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Calais/Étude Harris : 30 ans après le début d’une crise perçue comme insoluble, des Calaisiens toujours sensibles à la détresse des migrants

Calais, le 7 mai 2021. Les associations qui agissent à Calais auprès des personnes exilées, avec le soutien d’Amnesty International France, ont mandaté l'Institut Harris Interactive pour comprendre ce que ressent la population calaisienne après trente ans de crise humanitaire. Cette étude, publiée aujourd’hui, montre que les Calaisien.ne.s sont avant tout préoccupé.e.s par la crise économique et par la pauvreté. Elle montre aussi qu’il.elle.s perçoivent la crise humanitaire comme insoluble et que cette dernière a impacté négativement l’image de leur ville. Néanmoins, cette enquête dévoile qu’il.elle.s restent particulièrement sensibles à la détresse des exilé.e.s et qu’il.elle.s sont 76 % à trouver nécessaire le travail des associations qui leur viennent en aide. Pour ces dernières, l’étude se révèle donc riche en enseignements pour engager le dialogue avec les habitant.e.s de Calais par le biais d’actions d’information et de sensibilisation adaptées.

Cette enquête menée auprès de 600 Calaisien.ne.s en novembre 2019 a été mise à jour en avril 2021 afin de savoir si la perception des habitant.e.s de Calais, liée à la présence des personnes exilées et aux actions des associations locales, avait évolué en raison de la pandémie de Covid-19.

Alors que l’étude rend compte des inquiétudes grandissantes face à un contexte économique difficile, à un sentiment d’insécurité de plus en plus partagé ainsi qu’à une fatigue face à une situation humanitaire qui semble insoluble, les personnes sondées ont aussi témoigné de leur attachement à leur ville, de leur fierté, de leur empathie et du rôle considéré comme légitime mais complexe et polyphonique des associations qui viennent en aide aux personnes exilées. 76% d’entre elles trouvent nécessaire le travail des associations qui leur viennent en aide. Interrogés sur la façon dont les aidants devraient communiquer avec les Calaisien.ne.s, ces derniers expriment de manière assez unanime le besoin d’un échange en face à face, privilégiant la discussion et favorisant ainsi la compréhension mutuelle.

État d’esprit général des Calaisien.ne.s

Les Calaisien.ne.s sont fier.ère.s de leur ville, de ses atouts et attraits. Il.elle.s parlent notamment de la « gentillesse » de ses habitant.e.s. C’est l’adjectif le plus communément utilisé pour décrire la ville et ses habitant.e.s au sein des focus groupes.

Lorsque l’on interroge les Calaisien.ne.s sur leurs inquiétudes, en lien avec le fait de vivre à Calais, spontanément et quelle que soit la catégorie socio-professionnelle des participants ou de leur âge, c’est la pauvreté qui règne à Calais qui les inquiète. Un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. Calais est perçue comme une ville sinistrée d’un point de vue économique, n’offrant pas de réelles perspectives de développement et d’emplois. Et bien avant le sujet des personnes exilées, c’est donc la situation économique de la ville qui les préoccupe.

Ce n’est que dans un dernier temps que le sujet des personnes exilées est abordé par les Calaisien.ne.s rencontré.e.s et principalement sous le prisme de l’incidence négative que la présence de ces personnes et de la gestion de cette situation a eu sur l’image de Calais notamment dans une perspective de relance économique et touristique.

Beaucoup de Calaisien.ne.s évoquent la transformation de leur ville en prison à ciel ouvert avec des kilomètres de grillages, barrières et barbelés, des coupes d’arbres massives qui viennent altérer profondément le paysage et l’atmosphère. Évoquée par un certain nombre de personnes, notamment les plus jeunes, l’omniprésence en grand nombre de policiers et CRS n’est pas sans générer un agacement et un sentiment d’insécurité.

Perception des Calaisien.ne.s quant à la présence des personnes exilées

Indépendamment des convictions politiques, la très grande majorité des Calaisien.ne.s interrogé.e.s est profondément touchée par la détresse des personnes exilées et par leurs conditions de vie difficiles. L’empathie est très présente.

Les Calaisien.ne.s portent un regard objectif sur l’évolution de leurs sentiments à l’égard des personnes exilées. Il.Elle.s nous disent ne pas pouvoir rester insensibles face au parcours des personnes exilées et aux difficultés qu’elles rencontrent. Il.Elle.s sont particulièrement affectés lorsqu’il s’agit de famille, d’enfants ou d’adolescents isolés. Pourtant, beaucoup expriment aujourd’hui un profond découragement face à leur présence, principalement parce qu’ils ont le sentiment d’être face à un problème qui leur semble insoluble et sans fin.

Au-delà de ce sentiment de lassitude, certains ressentent de la colère vis-à-vis de cette détresse contre laquelle ils se sentent impuissants et vis-à-vis de l’Etat qui n’assumerait pas ses responsabilités et aurait abandonné Calais.

