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©Agoes Rudianto/Anadolu Agency/Getty Images

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Indonésie : la situation des droits humains en 2021

Chaque année, nous publions notre Rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 154 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Indonésie en 2021.

Des défenseur·e·s des droits humains, des universitaires, des journalistes et des étudiant·e·s, entre autres, ont été poursuivis en justice et harcelés en raison de leurs activités légitimes. La Loi relative aux informations et transactions électroniques a été largement utilisée pour restreindre le droit à la liberté d’expression en ligne. Des militant·e·s politiques, des défenseur·e·s des droits humains et des personnes autochtones, entre autres, ont été arrêtés et poursuivis, notamment pour avoir participé à des manifestations pacifiques, et une force excessive a été utilisée pour disperser des manifestations. Au moins 28 prisonniers d’opinion étaient encore en détention à la fin de l’année. Les forces de sécurité ont commis des homicides illégaux en Papouasie et en Papouasie occidentale, souvent en toute impunité. Les membres de la communauté religieuse ahmadie ont fait l’objet de discriminations incessantes.

Contexte

Une forte hausse du nombre de cas de COVID-19 en milieu d’année a mis en danger l’accès aux soins, car de nombreux hôpitaux ont manqué de lits ou d’oxygène. Les difficultés économiques et l’insatisfaction à l’égard de la réaction du gouvernement face à la pandémie ont contribué au renforcement du mécontentement de la population et à l’augmentation des manifestations.

Défenseur·e·s des droits humains

Au moins 158 agressions physiques, attaques numériques, menaces et autres types d’agressions ont été signalées cette année. Elles ont visé 367 défenseur·e·s des droits humains.

En février, Syamsul Bahri et Samsir, un père et son fils membres de la communauté paysanne de Nipah, dans la province de Sumatra-Nord, ont été accusés d’agression, arrêtés et maintenus en détention pendant 14 jours à la suite d’un incident survenu en décembre 2020, lors duquel Syamsul Bahri, le président de la communauté, avait interrogé deux personnes qui les prenaient en photo en train de travailler sur un projet local de restauration de la mangrove. Plusieurs ONG locales ont estimé que les accusations d’agression étaient liées aux activités de ces hommes pour conserver et défendre l’accès aux terres de leur communauté. Ils ont été déclarés coupables le 31 mai et condamnés à une peine de deux mois de prison avec sursis assortie de quatre mois de mise à l’épreuve. Le 18 août, la haute cour de Medan a confirmé ce jugement, après un appel interjeté par le ministère public, qui avait demandé l’incarcération de Syamsul Bahri et Samsir. Les deux hommes étaient encore sous le coup d’une mise à l’épreuve à la fin de l’année.

Le 17 mai, après avoir critiqué en public le licenciement de 75 salarié·e·s de la Commission indonésienne pour l’éradication de la corruption (KPK), Busyro Muqoddas et Bambang Widjojanto, deux anciens commissaires de la KPK, ainsi qu’au moins six membres de l’ONG Indonesia Corruption Watch (ICW), ont signalé que des personnes non identifiées avaient piraté leurs comptes sur des applications de messagerie. Les piratages ont eu lieu en amont d’une conférence de presse d’ICW organisée pour dénoncer ces licenciements. La conférence a également été perturbée par des réceptions de courriers indésirables et par d’autres interruptions informatiques.

Droits des peuples autochtones

Tout au long de l’année 2021, des actes de violence et d’intimidation ont visé des populations autochtones qui cherchaient à protéger leurs terres et leurs traditions contre des activités commerciales.

Le 27 février, trois dirigeants du peuple autochtone dayak modang long wai, dans la province de Kalimantan-Est, ont été arrêtés au cours d’une manifestation contre une entreprise gérant une plantation d’huile de palme qui menait ses activités sur leurs terres ancestrales.

En avril, des membres du peuple autochtone sakai, dans la province de Riau, ont été la cible de violences alors qu’ils tentaient d’empêcher la plantation d’eucalyptus sur leurs terres. Ces violences ont été perpétrées par des agents de sécurité privés employés par une entreprise forestière avec laquelle le peuple sakai était en conflit de longue date sur des questions de droits fonciers. Des Sakais qui avaient tenté de bloquer cette opération ont été poussés, traînés et jetés au sol par le personnel de sécurité.

Dans une affaire similaire en mai, des membres du peuple autochtone huta natumingka, dans la province de Sumatra-Nord, ont été violemment agressés lors d’une manifestation contre l’arrivée de centaines d’agents de sécurité privés envoyés par une entreprise spécialisée dans le papier pour planter des eucalyptus sur des terres où ce peuple habitait. Des dizaines de personnes autochtones ont été blessées au cours de ces deux épisodes.

