Tadjikistan

/© Press Association/Peter Leonard/AP

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Tadjikistan en 2025.

Une série de décès au sein de la population carcérale a mis en évidence les conditions de détention inhumaines qui régnaient dans les prisons. La torture et les mauvais traitements étaient très répandus et leurs auteur·e·s jouissaient d’une impunité presque totale. Des opposant·e·s, d’anciens hauts fonctionnaires et des journalistes ont été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement pour des motifs douteux à l’issue de procès iniques. L’avocat défenseur des droits fondamentaux Bouzourgmekhr Iorov purgeait toujours une longue peine d’emprisonnement malgré les protestations internationales. Bien que le fait de « liker » des contenus critiques à l’égard des autorités sur les réseaux sociaux ait été dépénalisé, des restrictions sévères continuaient de peser sur la liberté d’expression et des journalistes ont fait l’objet de poursuites. La minorité pamirie a cette année encore été victime de persécutions. Les autorités ont pris des mesures pour expulser des réfugié·e·s afghans. Les cas de violence domestique se sont multipliés. Les problèmes d’accès à l’eau et aux services d’assainissement persistaient.

Contexte

L’OSCE a annulé en février la mission d’observation des élections législatives qu’elle devait effectuer le mois suivant, citant l’absence de garantie donnée par les autorités du Tadjikistan pour assurer que les observateurs et observatrices de l’organisation seraient accrédités et à même d’effectuer leur travail. L’OSCE a d’ailleurs émis des doutes quant à l’équité du processus électoral et à sa protection contre toute ingérence illégale.

L’économie restait fortement dépendante des transferts d’argent en provenance de la diaspora, et notamment des travailleuses et travailleurs émigrés en Russie. La croissance économique s’est certes poursuivie, mais à un rythme moins soutenu, passant de 8,4 % en 2024 à 7,5 % en 2025, selon les estimations.

Droit à la vie

Les mauvaises conditions de détention, et notamment l’absence de soins médicaux appropriés, semblaient être à l’origine d’une série de décès au sein de la population carcérale. Les personnes poursuivies pour des motifs à caractère politique ou condamnées à l’issue de procès non équitables étaient les plus éprouvées et semblaient être soumises à un régime particulièrement dur.

Cinq militants pamiris (Koulmamad Pallaïev, Bogcho Imatchoïev, Aslan Goulobov, Mouzaffar Davlatmirov et Eroncho Makhmadrakhimov) sont morts en détention entre les mois de janvier et de juillet. Aucune enquête ne semble avoir été menée pour déterminer les circonstances de leurs décès.

Le dissident Zoubaïdoullo Rozik, ancien dirigeant du Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan, une formation interdite de façon arbitraire, est mort en prison le 24 septembre. Il purgeait une peine de 25 ans de réclusion à laquelle il avait été condamné pour des motifs d’ordre politique.

Saïdazam Rakhmonov est mort en octobre, une semaine après avoir été arrêté. Il semblait être soupçonné d’extrémisme ou de terrorisme. Ses proches ont déclaré que son corps portait des traces de coups et de brûlures dues à l’électricité. Les autorités ont affirmé qu’il s’était suicidé.

Impunité

Des violations des droits humains commises par le passé et imputées à des membres des forces de l’ordre restaient impunies. Malgré les éléments de preuve indiquant que la torture et d’autres formes de mauvais traitements continuaient d’être largement pratiquées dans les établissements pénitentiaires (coups, absence de soins médicaux, placement prolongé en détention au secret, etc.), un seul fonctionnaire aurait fait l’objet de poursuites et aurait été reconnu coupable d’actes de torture cette année.

En violation des obligations du Tadjikistan aux termes du Statut de Rome, les autorités ont refusé d’appliquer le mandat d’arrêt délivré par la CPI contre le président russe, Vladimir Poutine, et ne l’ont pas arrêté lors de sa visite en octobre.

Détentions arbitraires et procès inéquitables

Huit personnes, parmi lesquelles plusieurs personnalités de l’opposition et anciens hauts fonctionnaires, ont été condamnées le 5 février à des peines atteignant 27 années d’emprisonnement pour trahison et tentative de prise du pouvoir par la force. Leur procès s’est déroulé à huis clos et les autorités n’ont révélé aucun élément de preuve de la culpabilité des prévenu·e·s ni de l’existence d’un quelconque complot.

Le 29 septembre, 12 organisations internationales de défense des droits humains ont demandé aux autorités du Tadjikistan de libérer Bouzourgmekhr Iorov, un avocat spécialiste des droits fondamentaux arbitrairement emprisonné depuis 2015 en raison de ses activités professionnelles. Aucune réponse des pouvoirs publics n’avait été reçue à la fin de l’année et l’avocat continuait de purger la peine de 23 ans de réclusion à laquelle il avait été condamné.