Si quelques manifestations ou altercations ont pu émailler cette cohabitation, dans l’ensemble, les Calaisien.ne.s ont le sentiment d’être accueillant.e.s, gentil.le.s, plus patient.e.s que la moyenne nationale mais aujourd’hui fatigué.e.s…

Perception des calaisien.ne.s concernant le rôle et la présence des aidants

L’information au sujet des personnes exilées apparaît comme faible. Si les habitants comprennent majoritairement les raisons de leur présence, il.elle.s méconnaissent pour la plupart les acteurs qui prennent en charge la situation ainsi que le sens de leur action.

76 % des Calaisien.ne.s estiment que la présence des associations est nécessaire.

Pour tous les Calaisien.ne.s rencontré.e.s, les aidant.e.s ont un rôle important et considéré comme légitime mais complexe et polyphonique.

Les Calaisien.ne.s ont exprimé de façon unanime, lors de focus groupes, leur besoin d’un échange en face à face avec les aidant.e.s, privilégiant la discussion et favorisant ainsi la compréhension mutuelle.  De nombreuses « déclarations » issues du sondage montrent que les Calaisien.ne.s ont une faible connaissance du fonctionnement d’une association en général et plus spécifiquement du fonctionnement des associations à Calais, ainsi que et du niveau de collaboration et coopération qui existe entre elles. Ce manque de communication nourrit les incompréhensions, les doutes, voire les suspicions.

L’étude en chiffres

76 % des Calaisien.ne.s estiment que la présence des associations est nécessaire.

71 % des Calaisien.ne.s estiment ne pas être satisfait.e.s de la façon dont la situation des  personnes exilées est gérée à Calais.

66 % des Calaisien.ne.s estiment être mal informé.e.s sur le travail réalisé par les associations auprès des  personnes exilées.

68 % des Calaisien.nes estiment que les associations ne travaillent pas dans de bonnes conditions.

NOTES À L'ATTENTION DES RÉDACTEURS

Un projet commun initié en 2019

En juin 2019, Amnesty International a publié un rapport intitulé « La solidarité prise pour cible » suite à un travail d’enquête de deux ans effectué à Calais et Grande-Synthe. Cette enquête décrit la situation difficile des défenseur·e·s des droits humains qui individuellement ou collectivement, fournissent une aide humanitaire aux personnes exilées et militent pour le respect des droits de ces personnes à Calais et Grande-Synthe. Ces défenseur.e.s, les « aidant.e.s » ont subi des entraves à leur travail et des attaques de leurs droits sans précédent, ont fait l’objet de menaces et de violences, ont été publiquement critiqués et certains même criminalisés en répercussion de politiques migratoires déficientes et d’un discours de haine de plus en plus répandu contre lespersonnes exilées et réfugiées qui fait d’eux des boucs émissaires.

Dans ce contexte difficile, les aidant.e.s de Calais veillent à ce que les personnes exilées puissent se nourrir, avoir un abri et être protégées de pratiques abusives.  Les autorités françaises devraient reconnaître ce rôle comme essentiel et complémentaire pour permettre à l’État d’honorer ses obligations en matière de respect des droits humains. Au lieu de cela, les associations subissent des entraves au quotidien.

Les aidant.e.s de Calais ont voulu comprendre ce qu’était la perception des Calaisien.ne.s de cette situation. Quelle analyse il.elle.s faisaient du rôle de chaque acteur et plus particulièrement du rôle des aidant.e.s. C’est en partant de ces questionnements que les aidant.e.s de Calais ont commandé une étude à l’Institut Harris. Les résultats de cette étude, riche d’enseignements, ont permis aux aidant.e.s de mieux comprendre ce que vivaient et ressentaient les Calaisien.ne.s depuis trente ans. Mais aussi de se rendre compte que le manque d’information et de communication avait pu alimenter les doutes et les suspicions quant aux rôles des aidant.e.s et de leur organisation.

C'est sur ce constat qu’un travail collectif de fond a été initié et qu’une campagne d'information et de sensibilisation a été développée par les aidant.e.s de Calais : “La Voix Commune des aidants des personnes exilées de Calais”. La divulgation des résultats de l’étude est donc la première étape de cette campagne.

Les associations partenaires

Nous sommes « LA VOIX COMMUNE » et nous agissons ensemble, malgré les difficultés, pour améliorer les conditions de vie des personnes exilées et, par ricochet, celles des Calaisien.ne.s.

L’Auberge des Migrants 

Refugee Youth Service

Refugee Community Kitchen

Calais Food Collective

Choose Love

La Plateforme des Soutiens aux Migrant.e.s (PSM)

Utopia 56

Le Secours Catholique

Refugee Info Bus

Human Rights Observers (HRO)

Salam

Woodyard

Project Play

Refugee Women’s Center

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Véronique Tardivel I vtardivel@amnesty.fr I 06 76 94 37 05

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