françaises au cœur de la répression égyptienne

Lors de cette enquête, l’exploitation d’informations disponibles en libre accès a été primordiale pour accéder à des centaines de vidéos et d’images postées sur les réseaux sociaux, en parallèle des informations relayées par les médias, qui font état de violations des droits humains en Égypte.

Au Centre pour les droits humains de l’université de Californie à Berkeley, l’équipe du service de vérification numérique d’Amnesty International, assistée d’autres équipes basées à l’université de Toronto et à l’université de l’Essex, a réalisé la majeure partie du travail d’exploitation et de vérification nécessaire pour ce rapport.

Grâce à ces méthodes d’enquête, les équipes de vérification numérique ont analysé plus de trente vidéos et vingt images, datant de la période 2012-2015, et ont identifié 120 véhicules fournis par des constructeurs français

Dans cet article, nous concentrons notre attention sur une vidéo qui sert d’étude de cas pour montrer comment le service de vérification numérique vérifie les contenus que lui sont soumis, notamment en identifiant où et quand les vidéos ont été filmées, ainsi que les auteurs et les événements qui y figurent.

Lire aussi : La France complice de la répression sanglante en Égypte

Lieu des événements

L’une des étapes de vérification les plus difficiles est la détermination du lieu où la vidéo a été filmée. Il s’agit de l’étape dite de géolocalisation. Pour déterminer le lieu, l’enquêteur passera la vidéo au crible à la recherche d’éléments particuliers : bâtiments, installations, panneaux routiers, enseignes commerciales, etc.

Dans la vidéo en question, les éléments particuliers comprennent des rails de chemin de fer qui apparaissent dans la vidéo à 1’20" et l’on peut voir à 4’27" ce qui semble être une mosquée et un bâtiment à colonnes en arrière-plan.

Chemin de fer

Une mosquée en arrière plan

Cependant, Le Caire est une mégapole. Si, en se servant de l’outil le plus utilisé pour la géolocalisation, Google Earth, l’on cherchait à travers la ville entière ces mêmes structures, il nous faudrait des heures pour les trouver.

Cela reviendrait à chercher une aiguille dans une botte de foin. Il serait possible de gagner du temps en délimitant la région géographique du Caire où les événements se sont déroulés. En partant du principe que la vidéo a été filmée au Caire, le 14 août 2013, sur la place Rabaa al Adawiya ou à proximité, nous avons cherché cette même place sur Google Earth avec l’espoir de trouver non loin de la place soit le chemin de fer, soit la mosquée, soit le bâtiment au toit vert.

La recherche sur Google Earth nous a conduits à la mosquée Rabaa al Adawiya, comme nous pouvons le voir sur l’image ci-dessous, et nous a aidés à délimiter une zone restreinte.

Version agrandie de l'image de la mosquée présente dans la vidé

Nous avons ensuite cherché les autres éléments caractéristiques de la vidéo dans la zone autour de la mosquée Rabaa al Adawiya. Nous avons repéré une forme circulaire, qui, en effectuant un zoom avant, nous a paru être la mosquée et le bâtiment au toit vert.

Nous sommes alors revenus à la vidéo et avons pu confirmer qu’il s’agit bien de la mosquée et du bâtiment présents dans la vidéo, et ce en identifiant le toit vert de forme circulaire et l’élément pointu au sommet d’un bâtiment près d’un minaret.

Les coordonnées GPS de cette mosquée sont 30.069245, 31.318389. Nous pensons que cette vidéo a été filmée dans cette zone car la vidéo montre cette mosquée en arrière-plan. La localisation exacte de chaque séquence de la vidéo est plus difficile à déterminer en raison des angles sous lesquels la caméra a enregistré les événements.

Les auteurs

Connaître uniquement le lieu du tournage ne suffit pas. Il est tout aussi important de vérifier et d’identifier les groupes de personnes présents dans la vidéo. Dans ce cas-ci, il était important de pouvoir confirmer que les forces de sécurité égyptiennes étaient bien présentes le 14 août 2013 autour de la zone que nous avons géolocalisée.

De la même manière que pour la géolocalisation, nous avons regardé la vidéo afin de repérer les moments lors desquels des agents en uniforme apparaissaient. Une fois ces moments repérés, nous avons observé les uniformes afin d’identifier des accessoires caractéristiques ou des éléments uniques de leur tenue qui pourraient nous servir pour attester que ces hommes faisaient partie des forces de sécurité égyptiennes.

Par exemple, à 1’23", nous voyons des hommes vêtus de noir qui portent une marque caractéristique sur le bras droit. À peu près vingt secondes plus tard, nous pouvons voir un de ces hommes se retourner et ainsi révéler le mot « POLICE » écrit dans son dos.

