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La ville de Sur est située dans l’arrondissement central de Diyarbakir, la plus grande ville du sud-est de la Turquie, dont la population est majoritairement kurde. © Guy Martin/Panos

La ville de Sur est située dans l’arrondissement central de Diyarbakir, la plus grande ville du sud-est de la Turquie, dont la population est majoritairement kurde. © Guy Martin/Panos

La ville de Sur est située dans l’arrondissement central de Diyarbakir, la plus grande ville du sud-est de la Turquie, dont la population est majoritairement kurde. © Guy Martin/Panos

Conflits armés et populations
Actualité

Des centaines de milliers de Kurdes forcés de quitter leur maison

Dans le sud-est de la Turquie, un demi-million de personnes ont été forcées à quitter leur domicile par les autorités turques cette année.

Notre rapport intitulé Displaced and dispossessed: Sur residents’ right to return home révèle la situation désespérée de familles forcées de quitter le centre historique de Diyarbakir en raison des opérations de sécurité intensives menées à la fin de l’année dernière et du couvre-feu permanent encore en cours. De tels agissements interdits par le droit international pourraient constituer des sanctions collectives.

Signer notre pétition : persécutée par la justice turque, justice pour Eren Keskin !

Un an de couvre feux

C’est le cas de la ville Sur qui est située dans l’arrondissement central de Diyarbakir, la plus grande ville du sud-est de la Turquie, dont la population est majoritairement kurde. Ses anciennes fortifications et les jardins d’Hevsel tout proches ont été inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 2015.

Des logements situés dans ce quartier de Diyarbakir qui débordait naguère d’activité ont été démolis et confisqués afin de faire place à un projet de réaménagement dont très peu de résidents sont susceptibles de bénéficier.

Après l’échec d’un cessez-le-feu en juillet 2015, des affrontements ont éclaté entre des personnes affiliées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et les forces turques de sécurité. En réaction aux déclarations d’« autogouvernance », à la mise en place de barricades et à l’apparition de tranchées à Sur, dans l’arrondissement central de Diyarbakır, et dans d’autres villes du sud-est, les autorités ont commencé à imposer des couvre-feux 24 heures sur 24 et à mener des opérations de sécurité fortement militarisées.

Le 11 décembre 2015, un couvre-feu permanent a été déclaré pour une durée indéterminée dans six des 15 quartiers de Sur, empêchant des personnes de quitter leur domicile même pour acheter des denrées alimentaires ou des fournitures médicales essentielles.

Des policiers ont utilisé des mégaphones à de nombreuses reprises afin d’ordonner aux habitants de quitter les lieux. L’eau et l’électricité ont été coupées pendant des périodes prolongées, tandis que des habitations ont été secouées par les bombardements de l’armée et criblées de balles.

Un an après la mise en place du couvre-feu permanent à Sur, des milliers de personnes sont toujours déplacées, éprouvent des difficultés à joindre les deux bouts et ne savent pas de quoi demain sera fait dans cette atmosphère de plus en plus répressive.

Découvrir : notre travail sur les conflits armés et la protection des populations

Déplacements forcés, destructions et pillages

Les affrontements à Sur ont pris fin en mars 2016, mais le couvre-feu reste en vigueur dans de grandes parties de l’arrondissement.

Après les expulsions forcées, presque tous les biens immobiliers ont été confisqués par les autorités turques, et de nombreux immeubles ont aussi été démolis.

Si les retours ont été rendus quasiment impossibles par le couvre-feu et les destructions, certains résidents revenus sur place ont découvert que leur domicile avait été saccagé, et leurs possessions pillées ou détruites.

Une femme ayant essayé de rester chez elle nous a dit:

J’étais dans la maison avec deux enfants, nous n’avons pas bu d’eau pendant une semaine. Un jour, une capsule de gaz [lacrymogène] a été tirée à l’intérieur de la maison. Nous n’avons pas eu d’électricité pendant 20 jours. Je voulais partir mais je n’avais nulle part où aller.

Des policiers ont forcé un autre homme à quitter son domicile, avec son père et son frère, avant de les arrêter.:

Ils nous ont forcés à partir en nous pointant leurs pistolets sur la tête. »

Tous trois ont initialement été inculpés d’infractions en relation avec le terrorisme mais les poursuites ont ensuite été abandonnées. Quand cet homme est retourné chez lui, toutes ses affaires avaient été brûlées.

Certains des résidents déplacés n’ont pas pu trouver de logement de remplacement adéquat à un prix raisonnable et éprouvent des difficultés à accéder à des services essentiels.

Beaucoup ont perdu leur emploi lorsqu’ils ont été déplacés, et les enfants ont vu leur scolarité fortement perturbée ou ont complètement arrêté leurs études.

Des indemnisations inadéquates et l'insuffisance des aides à la location versées par les autorités - quand elles en versent - ont plongé des familles déjà défavorisées dans des situations encore plus difficiles.

Une famille déplacée de Sur ©Guy Martin/Panos

Lire aussi : les ONG visées en Turquie

L’opposition kurde prise pour cible

La situation des droits humains dans le sud-est de la Turquie s’est dégradée après l’instauration de l’état d’urgence à la suite du coup d’État de juillet.

Une série de décrets exécutifs a essentiellement éliminé les voix kurdes d’opposition, en condamnant médias et ONG à cesser leurs activités. Des maires élus, notamment ceux de Sur et de Diyarbakir, ont été remplacés par des administrateurs désignés par le gouvernement.

Cela signifie que des ONG qui apportaient une aide vitale aux populations pauvres et déplacées ont dû cesser leurs activités

Les résidents rejettent les affirmations du gouvernement selon lesquelles le couvre-feu en vigueur et les démolitions actuelles ont pour but de préserver la sécurité, étant donné que les affrontements ont pris fin il y a plus de huit mois.

Ils les voient plutôt comme faisant partie d’un projet mûrement réfléchi visant à réaménager leurs quartiers et à les réinstaller ailleurs. Un projet de rénovation urbaine initialement présenté en 2012 a été relancé, mais les détails restent rares et les résidents n’ont pas été consultés. Cela s’inscrit dans une série de projets de ce type en Turquie, qui se soldent par l’expulsion forcée des résidents.

Un an après l’entrée en vigueur du couvre-feu à Sur, une grande partie des habitants de ce site du patrimoine mondial ont été forcés de regarder leur propre patrimoine détruit par des bulldozers.

La situation désespérée des anciens résidents de Sur fait écho à celle des habitants de dizaines d’autres zones du sud-est de la Turquie. Le gouvernement doit agir de toute urgence pour lever le couvre-feu, faire en sorte que les populations touchées soient pleinement indemnisées et soient aidées à retourner dans ce qui reste de leur logement ou, au minimum, dans leur quartier.

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