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©Agoes Rudianto/Anadolu Agency/Getty Images

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Indonésie

Les droits humains en Indonésie

Le 17 avril, les élections présidentielles, parlementaires et municipales se sont tenues simultanément. Amnesty International a publié un programme pour les droits humains en neuf points à l’occasion des élections, soulignant les menaces à la liberté d’expression, de pensée, d’opinion, de religion et de conviction, ainsi que l’obligation de rendre des comptes pour les violations des droits humains commises par les forces de sécurité dans le passé, les droits des femmes et des filles, la situation des droits humains en Papouasie, les violations des droits humains par les entreprises de l’industrie de l’huile de palme, la peine de mort et les droits des personnes LGBTI.

LIBERTÉ D’EXPRESSION ET PROTECTION DES DÉFENSEURES ET DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

À partir de données fournies par des médias et des partenaires locaux, Amnesty International a conclu que 203 enquêtes criminelles avaient été ouvertes entre octobre 2014 et mars 2019 contre des personnes ayant critiqué des représentants de l’État, leurs époux ou épouses ou les institutions gouvernementales dans des médias en ligne, sur les réseaux sociaux, ou lors de manifestations. Les enquêtes faisaient suite à des accusations de diffamation, de « diffusion de fausses nouvelles », et d’« incitation à l’inimitié », qui étaient toutes des dispositions de la Loi relative aux informations et aux transactions électroniques (Loi ITE). Les autorités ont également utilisé le Code pénal et ses dispositions relatives à la « rébellion » (makar), qui érigeaient en infraction les actes, qu’ils soient violents ou non, commis dans l’intention de faire tomber l’Indonésie ou une partie du pays aux mains de l’ennemi ou de faire sécession, de blesser le président ou le vice-président, ou de renverser le gouvernement.

Les inculpations de « rébellion » (makar) étaient utilisées pour arrêter, poursuivre et emprisonner les militants pacifiques en faveur de l’indépendance dans les provinces de Papouasie et des Moluques. Le 31 octobre, 27 personnes ont été inculpées de « rébellion », dont cinq personnes des Moluques qui avaient été arrêtées en juin pour avoir brandi le drapeau Benang Raja, un symbole du mouvement séparatiste de la république des Moluques du Sud. Ils étaient tous considérés comme des prisonniers d’opinion.

Amnesty International a documenté neuf cas de condamnations pour blasphème en vertu de la Loi sur le blasphème, du Code pénal et de la Loi ITE, dont huit prononcées par rapport à des publications sur les réseaux sociaux abordant des sujets liés à la religion.

POLICE ET FORCES DE SÉCURITÉ

Plusieurs manifestations d’ampleur nationale ont eu lieu, notamment du 21 au 23 mai contre les résultats des élections présidentielles, et du 23 au 30 septembre contre la promulgation de plusieurs textes par le Parlement, y compris le Code pénal modifié, qui comportaient des dispositions menaçant les libertés civiles. Des éléments de preuve indiquaient que la police avait fait un usage injustifié ou excessif de la force contre des manifestants et des passants.

Lors des manifestations du 21 au 23 mai, la police a fait un usage excessif de la force assimilable à de la torture et d’autres mauvais traitements, visible dans des vidéos dont l’authenticité a pu être vérifiée. Ces séquences montraient des officiers de police frappant notamment à coups de pied des hommes qui de toute évidence ne faisaient preuve d’aucune résistance, des actes confirmés par des témoins, des victimes et les familles de victimes. La police a également arrêté des manifestants et les a maintenus en détention arbitraire au secret pendant plusieurs jours sans mandat. Suite à l’indignation publique suscitée par ces atteintes, la police a déclaré que 16 policiers étaient tenus responsables des violations des droits humains commises lors des manifestations en mai. Ceux-ci ont certes été reconnus responsables, mais au travers de mécanismes disciplinaires internes opaques et non dans le cadre de poursuites pénales.

Lors des manifestations du 21 au 23 mai, neuf personnes ont été tuées à Djakarta et une à Pontianak, la plupart suite à des blessures par balle. La police a affirmé qu’aucun de ses officiers n’avait utilisé de balles réelles. Aucun policier n’a été arrêté et aucun suspect n’a été identifié.

