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Le 25 août 2019, du bétail paît dans une zone brûlée en arrière-plan après un incendie dans la forêt amazonienne près de Novo Progresso, dans l'État de Para, au Brésil. © Joao Laet/AFP

Le 25 août 2019, du bétail paît dans une zone brûlée en arrière-plan après un incendie dans la forêt amazonienne près de Novo Progresso, dans l'État de Para, au Brésil. © Joao Laet/AFP

Le 25 août 2019, du bétail paît dans une zone brûlée en arrière-plan après un incendie dans la forêt amazonienne près de Novo Progresso, dans l'État de Para, au Brésil. © Joao Laet/AFP

Responsabilité des entreprises
Actualité

Un géant de la viande contribue à des violations de droits humains en Amazonie

Notre enquête From forest to farmland révèle que du bétail élevé illégalement dans la forêt amazonienne brésilienne s’est retrouvé dans la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise JBS, la plus grande entreprise de transformation de viande au monde. L’entreprise en a pourtant connaissance depuis 2009.

Selon les Principes directeurs des Nations unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme, elle contribue ainsi à des atteintes aux droits humains des peuples indigènes et des habitants des réserves.

Pour ne pas se rendre complice de telles atteintes, JBS doit immédiatement mettre en place un système de surveillance effective de sa chaîne d’approvisionnement, y compris en ce qui concerne ses fournisseurs indirects.

Avec 214 millions de têtes de bétail et 618 milliards de réaux brésiliens (124 milliards de dollars) de chiffre d’affaires, le Brésil est le premier exportateur mondial de viande bovine au monde. L’industrie bovine représente 8 % du PIB national. L’élevage bovin est aussi la première cause de déforestation en Amazonie.

Les trois quarts environ de la production bovine brésilienne sont consommés dans le pays, et le dernier quart, qui se retrouve dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, est tellement important que le Brésil est le premier exportateur mondial de viande bovine. Ses principaux débouchés sont notamment la Chine, Hong Kong, l’Égypte, le Chili, l’Union européenne, les Émirats arabes unis et la Russie.

Au niveau national, la région de l’Amazonie a enregistré la plus forte augmentation du secteur de l’élevage bovin. Depuis 1988, le nombre de têtes de bétail a presque quadruplé dans la région et représente aujourd’hui 40 % du total national. Cette expansion détruit parfois de vastes portions de forêt vierge dans des territoires indigènes et dans des réserves. Selon les chiffres du gouvernement, les territoires indigènes en Amazonie ont été déforesté sur 497 km² entre août 2018 et juillet 2019, soit 91 % de plus que l’année précédente.

Au total, 63 % des zones déforestées entre 1988 et 2014 ont été transformées en pâturages pour le bétail, et elles représentent cinq fois la superficie du Portugal.

Des zones protégées saisies illégalement

Nous sommes allés sur trois sites au cours de notre enquête, le territoire indigène des Uru-Eu-Wau-Wau et les réserves de Rio Jacy-Paraná et de Rio Ouro Preto, tous situés dans l’État de Rondônia.

L’organisation n’a trouvé aucun élément prouvant que JBS serait directement impliquée dans les atteintes aux droits humains commises sur les trois sites examinés.

Toutefois, sur ces trois sites, de récentes saisies de terres illégales ont causé la perte de territoires traditionnels, pourtant protégés par la législation brésilienne. Les droits fonciers des populations indigènes y sont protégés par le droit international relatif aux droits humains et par la législation brésilienne, et l’élevage commercial de bétail y est interdit. Pourtant, certains de ces territoires traditionnels ont été saisis illégalement.

Ces saisies illégales de terres s’accompagnent souvent de menaces, d’actes d’intimidation et de violences, dans un contexte général de violences rurales. Selon une estimation, en 2019, dans la région de l’Amazonie brésilienne, les populations indigènes ont subi sept meurtres, sept tentatives de meurtre et vingt-sept menaces de mort.

En décembre 2019, alors qu’ils patrouillaient sur leur territoire, des membres du peuple Uru-Eu-Wau-Wau ont découvert qu’environ 200 hectares avaient récemment été défrichés et brûlés.

« Ces récentes invasions [...] se multiplient et se rapprochent de plus en plus des villages. Nous avons vu un hélicoptère semer de l’herbe pour qu’ils puissent amener du bétail par la suite. »

Araruna, un Uru-Eu-Wau-Wau âgé d’une vingtaine d’années.

