Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Sénégal en 2025.
Des lois visant à favoriser l’accès à l’information et à combattre la corruption ont été adoptées. Cette année encore, des personnes ont été emprisonnées parce qu’elles avaient exprimé leurs opinions. Une enquête a été ouverte sur les morts et les violences liées aux mouvements de contestation ayant eu lieu entre 2021 et 2024. Comme les années précédentes, des personnes migrantes parties en bateau du Sénégal ont péri en mer le long de la côte atlantique. Le pays n’a connu aucune avancée législative en ce qui concerne les droits des femmes et des enfants, et les garçons talibés (élèves des écoles coraniques) étaient toujours soumis à des violences et des atteintes aux droits humains.
Contexte
En juillet, le gouvernement a dévoilé son plan de redressement économique, après qu’un audit des comptes de l’État eut révélé une dette cachée. Il a également promulgué plusieurs lois et décrets visant à combattre la corruption et à promouvoir une redistribution plus équitable des revenus de l’exploitation minière.
En août, l’Assemblée nationale a instauré un nouvel Office national de lutte contre la corruption et a adopté une loi assujettissant les ministres et dirigeant·e·s d’institutions à une déclaration de patrimoine. Une nouvelle loi sur le statut et la protection des lanceurs et lanceuses d’alerte a également été adoptée.
Après 137 ans de présence continue, les dernières troupes françaises stationnées au Sénégal ont quitté le territoire en juillet, conformément à un accord prévoyant la restitution aux autorités sénégalaises de toutes les installations militaires françaises du pays.
Les tensions entre le gouvernement et la presse ont persisté, dans le contexte de l’audit de l’État et de la récession économique.
Droit à l’information
Le gouvernement a adopté la Loi sur l’accès à l’information, qui visait à encourager un débat public constructif, en donnant à la population accès à des informations gouvernementales authentiques et fiables.
Le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique a annoncé en avril suspendre la diffusion de plusieurs médias, déclarant que ceux-ci ne respectaient pas le Code de la presse. En juin, la Cour suprême a conclu à l’illégalité du décret ministériel et a ordonné sa suspension.
En novembre, les autorités sénégalaises ont coupé pendant une semaine la diffusion de deux chaînes de télévision (7TV et TFM), leur reprochant d’avoir donné la parole à un fugitif sous mandat d’arrêt international.
Liberté d’expression
Plusieurs journalistes et commentateurs ont été arrêtés et placés en détention pour des infractions pénales liées à l’expression de leurs opinions. En avril, Abdou Nguer, chroniqueur à la télévision, a été arrêté et poursuivi pour diffusion de fausses nouvelles, offense au chef de l’État et apologie d’un crime ou délit. Ces accusations concernaient la publication d’une vidéo TikTok dans laquelle il laissait entendre que le gouvernement était responsable de la mort d’un ancien président du Conseil constitutionnel. Abdou Nguer a nié être responsable de cette vidéo. Jugé en novembre, il a été acquitté des chefs d’apologie d’un crime ou délit et de diffusion de fausses nouvelles, mais déclaré coupable d’offense au chef de l’État. Il a été condamné à six mois d’emprisonnement, dont trois mois ferme, assortis d’une amende de 200 000 francs CFA (305 euros). Il a été libéré à l’issue de son procès.
En juin, après un passage à la télévision, l’opposant et ancien parlementaire Moustapha Diakhaté a lui aussi été arrêté et accusé d’offense au chef de l’État. Il a été déclaré coupable en juillet et condamné à deux mois de prison, dont 15 jours ferme. Il a été remis en liberté à la fin de sa peine.
En juillet, le chroniqueur de premier plan Badara Gadiaga a été arrêté pour diffusion de fausses nouvelles et « discours contraires aux bonnes mœurs », après un débat télévisé avec un député au cours duquel il avait accusé le Premier ministre d’être un violeur. Il a été remis en liberté conditionnelle en décembre à la suite d’un recours.
Mandoumbé Diop et Serigne Mbaye Diagne, deux sympathisants du parti au pouvoir, ont été condamnés en octobre à un mois de prison pour discours contraire aux bonnes mœurs, après avoir publié sur les réseaux sociaux des vidéos dans lesquelles ils insultaient des opposant·e·s au Premier ministre.