Lors des manifestations du 23 au 30 septembre, la police a fait usage d’une force excessive pour disperser les manifestants en répandant de manière indiscriminée du gaz lacrymogène et du gaz poivre. Le 26 septembre, à Kendari, dans la province de Sulawesi-Sud-Est, deux étudiants participant à une manifestation ont été tués par balle, l’un à la poitrine et l’autre à la tête. Les services de police chargés de l’enquête sur ces décès ont annoncé que, contrairement à ce qu’ils avaient déclaré auparavant, six officiers étaient bien équipés d’armes à feu lors des manifestations de Kendari, mais aucun suspect n’a été identifié et tenu responsable de ces morts. Trois manifestants ont également été tués lors des manifestations à Djakarta, mais la police n’a annoncé l’ouverture d’aucune enquête sur ces décès.

Plusieurs journalistes ont déclaré avoir été victimes d’actes d’intimidation et d’attaques de la part de la police tandis qu’ils ou elles documentaient les comportements de la police lors des deux manifestations. En l’absence d’enquête prompte, indépendante, efficace et transparente, il est difficile de vérifier les faits correspondant à ces affirmations, y compris les déclarations de la police invoquant la légitime défense.

VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS ET VIOLENCES EN PAPOUASIE

Deux incidents ont déclenché des violences dans la région de Papouasie (dans les provinces de Papouasie et Papouasie occidentale) : une attaque violente début décembre 2018 contre 16 ouvriers du bâtiment à Nduga, dont la responsabilité a été revendiquée par un groupe armé en faveur de l’indépendance de la Papouasie, et des attaques verbales racistes à Surabaya, dans la province de Java-Est, le 16 août. Lors de cet incident, des militaires et des membres d’organisations opposées à l’indépendance de la Papouasie ont encerclé des étudiants papous dans leur dortoir et ont proféré des insultes racistes, notamment en les qualifiant de « singes ». Suite à la diffusion très large sur les réseaux sociaux de vidéos de cette agression, des Papous ont organisé des manifestations, dont certaines ont pris une tournure violente, à Djayapura, Deiyai, Fakfak, et Wamena, les villes principales de Papouasie.

L’attaque contre des ouvriers à Nduga a entraîné un déploiement massif de l’armée et de la police. Les résidents locaux ont fui vers les villes et les forêts avoisinantes. Des groupes locaux de la société civile, y compris des églises, ont signalé au moins 182 décès de décembre 2018 à juillet 2019, dont 18 suite à des blessures par balle lors d’opérations militaires ou policières. La plupart des personnes sont décédées en raison de maladies, de malnutrition, et des conditions insalubres dans les abris. Elles ont également signalé que près de 5 000 personnes avaient été déplacées à l’intérieur du pays entre autres dans les districts de Wamena et de Djayawidjaya en raison des mauvaises conditions sanitaires dans lesquelles elles vivaient, du manque d’accès à l’alimentation, à l’éducation, aux soins médicaux et à d’autres services publics.

Des médias et des organisations de la société civile ont signalé au moins neuf décès dans le district de Deiyai lors d’une manifestation le 28 août, qui a pris une tournure violente, ainsi que quatre décès à Djayapura entre le 29 et le 30 août, et 34 à Wamena le 23 septembre.

La police a répondu aux violences en Papouasie en engageant des poursuites pénales contre des défenseur·e·s des droits humains et des militant·e·s politiques. La police a accusé deux défenseur·e·s des droits humains, Veronica Koman et Dandhy Dwi Laksono, « d’incitation » en vertu des dispositions prévues par la Loi ITE suite à des publications sur Twitter à propos de signalements de violations graves des droits humains en Papouasie. En octobre, au moins 22 personnes ont été arrêtées à Djakarta et en Papouasie, placées en détention et accusées du crime de « rébellion » (makar). Ces personnes étaient considérées comme des prisonnières d’opinion, détenues uniquement pour leurs activités pacifiques lors de plusieurs manifestations contre le racisme.

DROITS DES FEMMES

Le 5 juillet, la Cour suprême a acquitté une jeune fille de 15 ans qui avait été condamnée par des tribunaux en première instance pour avoir mis un terme à sa grossesse due à un viol commis par son frère.

Le 29 juillet, le président a signé un décret amnistiant Baiq Nuril, après que la Cour suprême avait confirmé les décisions judiciaires précédentes la reconnaissant coupable de diffusion de contenu pornographique car elle avait enregistré une conversation téléphonique au cours de laquelle son supérieur la harcelait sexuellement. L’enregistrement avait été largement partagé en ligne. Si ces deux avancées ont constitué des victoires pour les droits des femmes, elles témoignaient également de la nécessité d’une protection juridique et systémique pour les victimes de violences sexuelles. Au cours de l’année, le Parlement a débattu d’un projet de loi relatif à l’éradication de la violence sexuelle mais ne l’a pas adopté.

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