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Ouganda. Il faut mettre fin à la détention à caractère politique de Robert Kyagulanyi et de son épouse

Les autorités ougandaises doivent lever immédiatement le blocus tenu par la police et l’armée au domicile du leader de l’opposition Robert Kyagulanyi et le remettre en liberté, ainsi que son épouse Barbara Itungo Kyagulanyi. Il s’agit d’une détention arbitraire, a déclaré Amnesty International au 7e jour de ce blocus post-électoral.

La Commission électorale a déclaré que Robert Kyagulanyi, également appelé Bobi Wine, candidat à l’élection présidentielle de la semaine dernière, était arrivé en deuxième position avec 34,8 % des votes, derrière le président sortant Yoweri Museveni, qui a obtenu 58,6 % des voix. Bobi Wine et son parti de la Plateforme de l'unité nationale (NUP) ont dénoncé des fraudes.

« Robert Kyagulanyi et son épouse, Barbara Kyagulanyi, sont placés en résidence surveillée sans avoir été présentés devant un juge, pour une infraction qui n’est pas reconnue par le droit. Cette mesure prise à son encontre a aussi un impact sur sa capacité à contester les résultats de l’élection présidentielle et semble s’inscrire dans le cadre d’une manœuvre visant à empêcher le NUP de faire appel en temps voulu à la justice, a déclaré Deprose Muchena, directeur régional d'Amnesty International pour l'Afrique de l’Est et l’Afrique australe.

« Ce n’est pas un crime de briguer la présidence, ni de souhaiter contester les résultats de l’élection en justice. Cet enfermement est motivé par des considérations politiques et constitue une violation flagrante des droits humains. Il doit être levé immédiatement et sans aucune condition. »

Les membres des services de sécurité empêchent également les gens de se rendre chez Robert Kyagulanyi alors qu’il a signalé que sa famille n’est plus en mesure de répondre à ses besoins élémentaires, notamment en termes de nourriture. Le 18 janvier, les agents postés devant chez lui ont empêché l’ambassadrice des États-Unis Natalie Brown d’entrer dans la résidence de Robert Kyagulanyi, où elle était allée pour se rendre compte de son état de santé et de sa sécurité, selon une déclaration du 18 janvier de l’ambassade américaine en Ouganda.

Ce même jour, les forces de sécurité ont également effectué une descente au siège du parti Plateforme de l'unité nationale (NUP).

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement ougandais procède à des arrestations et ordonne des placements en détention pour faire barrage aux projets des leaders de l’opposition de contester légalement les résultats du scrutin présidentiel. Lors de l’élection présidentielle de 2016, le principal candidat de l’époque, Kizza Besigye, avait été enfermé chez lui, sans inculpation, le lendemain de la fermeture des bureaux de vote. Il avait par la suite été transféré au poste de police lorsqu’il avait rejeté les résultats du scrutin annonçant la réélection du président Yoweri Museveni et laissé entendre qu’il allait les contester en justice.

À ce moment-là, tout comme aujourd’hui, les autorités ont qualifié les mesures prises d’« arrestations préventives ». Cité dans les médias, le porte-parole de la police Fred Enanga aurait déclaré que Robert Kyagulanyi avait été placé en « arrestation préventive » car il « prévoyait de troubler l’ordre public », sans toutefois préciser de quelle infraction il s’agissait. Plus d’une semaine après son placement en résidence surveillée, les autorités ne l’ont encore inculpé d’aucune charge.

« Le gouvernement ougandais doit mettre un terme immédiat à la détention arbitraire de Robert Kyagulanyi et de son épouse. Il doit aussi renoncer à la pratique abusive qui consiste à détenir arbitrairement des leaders de l’opposition sans inculpation, ce qui est devenu la routine, notamment en période électorale », a déclaré Deprose Muchena.

D’après la Loi sur les élections présidentielles, les candidats mécontents doivent déposer leurs requêtes dans le registre de la Cour suprême dans les 10 jours suivant l’annonce des résultats. Ainsi, Robert Kyagulanyi et le parti NUP ont jusqu’au 26 janvier pour déposer une requête contestant les résultats.

Cette campagne électorale a été entachée de multiples violations des droits humains : homicides, arrestations, passages à tabac et disparitions, mais aussi mesures de harcèlement et d’intimidation visant les journalistes et coupure d’Internet pendant cinq jours. Au moins 54 personnes ont été tuées les 18 et 19 novembre 2020, la plupart abattues par la police et des membres des forces de sécurité en marge des manifestations qui ont éclaté au lendemain de l’arrestation de Robert Kyagulanyi, dans le district de Luuka, dans l’est de l’Ouganda.

De nombreux organisateurs et partisans du parti de Robert Kyagulanyi ont été interpellés le jour du scrutin et les jours qui ont suivi, et plusieurs d’entre eux demeurent derrière les barreaux, certains lors même que le tribunal a donné droit à leur demande de mise en liberté sous caution.

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