Liberté d’expression

Les autorités ont continué de restreindre la liberté d’expression, en ligne comme hors ligne. La Loi relative aux informations et transactions électroniques (ITE) a été invoquée contre des personnes qui avaient légitimement critiqué des politiques ou actions officielles dans le cadre d’au moins 91 affaires concernant 106 victimes. Parmi elles se trouvait Saiful Mahdi, professeur à l’université de Syiah Kuala, dans la province de l’Aceh. Il a entamé sa peine d’emprisonnement de trois mois le 2 septembre, après qu’il a été déclaré coupable d’avoir critiqué le processus de recrutement de l’université dans un groupe WhatsApp, en 2019. Il a été remis en liberté le 12 octobre, après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle.

Le 22 septembre, le ministre coordonnateur pour les Affaires maritimes et les Investissements a accusé Haris Azhar et Fatia Maulidiyanti de « propagation de fausses informations », en raison d’une vidéo YouTube qu’ils avaient animée en août 2020 et dans laquelle ils reprenaient des allégations selon lesquelles le ministre et des membres de l’armée seraient partie prenante dans l’industrie minière de Papouasie. Le ministre leur a fait parvenir une assignation à comparaître le 26 août et le 2 septembre, en s’appuyant sur la Loi ITE. L’animateur et l’animatrice risquaient des poursuites pénales.

En août, les forces de police ont interrogé plusieurs personnes soupçonnées d’avoir réalisé des fresques et collé des affiches comportant des messages critiquant le gouvernement dans plusieurs villes. Le 13 septembre, au moins sept étudiants de l’université Sebelas Maret de Surakarta, à Java central, ont été arrêtés après avoir déployé des affiches au cours d’une visite du président Joko Widodo sur le campus de l’université. Ces affiches appelaient le président à soutenir les agriculteurs et agricultrices locaux, à lutter contre la corruption et à donner la priorité à la santé publique pendant la pandémie.

Liberté d’association et de réunion

En Papouasie et dans les Moluques, régions marquées par des mouvements indépendantistes, les autorités ont continué d’arrêter et de placer en détention de façon arbitraire des militant·e·s politiques. À la fin de l’année, au moins 15 prisonniers d’opinion de Papouasie et 11 des Moluques se trouvaient toujours derrière les barreaux. Tous ont été accusés ou déclarés coupables de makar (rébellion) au titre du Code pénal indonésien.

Le 9 mai, les autorités de Djayapura (la capitale papoue) ont arrêté Victor Yeimo, un militant indépendantiste papou, tandis qu’il manifestait pacifiquement contre la discrimination raciale. Il a été accusé de violation du Code pénal, et plus précisément de l’article 106 relatif à la trahison et de l’article 110 relatif au complot en vue de commettre une trahison. À la fin de l’année, il demeurait en instance de jugement.

Des personnes ayant défendu les droits des travailleuses et travailleurs ont été arrêtées. Le 22 février, Aan Aminah, présidente de la Fédération des syndicats militants, a été accusée d’agression et placée en détention. Ce chef d’accusation était passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à deux ans et huit mois. L’accusation portait sur des faits datant de juin 2020, lorsqu’Aan Aminah avait tenté de parler à des chefs d’entreprise au sujet du licenciement de plusieurs salarié·e·s tout en se défendant contre des agents de sécurité qui la faisaient sortir de force. Elle a été relaxée le 6 juillet, mais le ministère public a interjeté appel. Aucune décision n’avait été prise concernant ce recours à la fin de l’année.

Le 1er mai, les forces de police ont arrêté des dizaines d’étudiant·e·s qui participaient à des manifestations pacifiques à l’occasion de la journée internationale des travailleurs, à Djakarta, la capitale, et à Medan. La police aurait affirmé que seuls les travailleuses et travailleurs manuels avaient l’autorisation de participer aux événements de la Journée internationale du travail.

Recours excessif à la force

Une force disproportionnée (y compris des coups, des canons à eau et des balles en caoutchouc) a été utilisée contre des manifestant·e·s pacifiques qui dénonçaient le renouvellement et les modifications de la Loi d’autonomie spéciale pour la Papouasie, approuvés le 15 juillet par la Chambre des Représentants du peuple.

