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Portrait d'Anne-Cécile Vandalem, © Laetitia Bica

Portrait d'Anne-Cécile Vandalem, © Laetitia Bica

Portrait d'Anne-Cécile Vandalem, © Laetitia Bica

Anne-Cécile Vandalem, en clair-obscur

Actrice, autrice et metteuse en scène née à Liège en 1979, formée au Conservatoire royal, Anne-Cécile Vandalem a fondé Fräulein Kompanie en 2008.

Le théâtre est un art du voyage qu’Anne-Cécile Vandalem emporte loin. Pour venir de Belgique en Avignon, la metteuse en scène et dramaturge liégeoise passe par la Sibérie où elle plante le décor de sa nouvelle fable, Kingdom, dans l’éclat solaire d’une taïga en feu. En 2018, elle avait triomphé dans la Cité des papes avec d’autres atmosphères du Grand Nord, celles de l’île de Tristesses, au large du Danemark, où la lumière était froide, les couleurs pâles bordées d’ombres et les habitants pris dans un huis clos étouffant, entre rituels religieux et montée du nationalisme.

Tristesses était le premier volet d’une trilogie que vient clore Kingdom. Lorsqu’elle en parle, un matin du printemps, avant les dernières répétitions, sa voix est vive et claire, son ton presque guilleret, malgré la noirceur du propos : « Quand j’ai entamé cette trilogie, je voulais explorer plusieurs dimensions de l’échec, raconte-t-elle. La faillite politique dans Tristesses, le naufrage climatique dans Arctique et, dans Kingdom, l’avenir tel que peuvent le percevoir les enfants.

Je voulais confronter la vision du monde que j’avais en grandissant à la situation actuelle, cette promesse d’un monde meilleur qu’on ne peut plus faire aujourd’hui. Faire croire aux enfants que les choses iront mieux demain serait leur faire porter une responsabilité qu’ils n’ont pas à endosser ».

Anne-Cécile Vandalem

Le progrès s’est mué en catastrophe. Le constat est tranchant, mais le salut naît de la profusion des récits, le théâtre est là, qui transcende les angoisses. Pour Anne-Cécile Vandalem, ses formes sont proliférantes, son pouvoir à peu près infini. Il embrasse, cinéma et scénographie, réalisme et poésie, drame et humour noir, lyrisme et tendresse. Fondatrice de Fräulein Kompanie, elle tire les ficelles avec autorité sur un plateau ; de l’écriture à la mise en scène, de la direction d’acteurs à la conception des vidéos, elle garde un œil sur tout et se coule avec bonheur dans chaque rôle. Sa vision est sûre, sa trajectoire sans détour, probablement parce qu’elle est le fruit d’une longue hésitation. Fille d’une assistante sociale et d’un médecin disparu trop tôt (quand elle avait 11 ans), elle s’est vite réfugiée dans les récits, notamment ceux d’une grand-mère douée d’une imagination et d’un humour hors norme. Elle rêvait d’être danseuse. Elle n’en avait pas la nature. Elle hésite entre le métier de réalisatrice de cinéma et celui d’actrice, se ménage une entrée au conservatoire de Liège dont elle sort passionnée de théâtre. « J’ai découvert que je pouvais tout faire entrer dans la mise en scène, que je pouvais m’entourer de gens de cinéma, les inviter dans mon travail et apprendre avec eux, les suivre pour qu’ils m’emmènent vers la réalisation ». Parallèlement aux répétitions de Kingdom, elle travaille aujourd’hui sur son premier long-métrage, l’adaptation d’une de ses pièces, Die Anderen, montée en 2019 à Berlin. Les lumières, les couleurs, les détails du décor font penser à Kaurismäki, elle cite plutôt, dans son panthéon personnel, la verve noire de Chabrol, l’humour acide de Bertrand Blier et les récits implacables de Michael Haneke : « Son cinéma me bouleverse et me met à terre, mais sa noirceur me requinque, il montre le pire d’une manière qui donne envie d’agir. Sa manière de parler de son art m’accompagne toujours, son intelligence est douce et réconfortante ».

Le filtre des enfants

Pour souligner un peu plus ces allers-retours incessants entre les disciplines, Kingdom est l’adaptation de Braguigno, un documentaire du cinéaste Clément Cogitore. Ce réalisateur français s’est aventuré au fin fond de la Sibérie pour filmer une communauté lointaine, parler de l’utopie et de l’autarcie, regarder des enfants grandir à l’écart de la civilisation. Pour une fois, Anne-Cécile Vandalem n’a pas largué les amarres, elle n’est pas partie explorer des terres étrangères pour nourrir son écriture et son spectacle. Tout était contenu dans le documentaire qu’elle a transformé très librement en fiction : « C’est un film magnifique, dit-elle. Il scrute l’existence de familles qui ont fondé une communauté en pleine nature, à 700 kilomètres de la ville la plus proche. Clément Cogitore est parti à la rencontre de ce rêve un peu fou, et quand il est arrivé sur place, il a découvert que les familles avaient tracé, entre elles, une barrière et que leur existence était minée par les conflits ». Dans ce retour implacable du drame humain, Anne-Cécile a trouvé la matière de son « scénario », et les nombreux enfants de la communauté lui donnent le filtre qu’elle cherchait.

« À travers leur expérience et leur pureté, je peux raconter comment l’on se projette dans un monde menacé de toutes parts où les conflits touchent aux ressources, aux territoires, à la culture, à violence, à la corruption… »

Anne-Cécile Vandalem

Ce monde est noir, mais baigné d’une grande lumière. L’été, en Sibérie, la nuit ne vient jamais : « Or, le soleil au théâtre est ce qu’il y a de plus difficile à montrer, on n’est plus habitué à composer avec l’obscurité ». Une clarté irréelle, une société au bord du vide, un futur sous tension, pour Anne-Cécile Vandalem, le trouble est au bout du voyage.

Kingdom

Partie aux confins de la taïga sibérienne pour fuir la civilisation et réinventer une communauté idéale, une famille est rattrapée par les maux auxquels elle tentait d’échapper. Entre guerre de territoires et irruption du monde sauvage se joue un drame épique qui se double d’un conflit ancestral. À travers le regard des enfants, Anne-Cécile Vandalem conte l’échec d’une utopie, la dérive d’une communauté impossible, un monde en décomposition que les plus jeunes devront réinventer.

6, 7, 8, 9, 10, 13, 14 juillet Cour du lycée Saint-Joseph, Avignon Centre Durée 1 h 40

Cet article a été écrit pour le magazine La Chronique d'Amnesty International

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Anne-Cécile Vandalem sera présente au Festival d'Avignon !

En plus de son spectacle Kingdom, elle participera également à l'un de nos débats.

Retrouvez le programme de nos interventions au Festival d'Avignon 2021.