Nous avons été attaqués par le passé, nous le sommes aujourd’hui et nous continuerons à l'être. Pourquoi ? Parce que nos enquêtes dérangent. D'ailleurs, c'est précisément leur rôle.
Le combat pour défendre les droits humains ne s'est jamais fait sans déranger ceux qui les bafouent partout dans le monde. C'est une mission qui ne nous rend pas toujours populaires. Aujourd’hui, plus que jamais, la polarisation des débats tend à rendre inaudible un discours mesuré, basé sur des faits. Certains nous accusent d’appartenir à un camp, d’être partial, de trahir notre vocation.
Nous faisons l’objet de :
MENACES,
ATTAQUES,
PRESSIONS,
CRITIQUES,
provenant de tous bords.

Mai 2005. Malgré des rapports accablants, la Maison-Blanche conteste nos enquêtes sur Guantanamo.
Juin 2007. Le Vatican appelle ses fidèles à ne plus financer Amnesty International en raison de ses rapports demandant la dépénalisation de l'avortement.
Juillet 2020. Le président d'Amnesty International Turquie est condamné à six ans de prison suite à nos enquêtes sur les droits des personnes réfugiées.
Avril 2022. Victime de harcèlement de la part des autorités, nous sommes contraints de fermer nos bureaux en Inde.
Mai 2023. Les locaux d'Amnesty sont vandalisés à Nice, en France, par un groupuscule violent.
Mai 2025. Amnesty International est déclarée "organisation indésirable" en Russie.
La Maison-Blanche, les autorités turques, indiennes, russes ou iraniennes, le Vatican, des groupuscules violents ou encore le Parti communiste chinois : toutes et tous ont critiqué notre travail.
Si l'on se fait autant attaquer, c'est forcément que l'on doit déranger.
Nos enquêtes dans 155 pays du monde
Chaque jour, nos équipes de recherche enquêtent à travers le monde entier sur les violations des droits humains.
Toutes nos enquêtes portent sur des problématiques actuelles qui nous concernent toutes et tous : liberté d’expression et de manifestation, discriminations, violences sexistes et sexuelles, protection des populations civiles dans les conflits, etc.
Chaque jour, nous rendons publiques ces enquêtes qui dérangent, parce qu'elles révèlent au grand jour ce que certains voudraient cacher.
Nos enquêtes sont notre force : nous établissons des faits
Dans une époque de "post-vérité", où les fake-news pullulent, nous avons besoin de sources fiables. C’est pourquoi nos enquêtes sont notre force : nous établissons des faits.
Toutes nos enquêtes sont le fruit d’un travail extrêmement rigoureux et pointu, mené par des chercheurs et chercheuses indépendants et impartiaux, qui travaillent aussi bien sur le terrain qu’à distance.
Leur rôle :
Recueillir la parole des témoins, des personnes survivantes et des victimes*
Vérifier les témoignages et les confronter aux preuves visuelles et à tous les autres éléments dont ils disposent ;
Analyser les images satellites des attaques, examiner les rapports médicaux, les déclarations officielles et tout autre document utile afin de déterminer si une violation du droit international a été commise ;
Répertorier et conserver tous les éléments de preuves récoltés afin de pouvoir les mettre à disposition pour servir la justice.
*En fonction de l’accessibilité de la zone, le recueil de témoignages peut se faire sur le terrain et/ou à distance, avec l’aide d’un collaborateur présent sur place.
Des chercheurs et chercheuses d’Amnesty International enquêtent sur le conflit en ITPO depuis de nombreuses années. Depuis le nouveau cycle de violence qui s’est ouvert le 7 octobre 2023, une nouvelle série d’enquêtes a été lancée sur les violations des droits humains commises.
Nous enquêtons sur les 1 200 personnes tuées en Israël le 7 octobre 2023, les personnes retenues en otage par le Hamas et les groupes armés palestiniens, les frappes illégales de l'armée israélienne qui ont fait des milliers de morts, les violations du droit international humanitaire et les déplacements forcés de populations, les discours déshumanisants et racistes ou encore les détentions illégales.