En nous renseignant sur le contexte politique de cette vidéo, nous avons mis la main sur plusieurs images tirées d’articles de presse qui nous ont permis d’identifier ces hommes en tant que membres des forces de sécurité égyptiennes.

Nous voyons tous ces hommes, ou des hommes vêtus de la même façon, apparaître une nouvelle fois dans la vidéo à 6’00", ce qui sera pertinent dans la section intitulée « Les événements » de cet article.

Date des événements

Il est primordial de déterminer et de confirmer la date des événements lorsque nous travaillons sur un contenu généré par des utilisateurs. Dans le cas de cette vidéo, YouTube mentionne qu’elle a été mise en ligne le 14 août 2013 et la personne qui l’a mise en ligne déclare dans la légende qu’elle montre des événements datant du même jour, le 14 août 2013.

Cependant, ces deux informations à elles seules ne suffisent pas à vérifier si les événements montrés dans la vidéo se sont effectivement déroulés le 14 août 2013. Il faut le déterminer avec des preuves tangibles. Nous avons effectué la recherche internet suivante : « Cairo, Egypt August 14 2013 news » afin de voir si des médias fiables ont couvert cette journée.

Parmi les résultats de cette recherche figuraient des articles du New York Times, du Guardian et de Reuters, qui ont tous mentionné des tirs effectués par les forces de sécurité près de la place Rabaa al Adawiya, le 14 août 2013.

Ainsi, en nous appuyant sur ces autres informations vérifiées, nous en avons conclu que la vidéo montrait en effet des événements qui se sont déroulés le 14 août 2013.

Les événements

Comme nous l’avons évoqué brièvement au début de l’article, certains des véhicules qui ont été utilisés par l’armée égyptienne et qui figurent sur la vidéo ont été fabriqués par un constructeur français, Renault Trucks Defense (l’entreprise Renault Trucks Defense a changé de nom à la fin du mois de mai 2018 pour devenir Arquus Defense).

Il est important de garder en mémoire que d’autres véhicules blindés présents dans la vidéo sont de fabrication égyptienne. Lorsque nous avons visionné la vidéo, nous avons repéré de nombreux véhicules blindés. Par souci de concision, nous expliquerons les étapes nécessaires à l’identification d’un seul véhicule blindé présent dans la vidéo.

À environ 6’00, les hommes identifiés en tant que membres des forces de sécurité égyptiennes sont visibles à côté de deux gros véhicules. Nous tâchons d’identifier le plus petit véhicule, de couleur verte, que l’on distingue sur la capture d’écran ci-dessus.

Nous ne nous étions pas familiarisés avec les modèles internationaux de véhicules militaires. Nous avons donc eu recours à une recherche internet pour avancer. Nous avons tout d’abord effectué la recherche internet suivante : "Egyptian army vehicles" en espérant obtenir une liste de véhicules utilisés par le gouvernement égyptien au XXIe siècle. Ce ne fut cependant pas le cas, étant donné qu’aucun site internet disposant de telles informations n’existait.

Ensuite, nous avons décidé d’élargir la recherche en choisissant le groupe de mots "Military and Army Vehicles" qui nous a conduits à ce site internet qui dresse la liste de différents modèles. Nous avons parcouru attentivement cette base de données à la recherche d’un véhicule partageant les mêmes caractéristiques que celui présent dans la vidéo.

Pour être honnête, il s’agit d’un travail très minutieux qui peut prendre des heures. Cependant, nous avons fini par repérer un véhicule qui possédait un élément caractéristique qui sortait du toit du véhicule, deux rétroviseurs, un pare-brise oblique ainsi que des phares placés de manière similaire.

Le site internet indiquait que ce véhicule était fabriqué par Renault Trucks Defense. Pour vérifier la crédibilité du site, nous avons visité le site internet de Renault Trucks Defense et avons trouvé sur ce dernier le véhicule que nous recherchions. Le site de Renault Trucks Defense indique qu’il s’agit d’un Sherpa Light Scout.

Pour conclure

En vérifiant les différentes séquences de la vidéo qui ont été exposées dans cette étude de cas, l’équipe du service de vérification numérique a été en mesure de démontrer que les forces de sécurité égyptiennes utilisaient un véhicule blindé de fabrication française, un Sherpa Light Scout, près de la place Rabaa al Adawiya du Caire, le 14 août 2013.

Cette étude de cas a présenté une méthode d’enquête sur des informations disponibles en libre accès, appliquée par les membres du Service de vérification numérique afin de prouver que des véhicules blindés français ont été utilisés par le régime égyptien dans de nombreux cas de violations des droits humains.

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