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©EPA/LUONG THAI LINH

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Viêt-Nam : la situation des droits humains en 2021

Chaque année, nous publions notre Rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 154 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Viêt-Nam en 2021.

La tenue du Congrès national du Parti communiste vietnamien (PCV) et d’élections nationales a donné lieu à une sévère répression de la dissidence en ligne et hors ligne. Des journalistes et des professionnel·le·s de l’édition indépendants ainsi que d’autres personnes critiques à l’égard du gouvernement ont été arrêtés et inculpés en vertu de lois répressives. Les défenseur·e·s des droits humains étaient soumis à un harcèlement généralisé, une surveillance numérique illégale, des arrestations arbitraires et des poursuites motivées par des considérations politiques. Des faits de torture et d’autres mauvais traitements ont cette année encore été signalés. Les mesures de confinement strictes imposées pour endiguer la propagation du COVID-19 ont touché de manière disproportionnée les personnes les plus vulnérables, et les autorités ont infligé des sanctions sévères à celles et ceux qui enfreignaient les réglementations liées à la pandémie. Les personnes occupant des emplois informels ont été confrontées à de graves difficultés dues au manque d’aides sociales pour faire face aux effets de la pandémie, et les jeunes LGBTI étaient exposés à un risque accru de discrimination.

Contexte

Lors du 13e Congrès national du PCV qui s’est tenu en janvier, un nouveau Comité central et un nouveau Bureau politique ont été élus pour diriger le parti et le pays au cours des cinq années à venir. Les résultats de ces élections inscrivaient le pays dans la continuité de l’approche répressive du parti au pouvoir à l’égard de la dissidence et des droits humains. Des élections législatives ont suivi le 23 mai. La nouvelle Assemblée nationale a confirmé la nomination de Phạm Minh Chính au poste de Premier ministre.

Liberté d’expression et répression de la dissidence

L’intolérance à l’égard de la dissidence s’est encore durcie tout au long de l’année et la répression du droit à la liberté d’expression s’est poursuivie. Les arrestations arbitraires et les poursuites à l’encontre de journalistes, de professionnel·le·s de l’édition et d’autres personnes ayant critiqué le gouvernement ou le PCV se sont multipliées.

Avant les élections législatives de mai, les autorités ont engagé une répression contre les candidat·e·s indépendants et les personnes qui critiquaient le processus électoral. En mars, le commentateur politique Trần Quốc Khánh et le journaliste citoyen Lê Trọng Hùng ont été arrêtés au titre de l’article 117 du Code pénal de 2015, qui érigeait en infraction la « fabrication, le stockage ou la diffusion d’informations, de matériel ou d’articles hostiles à l’État de la République socialiste du Viêt-Nam » et prévoyait pour cela des peines allant jusqu’à 20 ans d’emprisonnement. Tous deux avaient déposé une demande pour être candidats indépendants (ou « autodésignés ») aux élections législatives. Lê Trọng Hùng a été condamné le 31 décembre à une peine de cinq ans de prison, assortie d’une période probatoire de cinq ans supplémentaires. Toujours au mois de mars, la police a arrêté le médecin Nguyễn Duy Hướng en raison de ses articles sur Facebook critiquant les politiques gouvernementales.

Les personnes qui critiquaient la réponse du gouvernement à la pandémie de COVID-19 s’exposaient également à de sévères sanctions. Début août, la police a arrêté Trần Hoàng Huấn parce qu’il avait publié des critiques à ce sujet sur Facebook. Le 2 septembre, des policiers ont infligé à une utilisatrice de Facebook, Nguyễn Thùy Dương, une amende d’un montant de cinq millions de dongs vietnamiens (environ 210 dollars des États-Unis) après qu’elle eut partagé une publication en ligne déclarant que les autorités avaient négligé les habitant·e·s de Ho Chi Minh-Ville et que ceux-ci avaient par conséquent souffert de la faim durant les confinements. Quatre individus ont été arrêtés et inculpés en octobre, au titre de divers articles du Code pénal, en raison de commentaires critiques à l’encontre de la réponse gouvernementale à la pandémie qu’ils avaient publiés sur Facebook. Ces hommes se trouvaient toujours en détention à la fin de l’année.

Défenseur·e·s des droits humains

En février, une enquête d’Amnesty International a révélé que, entre février 2018 et novembre 2020, des défenseur·e·s des droits humains avaient fait l’objet d’une campagne de surveillance illégale. Les attaques de logiciels espions ont été attribuées au groupe Ocean Lotus et visaient des militant·e·s vietnamiens à l’intérieur et en dehors du pays. Parmi eux figurait Bùi Thanh Hiếu, blogueur et militant en faveur de la démocratie résidant en Allemagne. La Vietnamese Overseas Initiative for Conscience Empowerment (VOICE), une organisation à but non lucratif basée aux Philippines et aux États-Unis aidant les personnes réfugiées du Viêt-Nam et défendant les droits humains dans le pays, a également été visée par cette campagne.