Parmi nos chercheurs, Budour Hassan enquête plus particulièrement sur la situation à Gaza. Avant de nous rejoindre, elle a travaillé comme chercheuse juridique et chargée de plaidoyer au Jerusalem Legal Aid and Human Rights Center. Elle est aujourd'hui basée à Ramallah et rattachée au Bureau régional Moyen-Orient et Afrique du Nord. Rencontre.
Quel a été l’évènement le plus marquant de l’année 2023 dans votre région et pourquoi ?
À travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, nous avons assisté à plusieurs vagues de répression contre la liberté d’expression, d’association et de réunion. De nombreux détenu·es ont mené des grèves de la faim. Nous avons également observé de nombreux cas de torture.
Nous avons subi plusieurs tremblements de terre, d’abord en Syrie et en Turquie, puis en Libye. Mais le pire séisme de tous est peut-être ce que nous avons observé à Gaza.
Qu’avez-vous ressenti en travaillant sur ces sujets ?
En tant que chercheuse, le plus difficile a été de documenter les crimes de guerre et les atrocités commis à Gaza, de parler avec les personnes sur le terrain qui documentent les frappes aériennes d’Israël et leurs conséquences, avec les victimes et les personnes survivantes.
Il est très difficile d’apercevoir ne serait-ce qu’une lueur d’espoir. Même si en tant que défenseur-e-s des droits humains, chercheurs et chercheuses, nous essayons constamment de nous accrocher à l’espoir que notre travail peut susciter.
Heureusement, savoir que les preuves recueillies peuvent servir à appuyer une demande d’embargo sur les armes ou encore à réclamer la reddition de comptes et la justice donne du sens à notre travail.
En quoi consiste votre travail ?
En tant que chercheur·euses, notre rôle est de recueillir la parole des témoins, des personnes survivantes et des victimes. Ensuite, nous vérifions ces témoignages et nous les confrontons aux preuves visuelles et à tous les autres éléments dont nous disposons. Nous analysons les images satellites des attaques, nous examinons les rapports et déclarations officiels dans leur intégralité, sous toutes leurs formes, afin de déterminer si une violation du droit international a été commise.
Nous documentons aussi les transferts forcés, c’est-à-dire les cas de relocalisations forcées des populations civiles. Ce travail consiste à recueillir les témoignages des victimes, mais aussi à entendre ce que les coupables présumés ont à dire. Tout ce travail implique une présence sur le terrain, pour rencontrer les communautés déplacées et les communautés en danger.
Pouvez-vous partager une anecdote qui vous a émue en 2023 ?
J’ai parlé au téléphone avec un homme à Gaza qui avait perdu toute sa famille, il me citait les noms de ses enfants assassinés avec calme et lucidité.
J’ai été frappée par le rythme et le ton de sa voix. Soudainement quelqu’un l’a appelé, il s’est excusé et m’a dit : « Je suis désolé, je dois y aller. Ils m’ont dit qu’ils avaient retrouvé l’étole de ma petite fille. » Ce vêtement est la seule chose qui restait du corps déchiqueté de son enfant après l’explosion d’une bombe.
Nous, chercheurs et chercheuses, avons la responsabilité de partager le témoignage de ce père de famille endeuillé. Le fait que cet homme, après ce qu’il a vécu, après avoir tout perdu, utilise la batterie de son téléphone et prenne le temps de nous parler malgré sa douleur, place une immense responsabilité sur nos épaules. Nous devons faire honneur à ces récits, et lutter sans relâche pour que les auteurs de ces crimes soient jugés un jour, et que justice soit rendue pour les victimes et leurs proches.
Quels sont les autres problèmes de droits humains les plus urgents dans votre région ?