Dans d’autres secteurs, des communautés entières ont été chassées de leur territoire, et ces personnes craignent d’être assassinées si elles y retournent. Au cours des deux dernières décennies, la plupart des habitants de la réserve de Rio Jacy-Paraná ont été expulsés dans le but d’installer à leur place des élevages de bétail. Selon un ancien habitant, trois personnes seulement sont toujours sur place, sur les quelques soixante familles qui vivaient dans cette réserve.

« Tout a été transformé en terres agricoles »

Sara, expulsée de ses propres terres en 2017

Nous avons analysé des images satellites qui confirment les témoignages des anciens habitants : des zones qui étaient autrefois de denses forêts ont été défrichées, et du bétail ainsi que des plans d’eau pour abreuver le bétail sont à présent visibles.

L’Idaron fait l’autruche 

La législation brésilienne oblige les services de l’État à collecter de nombreuses informations sur l’élevage de bétail. Cela comprend des informations sur l’emplacement des élevages, y compris ceux qui se trouvent dans des zones protégées, le nombre, la tranche d’âge et le sexe des animaux et les transferts d’animaux entre les différentes exploitations. Pourtant, ces informations ne sont actuellement pas accessibles au public. Nous avons adressé sept demandes au titre de la liberté d’information à l’Idaron, l’agence de surveillance de la santé animale de l’État de Rondônia.

Les informations fournies par l’Idaron montrent une forte augmentation de l’élevage commercial de bétail dans les zones protégées, où cette activité est illégale. Entre novembre 2018 et avril 2020, le nombre de têtes de bétail a augmenté de 22 %.

Selon l’Idaron, 89 406 animaux ont été transférés ailleurs depuis des élevages situés dans des zones protégées où l’élevage commercial de bétail est illégal, en 2019. Cela signifie que même les bœufs qui proviennent d’élevages légaux ont peut-être auparavant été élevés de façon illégale.

Comment faire pour stopper l’élevage illégal de bétail dans l’Amazonie brésilienne ? Il serait judicieux de commencer par cesser d’enregistrer officiellement les élevages qui se trouvent dans des zones protégées et de délivrer des autorisations de transfert pour le bétail provenant de ces exploitations. Sans quoi l’Idaron continuera de permettre ces activités d’élevage commercial illégal.

Une chaîne d’approvisionnement tenue secrète

Au Brésil, le bétail est souvent déplacé d’une exploitation à l’autre. Les exploitations qui vendent des animaux à des entreprises de transformation de viande sont appelées les fournisseurs directs, et les autres exploitations où les animaux ont préalablement été élevés sont appelées les fournisseurs indirects. Les chercheurs estiment que 91 à 95 % des exploitations achètent du bétail provenant de fournisseurs indirects.

Avec l’ONG Repórter Brasil, nous avons examiné des documents officiels qui montrent que JBS a directement acheté des animaux à une exploitation située dans la réserve protégée de Rio Ouro Preto, à deux reprises en 2019. Ces documents indiquent que des transferts d’animaux ont été réalisés de zones protégées à zone non protégées jusqu’aux locaux de JBS. Dans certains cas quelques minutes seulement séparaient les deux transferts. Selon certains experts que nous avons interrogés, cela pourrait suggérer la pratique du blanchiment de bétail.

Pourtant JBS nie en bloc : « Nous n’achetons jamais de bétail à des exploitations pratiquant le pâturage illégal dans des zones protégées », et ajoute qu’elle a « une politique sans équivoque du zéro déforestation pour toute sa chaîne d’approvisionnement ». 

JBS est consciente du fait que du bétail illégal risque d’entrer dans sa chaîne d’approvisionnement – en 2009, elle a signé deux accords de non-déforestation avec le bureau du procureur fédéral du Brésil et, de façon distincte, avec Greenpeace –, mais elle n’a pas pris de mesures suffisantes pour remédier à ce problème. Des audits externes ont indiqué que JBS ne contrôle pas ses fournisseurs indirects.

Nous demandons à JBS de mettre en place, avant fin 2020, un système effectif de contrôle de sa chaîne d’approvisionnement, notamment de ses fournisseurs indirects, afin de s’assurer que le bétail mis à paître illégalement dans des zones protégées à un moment ou à un autre ne se retrouve pas dans la chaîne d’approvisionnement de JBS.  

 

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