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Une femme manifeste contre le port obligatoire du hijab, à Karaj, province d'Alborz, Iran, janvier 2018 © White Wednesdays Campaign

Une femme manifeste contre le port obligatoire du hijab, à Karaj, province d'Alborz, Iran, janvier 2018 © White Wednesdays Campaign

Une femme manifeste contre le port obligatoire du hijab, à Karaj, province d'Alborz, Iran, janvier 2018 © White Wednesdays Campaign

Liberté d'expression

Iran : insultées et agressées au nom des « bonnes mœurs »

En Iran, les femmes qui osent sortir de chez elles sans porter le hijab (voile) sont régulièrement insultées et agressées en pleine rue par la police des mœurs et par les miliciens pro-gouvernementaux. C’est ce que révèle une série de vidéos diffusées récemment sur les réseaux sociaux.

Ils les arrêtent au hasard dans la rue, ils les insultent, ils les menacent, ils leur ordonnent de remonter leur foulard pour cacher des mèches de cheveux ou leur donnent des mouchoirs en papier pour essuyer leur maquillage. Ils les agressent physiquement, ils les giflent, ils les frappent à coups de matraque, ils les menottent et les poussent sans ménagement dans des fourgons de police.

Les auteurs de ces violences contre les femmes qui ont bravé la loi relative au port obligatoire du hijab sont de simples citoyens ou des membres en civil de la police des mœurs, qui agissent au nom de la défense des « bonnes mœurs ».

Le niveau de violence révélé par les vidéos publiées ces dernières semaines sur les réseaux sociaux est choquant.

Des scènes de violence en pleine rue

Dans l’une des vidéos mises en ligne récemment, une femme filme une confrontation qui a débuté, selon elle, après qu’un milicien pro-gouvernemental lui a ordonné à maintes reprises de porter son hijab correctement. L’homme lui lance des injures en s’éloignant puis, lorsqu’elle y répond, il revient sur ses pas et l’asperge avec ce qui semble être une bombe lacrymogène.

Dans une autre vidéo, un homme crie en insultant une femme et en lui ordonnant de mettre son foulard. Lorsque la femme s’indigne après qu’il a menacé d’utiliser un pistolet à décharge électrique contre elle, il répond : « Je ne t’ai pas tiré dessus. Je te l’ai seulement montré. »

Dans une troisième vidéo publiée sur Internet, un homme en civil à côté d’un fourgon de la police des mœurs pointe un pistolet vers des personnes non armées qui sont intervenues pour empêcher l’arrestation violente d’une femme qui ne porte pas de foulard.

La personne qui a filmé la scène explique dans un commentaire qu’elle et d’autres passants ont dû sauver cette femme des policiers, qui avaient pris ses clés de voiture et tentaient de la pousser dans leur fourgon.

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La caméra, une arme pour dénoncer les abus

Ces incidents ont été filmés courageusement par de simples citoyens dans le cadre de la campagne My Camera Is My Weapon (Ma caméra est mon arme), qui vise à attirer l’attention sur le harcèlement et les agressions que les femmes et les jeunes filles subissent en permanence dans les rues d’Iran à cause des lois sur le port du hijab.

Ces trois vidéos ont été mises en ligne par Masih Alinejad, une célèbre journaliste et militante féministe iranienne installée aux États-Unis. Elle a lancé plusieurs campagnes médiatisées sur Internet contre le port obligatoire du hijab.

Outre My Camera Is My Weapon, elle est aussi à l’origine de la page Facebook My Stealthy Freedom (Ma liberté furtive), sur laquelle les femmes d’Iran sont invitées à publier des photos d’elles sans foulard. Elle a également lancé la campagne White Wednesdays (Mercredis blancs), qui appelle les femmes à protester contre le port obligatoire du hijab en portant un foulard blanc tous les mercredis.

En réponse : la répression

En réaction à l’attention accrue portée aux agressions de femmes défiant la législation sur le hijab obligatoire, les médias d’État ont lancé une campagne de dénigrement contre les militants et militantes féministes.

Nous craignons fortement que les autorités iraniennes n’alimentent ces attaques afin de réduire les femmes au silence à un moment crucial où elles trouvent le courage de dénoncer publiquement le port obligatoire du hijab et amplifient leur voix grâce aux réseaux sociaux.

Au fil de l’année 2018, les mesures répressives ont été renforcées. L’exemple le plus choquant est le cas de l’éminente avocate des droits humains Nasrin Sotoudeh, qui a été condamnée à 38 ans de prison et 148 coups de fouets en partie à cause de son opposition à ces lois.

Une législation dégradante et discriminatoire

En Iran, les femmes et les jeunes filles ne sont autorisées à sortir de chez elles que si elles se couvrent la tête d’un foulard et les membres de vêtements amples.

Si elles sont vues en public sans foulard, elles sont passibles de 10 jours à deux mois de prison ou d’une amende, et ce à partir de l’âge de neuf ans. Dans la pratique, les autorités iraniennes ont imposé le hijab aux filles dès l’âge de sept ans.

La loi sur le port obligatoire du hijab porte clairement atteinte aux droits à la liberté d’expression et de religion et au respect de la vie privée.

Non seulement elle est profondément dégradante et discriminatoire, mais elle est également utilisée pour justifier de violentes agressions en pleine rue.

Ces agressions brutales visant des femmes et des jeunes filles constituent une violation de leur droit d’être protégées de tout traitement cruel, inhumain et dégradant en vertu du droit international.

Des millions d’Iraniennes sont ainsi privées du droit d’être traitées avec dignité et de mener leur vie sans crainte de violence ou de harcèlement.

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