Droit à un environnement sain
Le 9 février, quatre défenseur·e·s de l’environnement, Lamine Diédhiou, Aliou Sané, Mohamed Tendeng et Madeleine Senghor, ont été arrêtés alors qu’ils manifestaient contre la création d’une décharge à ciel ouvert dans le village de Tobor. Poursuivis pour participation à une manifestation illégale, ils ont été déclarés coupables et condamnés, puis libérés sous condition.
Droits des personnes détenues
En mars, une loi nouvellement adoptée a instauré l’Observateur national des lieux de privation de liberté. Le gouvernement a par ailleurs annoncé un plan pour réduire le nombre de personnes placées en détention provisoire. Selon le ministère de la Justice, 15 267 personnes se trouvaient en détention au mois d’août, alors que la capacité d’accueil maximale était de seulement 4 924 places.
En juillet, Talla Keita, âgé de 18 ans, est mort à l’hôpital de la ville de Richard Toll après y avoir été transféré depuis le poste de police de Rosso, où il aurait subi des violences. Deux policiers ont été arrêtés après ces faits.
Droit à la vérité, à la justice et à des réparations
À l’approche d’une enquête prévue sur l’usage excessif de la force et les détentions arbitraires survenus lors des manifestations politiques de 2021-2024, le ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités a accordé, en février, une aide financière et médicale à certaines des victimes.
En avril, le Conseil constitutionnel a jugé que la loi d’amnistie de 2024 n’interdisait pas d’engager des poursuites pour les homicides et actes de torture commis entre février 2021 et février 2024. Cette décision ouvrait la voie à des actions en justice concernant la mort de 65 personnes et les blessures infligées à plus de 1 000 autres hommes et femmes pendant les manifestations. En octobre, plusieurs personnes ont été interrogées par la justice en lien avec ces événements.
Droits des personnes réfugiées ou migrantes
Selon l’ONG espagnole Caminando Fronteras, 110 personnes migrantes ont péri en mer entre janvier et mai en essayant de quitter les côtes sénégalaises et gambiennes.
Droits des enfants
Aucune avancée législative n’a eu lieu dans le domaine de la protection des enfants, en particulier en ce qui concerne les élèves des écoles coraniques, toujours exposés à des violences.
Quatre enfants talibés sont morts en mai des suites d’une intoxication alimentaire à Thienaba, une ville de la région de Thiès, dans l’ouest du pays, après avoir consommé sans supervision une plante sauvage. Un autre garçon a été gravement malade. Une enquête judiciaire sur ces décès a été annoncée, et un tribunal a condamné leur maître coranique à une suspension de trois mois pour « mise en danger de la vie d’autrui ».
Un enfant talibé de huit ans est mort en septembre après avoir été privé de nourriture et violemment frappé par son maître coranique à Ribot Escale, une ville du centre du pays.
Droits des femmes et des filles
Le Code de la famille était toujours discriminatoire à l’égard des femmes et des filles, conférant une « puissance paternelle » et une « puissance maritale » exclusives aux hommes, désignés comme chefs de famille. Cela privait les femmes et les filles de leurs droits et de leur autorité sur le foyer et les enfants. L’article 111 du Code de la famille fixait toujours l’âge minimum légal pour le mariage à 16 ans pour les filles et 18 ans pour les garçons, ce qui renforçait les inégalités de genre. La loi interdisait par ailleurs l’avortement, même en cas de viol ou d’inceste, bien que le Sénégal ait ratifié le Protocole de Maputo. De ce fait, les femmes et les filles risquaient de recourir à des avortements clandestins pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité.
Depuis plus de 60 ans, Amnesty International met en lumière la situation des droits humains dans le monde.
Chaque année, nos équipes enquêtent en toute indépendance et impartialité, et publient leurs conclusions dans un rapport annuel de référence.
Un rapport de plus de 500 pages qui alerte.
Un rapport qui sonne comme un signal d’alarme face aux violations des droits humains.
Un rapport qui dérange celles et ceux qui agissent dans l’ombre.
Un rapport qui rend hommage aux journalistes, aux militants et militantes et aux défenseur·es des droits humains qui luttent avec courage.
Un rapport qui incarne la force de notre travail, qui permet d’établir des faits, de lutter contre les violations des droits humains partout dans le monde. Et qui donne des clés pour résister.
Nous sommes le plus grand mouvement mondial pour les droits humains.
Notre seul camp, les droits humains.