Des manifestations ont été organisées à Djakarta et en Papouasie contre la prorogation du statut autonome spécifique de la Papouasie, et contre de nouvelles mesures législatives qui accordaient des pouvoirs supplémentaires au gouvernement central concernant les affaires papoues et interdisaient aux Papou·e·s de créer des partis politiques. Le 14 juillet, au moins quatre étudiant·e·s ont été blessés à Djayapura à la suite d’affrontements avec les forces de sécurité. La police aurait frappé les manifestant·e·s à coups de poing, de pistolet et de matraque en caoutchouc.

Le 15 juillet, les forces de police ont dispersé les manifestant·e·s qui se trouvaient devant le bâtiment de la Chambre des Représentants du peuple, à Djakarta. Au moins 50 personnes ont été arrêtées. Un manifestant a indiqué que des membres des forces de sécurité l’avaient frappé, notamment à coups de poing, l’avaient piétiné et avaient proféré des insultes à caractère raciste à son encontre, avant de le traîner dans une camionnette et de l’emmener au siège de la police de Djakarta. Le 16 août, au cours d’une autre manifestation à Djayapura, les forces de sécurité ont utilisé des canons à eau, des matraques en caoutchouc et des balles en caoutchouc pour disperser les manifestant·e·s.

Homicides illégaux

Selon certaines informations, les forces de sécurité auraient commis des homicides illégaux en 11 occasions, faisant 15 victimes au cours de l’année. Les faits auraient tous eu lieu en Papouasie. Cinq cas impliquaient des militaires, deux étaient attribués à des policiers et quatre concernaient à la fois des membres de l’armée et des forces de police. Les autorités ont affirmé avoir ouvert des enquêtes sur quatre de ces 11 affaires mais, à la fin de l’année, personne n’avait été traduit en justice.

Le 4 juin, un militaire a fait feu sur Denis Tabuni et Eliur Kogoya dans la ville de Wamena (département de Jayawijaya). Denis Tabuni est mort, et Eliur Kogoya a été blessé à la jambe. En lieu et place d’une enquête, un « accord de paix » a été signé entre le responsable présumé et la famille d’Eliur Kogoya.

Le 16 août, les forces de police ont abattu Ferianus Asso, qui participait à une manifestation dans le département papou de Yahukimo pour réclamer la remise en liberté du militant indépendantiste papou Victor Yeimo.

Droits des travailleuses et travailleurs

Le versement des primes aux soignant·e·s pour leur travail durant la pandémie de COVID-19 a été retardé par des incohérences de données et des obstacles administratifs. Le système de primes a été créé en mars mais, en juillet, au moins 21 424 soignant·e·s dans 21 provinces avaient subi des retards voire des retenues sur les paiements auxquels ils avaient droit. Selon LaporCovid-19, une plateforme citoyenne indépendante de signalement, nombre de soignant·e·s ont dû se rendre en personne au ministère de la Santé, à Djakarta, pour vérifier l’exactitude des informations les concernant, un déplacement qui n’a pas été possible pour tout le monde, en particulier pour les personnes qui travaillaient dans des régions plus reculées.

Une ancienne soignante bénévole de l’hôpital d’urgence de Wisma Atlet, à Djakarta, a été la cible de manœuvres d’intimidation de la part des forces de sécurité après avoir organisé une conférence de presse pour dénoncer les retards de versement des primes. Elle a déclaré avoir été interrogée pendant environ cinq heures le 7 mai par les forces de sécurité dans une salle de réunion de l’hôpital.

Liberté de religion et de conviction

La communauté religieuse ahmadie a continué d’être la cible de discriminations, et ses membres se sont vu refuser le droit d’organiser des activités religieuses dans plusieurs provinces. Le 29 avril, les autorités locales du département de Sintang, dans la province de Kalimantan-Ouest, ont publié une « lettre d’accord commun » interdisant à la communauté ahmadie locale de pratiquer sa religion. Le 13 août, la mosquée ahmadie a été fermée à la suite de pressions exercées par un groupe islamiste local. Le mois suivant, un groupe d’agresseurs non identifiés a attaqué la mosquée et a brûlé un bâtiment voisin. Les autorités présentes n’ont pris aucune mesure pour empêcher cette attaque.

Le 6 mai, des policiers ont interrompu les travaux de construction d’une mosquée ahmadie du département de Garut, dans la province de Java-Ouest, et ont fermé le site. Cette mesure aurait été prise sur ordre du gouverneur de Garut, à la suite de protestations du voisinage. Des représentant·e·s de la communauté ahmadie ont été exclus de discussions entre les responsables locaux et le voisinage avant l’interruption des travaux de la mosquée. Leur demande de parler de ce problème à la police a également été rejetée.

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