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Près de l'entrée du camp informel de Calais appelé "La Jungle", le 23 janvier 2016. © Richard Burton/Amnesty International

Près de l'entrée du camp informel de Calais appelé "La Jungle", le 23 janvier 2016. © Richard Burton/Amnesty International

Près de l'entrée du camp informel de Calais appelé "La Jungle", le 23 janvier 2016. © Richard Burton/Amnesty International

Réfugiés et migrants
Lettre ouverte

Nouveau ministre, même politique : à quand le respect des droits humains à Calais ?

Le vendredi 10 juillet 2020, deux jours avant la visite du nouveau ministre de l’Intérieur, plus de 800 réfugiés et migrants ont été expulsés violemment de leur lieu de survie, à Calais. Avec nos associations partenaires*, nous interpellons le ministre de l’Intérieur pour enfin changer de cap et faire respecter les droits humains à Calais.

À l'attention de Monsieur Gérald Darmanin, Ministre de l’Intérieur

À Paris, le 21 juillet 2020

Objet : Situation des personnes exilées présentes sur le littoral franco-britannique

                                                                                                                    

Monsieur le Ministre,

Nous vous écrivons cette lettre ouverte suite à votre passage le 12 juillet à Calais. Dans cette ville et dans le Calaisis, les conditions de survie des personnes exilées sur le littoral franco-britannique sont intolérables.

Comme tous vos prédécesseurs, il vous fallait donc venir à Calais dès votre nomination. Comme tous vos prédécesseurs, vous êtes venus avec caméras et micros. Comme tous vos prédécesseurs, vous n’aurez vu que ce que l’on a bien voulu vous montrer ou que ce que vous aurez voulu voir.

Vous avec rencontré une partie seulement des acteurs calaisiens : les forces de l’ordre, la Préfecture et les services de l’État, la municipalité, les associations qui gèrent des dispositifs mis en place par l’État, les autorités britanniques qui opèrent sur le territoire français. Vous avez fait le choix de ne pas rencontrer les personnes exilées qui survivent dans des conditions innommables ni les associations calaisiennes qui les accompagnent depuis de nombreuses années. Vous n’avez pas cherché à comprendre avec elles les raisons de leur présence sur ce bout de terre.

Quarante-huit heures avant votre venue, les lieux de vie principaux de ces personnes ont été détruits et les personnes envoyées, quelle que soit leur volonté, loin de Calais. C’est donc plus de 800 personnes qui ont vu leurs maigres abris détruits. 519 qui ont été forcées d’entrer dans des bus. Des hommes, des femmes, des enfants, toutes et tous mélangés, sans aucune évaluation de leur situation et de leur vulnérabilité.

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Le Conseil d’État avait prescrit « aux autorités administratives, à raison d’une carence qui expose des personnes à être soumises, de manière caractérisée, à un traitement inhumain ou dégradant, d’installer des dispositifs adaptés permettant de rendre disponibles, à titre provisoire, tant que des migrants séjournent à Calais […], des points d’eau et des latrines ainsi que des douches ». Le Président de la République, M. Emmanuel Macron, avait indiqué lors de sa venue à Calais, en janvier 2018, que l’État prendrait en charge les distributions alimentaires.

Alors pourquoi ces deux dispositifs, bien insuffisants mais indispensables, ont-ils été supprimés alors qu’il s’agit pour l’État de se mettre en conformité avec le droit international en protégeant le droit de vivre dans la dignité et la sécurité de toutes les personnes exilées, quel que soit leur statut au regard de la loi ?

Monsieur le Ministre, vous l’avez dit devant la représentation nationale le 16 juillet dernier, cette situation dure depuis longtemps.

Effectivement, depuis trente ans, des personnes sont bloquées à la frontière franco-britannique ; et depuis trente ans, les pouvoirs publics tentent de rendre invisibles ces personnes au mépris de leurs droits, en les maltraitant, en les chassant du moindre campement constitué, en détruisant leurs affaires, en dispersant ou en les privant de leurs maigres ressources ou documents d’identité, en les empêchant d’accéder à leurs besoins essentiels.

En mettant sciemment leur intégrité physique en danger… Pourtant, elles sont toujours là, dans des conditions toujours plus abjectes, mais toujours là.

Cette situation n’a que trop duré, dites-vous ? Nous sommes bien d’accord. Mais ce n’est pas en poursuivant cette politique du déni que vous y mettrez un terme.

La question de la présence des exilés sur le littoral franco-britannique est complexe. L’expérience de ces trente dernières années montre que la réponse brutale des évacuations policières quotidiennes n’apporte aucune solution digne, aucun règlement, strictement rien, sinon des souffrances supplémentaires.

Il est nécessaire de changer aujourd’hui de paradigme, Monsieur le Ministre ! Un autre chemin doit être pris : celui du respect des droits, celui de l’écoute et du dialogue avec les personnes concernées, celui du respect de la dignité de chaque personne, celui de la concertation avec tous les acteurs concernés pour tenter de trouver des solutions qui soient respectueuses de chaque personne, tout en prenant en compte les contraintes des uns et des autres. Nous sommes prêts avec bien d’autres à y contribuer, Monsieur le Ministre.

Pour cela, à vous, et au gouvernement auquel vous appartenez, d’accepter d’ouvrir une autre voie que celle de la répétition permanente des mêmes réponses brutales, déshumanisantes et parfaitement inutiles car sans aucune issue. Il y a urgence.

Veuillez recevoir, Monsieur le Ministre, l’expression de notre considération distinguée,

Francis Perrin, Vice-Président Amnesty International France / Dr Philippe de Botton, Président Médecins du Monde / Dr Mego Terzian, Président Médecins Sans Frontières / France Henri Masson, Président La Cimade / Véronique Fayet, Présidente Secours Catholique – Caritas France

*Amnesty International France, La Cimade, Médecins du Monde, Médecins Sans Frontières, Secours Catholique

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