Arrêtée en octobre 2020, Phạm Đoan Trang, journaliste, auteure et défenseure reconnue des droits humains, a été condamnée à neuf ans de prison par le tribunal populaire de Hanoï le 14 décembre 2021. Elle a été inculpée en vertu de l’article 88 du Code pénal de 1999, qui érigeait en infraction « la conception, le stockage, la distribution ou la diffusion d’informations, de documents et d’objets hostiles à la République socialiste du Viêt-Nam », en lien avec des articles qu’elle avait écrits au sujet de l’environnement et des droits humains, et des entretiens qu’elle avait accordés à des médias étrangers. Avant son procès, Phạm Đoan Trang avait été détenue au secret pendant plus d’un an.

Nguyễn Thúy Hạnh, une autre défenseure des droits humains de premier plan, a été arrêtée le 7 avril et inculpée au titre de l’article 117 du Code pénal. Elle avait créé le « 50K Fund », par le biais duquel étaient recueillis des fonds destinés à soutenir les familles de personnes détenues illégalement au Viêt-Nam, et parlait souvent des questions relatives aux droits humains sur Facebook.

Le 5 mai, Cấn Thị Thêu, militante des droits fonciers, et son fils, Trịnh Bá Tư, ont été inculpés au titre de l’article 117 du Code pénal et condamnés à huit ans d’emprisonnement suivis de trois ans de mise à l’épreuve pour leur défense pacifique de ces droits. Ils avaient été arrêtés en juin 2020, en même temps que Trịnh Bá Phương (un autre fils de Cấn Thị Thêu) et Nguyễn Thị Tâm, une autre défenseure des droits fonciers. Tous les quatre s’étaient exprimés au sujet du conflit foncier très médiatisé du village de Đồng Tâm, à proximité de la capitale, Hanoï, dans le cadre duquel, en janvier 2020, une intervention policière avait donné lieu à des affrontements qui avaient provoqué la mort d’un chef de village âgé de 84 ans et de trois policiers. Au mois de décembre, Trịnh Bá Phương et Nguyễn Thị Tâm ont été respectivement condamnés à une peine de 10 ans de prison assortie d’une période probatoire de cinq ans, et à une peine de six ans de prison assortie d’une période probatoire de trois ans. Avant son procès, Trịnh Bá Phương était resté détenu au secret pendant 16 mois, les autorités ayant rejeté toutes les demandes de visite de sa famille.

Torture et autres mauvais traitements

Les signalements de cas de torture et d’autres mauvais traitements en détention restaient très nombreux. En mars, Amnesty International a révélé que le militant politique Nguyễn Văn Đức Độ, qui purgeait une peine de 11 ans de prison, était détenu à l’isolement depuis mai 2020 dans des conditions inhumaines à la prison de Xuân Lộc, dans la province de Đồng Nai. Cet isolement prolongé et les mauvais traitements qu’il subissait aux mains des gardiens de la prison avaient de graves répercussions sur sa santé mentale.

Droit à la santé

En réponse à une flambée des taux de contamination au COVID-19 à la fin du mois d’août, les autorités ont imposé des mesures de confinement strictes et disproportionnées dans les régions les plus touchées. Ho Chi Minh-Ville a été confinée à plusieurs reprises. Ses habitant·e·s ont eu interdiction de sortir de leur domicile pendant 16 semaines au total, dont quatre semaines d’affilée à partir de la fin août lors d’un confinement que les autorités militaires ont été chargées de faire respecter. Contraintes de dépendre des approvisionnements en nourriture et en autres denrées assurés par l’armée, de nombreuses personnes, en particulier celles qui se trouvaient déjà dans des situations de vulnérabilité, ont été laissées dans une situation de grave insécurité alimentaire et ont souffert de la faim.

Les autorités ont aussi imposé des sanctions pénales aux personnes qui ne respectaient pas les mesures de confinement. Le 6 septembre, le tribunal populaire de la province de Cà Mau a condamné Lê Văn Trí à cinq ans d’emprisonnement pour avoir enfreint les restrictions en vigueur et avoir « propagé le virus ». Plus tôt dans l’année, le 30 mars, le tribunal populaire de Ho Chi Minh-Ville avait prononcé une peine de deux ans de prison avec sursis contre un steward, Dương Tấn Hậu, accusé lui aussi d’avoir « propagé une maladie infectieuse dangereuse ».

Discrimination

La pandémie de COVID-19 a touché tous les secteurs de la société vietnamienne, mais certains groupes ont été affectés de manière disproportionnée, comme les personnes LGBTI et les travailleuses migrantes, notamment celles qui travaillaient dans le secteur informel.

Certain·e·s jeunes LGBTI ont fait part des graves difficultés qu’ils rencontraient du fait de se retrouver enfermés pendant les confinements au domicile familial, où ils étaient confrontés à la discrimination et à la violence de la part de leurs proches en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Des recherches menées avec le soutien du gouvernement ont révélé que les femmes ayant quitté des zones rurales pour aller travailler en ville, notamment les vendeuses de rue, souffraient de répercussions économiques particulièrement graves. Beaucoup d’entre elles ont déclaré se retrouver dans une situation d’insécurité alimentaire et avoir du mal à satisfaire d’autres besoins essentiels en raison du manque de travail et de l’insuffisance des aides sociales apportées par le gouvernement.

Actualités
Viêt-Nam : la situation des droits humains en 2021 - Amnesty International France