Partout dans la région, nous observons des violations systématiques de la liberté d’expression, d’association et de réunion, ainsi que des manquements récurrents au respect des droits fondamentaux des personnes, dont la garantie judiciaire et le droit à un procès équitable. Ces problèmes représentent un fléau qui concerne tous les pays de la région.
En quoi le travail d'Amnesty International est-il essentiel ?
Notre documentons les violations des droits humains afin de fournir des preuves pouvant être utilisées dans les tribunaux pour obtenir justice. Notre travail sert à faire pression sur les autorités pour qu’elles changent leur comportement, et permet de mobiliser les manifestants et manifestantes ainsi que le mouvement Amnesty International.
Par exemple, quand les tribunaux citent le travail d’Amnesty International dans leurs décisions pour interrompre des ventes d’armes, cela illustre l’importance de ce travail.
Qu’espérez-vous pour l’avenir ?
Personnellement, mon plus grand espoir est de vivre un jour dans une région où les personnes ne seront plus détenues ou arrêtées arbitrairement pour avoir exprimé librement et pacifiquement leurs opinions. Que les prisons ne soient plus des lieux où l’on pratique la torture. Que l’on ne compte plus de personnes incarcérées pour des raisons politiques ou pour avoir exprimé leur opinion.
Et bien sûr, comme nous l’avons répété à de nombreuses reprises, que justice soit rendue aux victimes. Nous encourageons une approche centrée sur les victimes, qui favorisera la reddition de comptes de la part des responsables présumés, dans le cadre de procès équitables. Voilà ce qui nous pousse à poursuivre notre travail.
Nos équipes de recherche travaillent en étroite collaboration avec l'Evidence Lab, notre laboratoire de preuves numériques basé à Berlin, en Allemagne, qui est chargé de collecter et d'analyser toutes les preuves que l'on peut récolter à distance, notamment dans les situations de crises ou de conflits.
Cette équipe pluridisciplinaire est composée de spécialistes des données visuelles en open source, de la télédétection, des armements, des données, développeurs, etc. Tous travaillent à distance à l’aide d’outils d’investigation numérique de pointe.
L'Evidence Lab recueille et analyse des images satellites, des photos et vidéos en open source. Elle utilise la géolocalisation et la chronolocalisation pour confirmer où quand des images ont été prises, la reconstruction tridimensionnelle des événements, et analyse les armes et la balistique.
Ce laboratoire contribue notamment à faire en sorte que les informations provenant de zones de conflit soient exactes, soient diffusées rapidement et répondent aux besoins des activités de défense des droits humains dans les situations de crise. Ce travail est particulièrement important lorsqu’il est dangereux pour les chercheurs et les chercheuses d’être sur le terrain, et à une époque où les informations fausses et trompeuses peuvent se diffuser rapidement.
Aller plus loin : Comment des citoyens participent-ils à nos enquêtes ?
Toutes nos informations sont ainsi soigneusement analysées, recoupées, vérifiées, avant d'être publiées.
Notre seul camp, celui des droits humains
Pour garantir l'indépendance et l'impartialité de nos enquêtes, notre organisation est indépendante de toute institution, idéologie, intérêt économique et religion.
Lire aussi : L’impartialité au cœur de notre combat pour les droits humains
Pour garantir notre indépendance, nous avons besoin d'assurer notre indépendance financière. Toutes nos actions sont financées grâce au soutien indispensable de nos membres et de nos donateurs.
Nos valeurs fondamentales : l'indépendance, l'impartialité et l'exactitude.
Notre force : nos enquêtes et un mouvement de 10 millions de personnes.
Notre unique boussole : le droit international.
Notre seul intérêt : le respect les droits humains.
Les droits humains ne sont ni une idéologie, ni une valeur morale. C'est un cadre légal (le droit international relatif aux droits humains) qui définit des droits universels que les États sont tenus de respecter et de faire respecter.
Ensemble, nous pouvons remporter de nouvelles victoires !
C’est grâce à votre soutien que nous pouvons mener nos combats, enquêter en toute indépendance et faire respecter les droits de toutes et tous à travers le monde.