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Ouganda. Le nouveau gouvernement du président Yoweri Museveni doit inverser le déclin des droits humains

Le gouvernement ougandais doit mettre à profit son nouveau mandat pour inverser la détérioration constatée en matière de respect des droits humains, a déclaré Amnesty International alors que le président Yoweri Museveni s’apprête à prêter serment pour un sixième mandat à la tête de cet État d’Afrique de l’Est.

Yoweri Museveni a été annoncé vainqueur avec 58,6 % des voix lors des élections qui se sont tenues en janvier, devant son principal opposant Robert Kyagulanyi, également connu sous le nom de Bobi Wine, qui a remporté 34,8 % des suffrages, selon la Commission électorale – un résultat que ce dernier a contesté devant les tribunaux. Cette élection fut précédée par une campagne marquée par des violations des droits humains, notamment des homicides illégaux, l’arrestation arbitraire de leaders et de partisans de l’opposition, et des attaques contre des journalistes.

« De l’aveu même du gouvernement, les forces de sécurité ont abattu au moins 54 personnes en seulement deux jours en novembre 2020, en réaction aux grandes manifestations déclenchées par l’arrestation de Robert Kyagulanyi, alors qu’il faisait campagne. Les victimes de la réponse apportée par le gouvernement à ces manifestations n’ont toujours pas obtenu justice, vérité et réparations, a déclaré Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

« De nombreux partisans et leaders de l’opposition arrêtés arbitrairement pendant la campagne électorale sont toujours derrière les barreaux et affirment subir des tortures en prison. Bien d’autres sont détenus au secret, tandis que certains sont inculpés devant des tribunaux militaires, en dépit du fait que ce sont des civils, une situation qui piétine les normes internationales relatives aux droits humains auxquelles l’Ouganda est partie. Les autorités ougandaises doivent libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes détenues uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits humains. »

En outre, les défenseur·e·s des droits humains subissent une très forte pression depuis plusieurs mois, certains faisant l’objet d’accusations pénales forgées de toutes pièces. Nicholas Opiyo, avocat spécialisé dans les droits humains, poursuit son combat contre des accusations de blanchiment d’argent après avoir été arrêté de manière arbitraire avec quatre personnes, dont trois avocats, au plus fort de la campagne électorale.

Les journalistes ne sont pas non plus épargnés. L’ONG Réseau des droits humains pour les journalistes (HNRJ) – Ouganda a recensé plus de 100 cas d’atteintes aux droits humains visant des journalistes pendant la campagne électorale, dont des cas de violences policières, notamment lorsqu’ils couvraient l’actualité des candidats politiques.

Le 3 novembre, un journaliste étranger a été aspergé de gaz poivre au visage par un policier et deux jours plus tard, un journaliste ougandais travaillant pour des médias internationaux a été touché au visage par le tir d’un policier. Un autre journaliste étranger a été visé par un policier et touché à bout portant par une balle en caoutchouc. En outre, les autorités ont bloqué Internet le jour du scrutin, entravant ainsi l’accès à l’information durant cet événement crucial.

« Les homicides illégaux, les passages à tabac, les enlèvements, les détentions arbitraires et les violations des droits humains imputables aux forces de sécurité ougandaises avant, pendant et après les élections ne doivent pas être balayés sous le tapis. Le président Yoweri Museveni doit mettre à profit son nouveau mandat pour guider l’Ouganda vers un avenir respectueux des droits humains. Cela suppose de mener des investigations sur ces faits et les violations des droits fondamentaux commises par le passé, de s’assurer que toutes les personnes soupçonnées d’avoir une responsabilité pénale dans ces agissements soient déférées à la justice dans le cadre de procès équitables, devant des tribunaux civils ordinaires, et de veiller à ce que les victimes et leurs familles soient indemnisées de manière équitable et suffisante pour les souffrances subies, a déclaré Deprose Muchena.

« C’est le strict minimum qui permettra à l’Ouganda de prendre le cap d’un meilleur respect de ses obligations internationales en matière de droits humains. Un minimum que ses partenaires internationaux doivent encourager le nouveau gouvernement du président Yoweri Museveni à réaliser et même dépasser. »

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