Liberté d’expression

Le fait de « liker » des contenus en ligne prônant ou justifiant le « terrorisme ou l’extrémisme » a été dépénalisé en mai. La liberté d’expression restait cependant limitée de manière abusive et toute critique publique des autorités était de fait interdite.

Le 10 janvier, un tribunal de la ville de Koulob a condamné Akhmad Ibrokhim, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Païk, à 10 ans et quatre mois d’emprisonnement après l’avoir déclaré coupable de corruption, d’extorsion et d’extrémisme sur la foi d’accusations douteuses. Classée secret d’État, cette affaire a été jugée par un tribunal siégeant au sein du centre de détention provisoire où se trouvait l’accusé.

La journaliste Roukhchona Khakimova faisait partie des personnes déclarées coupables de trahison le 5 février par la Cour Suprême réunie à huis clos, sur la foi d’accusations répondant à des motivations politiques (voir Détentions arbitraires et procès inéquitables). Elle a été condamnée à huit ans d’emprisonnement et l’argent qui se trouvait sur son compte épargne a été confisqué. Selon la presse, qui citait des sources confidentielles, les poursuites engagées contre elle étaient liées à un reportage d’investigation qu’elle aurait réalisé sur l’influence de la Chine au Tadjikistan – reportage qui n’avait pas été publié.

Discrimination

Les membres de la minorité pamirie de la région autonome du Haut-Badakhchan continuaient d’être en butte à la discrimination et à des persécutions. Leurs langues, leurs pratiques culturelles et leur identité religieuse faisaient toujours l’objet de restrictions, voire d’une véritable négation, et leur aspiration à bénéficier d’une réelle autonomie se heurtait à la répression de l’État. Les dirigeant·e·s et les militant·e·s locaux arbitrairement arrêtés et incarcérés au lendemain des manifestations très majoritairement pacifiques de 2021-2022 étaient toujours en prison. Aucun d’entre eux n’a bénéficié de la mesure d’amnistie annoncée en mars par le président de la République. Les exécutions extrajudiciaires présumées et autres violations des droits humains perpétrées par les services de sécurité pendant les manifestations n’avaient toujours pas fait l’objet d’enquêtes.

Droits des personnes réfugiées ou migrantes

Le Comité de sûreté de l’État a procédé en juillet à une série d’opérations visant des réfugié·e·s afghans, dont plusieurs milliers étaient arrivés au Tadjikistan au lendemain de la prise de pouvoir des talibans à Kaboul. Les autorités ont affirmé avoir découvert que certains de ces réfugiés avaient commis diverses infractions et elles ont menacé de les expulser. Plusieurs d’entre eux ont reçu des SMS anonymes leur enjoignant de quitter le Tadjikistan dans les 15 jours. Dans certains cas, des familles entières ont été arrêtées et probablement renvoyées de force en Afghanistan.

Violences faites aux femmes et aux filles

La violence domestique restait un phénomène fréquent, de même que les mariages forcés et précoces. Selon les chiffres officiels, le nombre de cas de violences faites aux femmes et aux filles au sein de la famille a augmenté d’environ 15 % au premier semestre 2025 par rapport à l’année précédente.

La violence domestique n’était pas considérée comme une infraction à part entière dans le Code pénal, ce qui limitait les recours dont pouvaient se prévaloir les victimes.

Bon nombre de foyers d’hébergement accueillant des victimes de violences domestiques dépendaient fortement de l’aide étrangère et souffraient apparemment de l’arrêt des programmes financés par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID).

Droit à l’eau

Les autorités ont adopté un programme prévoyant l’investissement d’environ 300 millions de dollars des États-Unis dans des travaux d’amélioration de l’accès à l’eau potable. L’essentiel de ces fonds devait provenir de donateurs extérieurs.

Selon les chiffres officiels, 59 % de la population n’avaient pas accès à l’eau courante et 8 % n’avaient même pas accès à une source d’eau locale. La situation était particulièrement déplorable dans les campagnes, où 76 % des habitant·e·s étaient privés d’eau courante. Par ailleurs, 85 % de la population (dont la quasi-totalité des habitant·e·s des zones rurales) n’avaient pas accès à un réseau d’assainissement.

Depuis plus de 60 ans, Amnesty International met en lumière la situation des droits humains dans le monde.

Chaque année, nos équipes enquêtent en toute indépendance et impartialité, et publient leurs conclusions dans un rapport annuel de référence.

Un rapport de plus de 500 pages qui alerte.

Un rapport qui sonne comme un signal d’alarme face aux violations des droits humains.

Un rapport qui dérange celles et ceux qui agissent dans l’ombre.

Un rapport qui rend hommage aux journalistes, aux militants et militantes et aux défenseur·es des droits humains qui luttent avec courage.

Un rapport qui incarne la force de notre travail, qui permet d’établir des faits, de lutter contre les violations des droits humains partout dans le monde. Et qui donne des clés pour résister.

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