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© Mohamed Abdiwahab/AFP/Getty Images

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Somalie

Les droits humains en Somalie en 2020

Les attaques menées sans discrimination contre la population civile et des cibles civiles se sont poursuivies. La liberté d’expression était réprimée. Des journalistes ont été menacés, harcelés, intimidés, frappés, arrêtés de manière arbitraire et tués. Les femmes et les filles étaient toujours victimes de violences sexuelles. Les personnes déplacées dans le pays ont été touchées plus que les autres par la pandémie de COVID-19, et ont été soumises à des expulsions forcées. Au Somaliland, des journalistes et des personnes critiques à l’égard des autorités ont été censurés, harcelés et traduits en justice. Les attaques visant les médias ont continué. 

CONTEXTE 

Le conflit en cours entre, d’un côté, le gouvernement somalien et ses partenaires régionaux et internationaux et, de l’autre, le groupe armé Al Shabab, avait de très lourdes conséquences pour la population civile. Venant s’ajouter à une série de catastrophes naturelles et à la pandémie de COVID-19, il a entraîné une aggravation de l’insécurité alimentaire et des déplacements massifs de populations. 

Toutes les parties au conflit ont continué de commettre des violations graves du droit international humanitaire, en toute impunité. 

La montée des tensions politiques entre les autorités fédérales et régionales à l’approche des élections de 2020-2021 a empêché la mise en œuvre des réformes judiciaires, constitutionnelles et relatives aux droits humains nécessaires.  

ATTAQUES MENÉES SANS DISCERNEMENT 

Le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), responsable des opérations militaires américaines sur le continent africain, a cette année encore eu recours à des drones et des avions classiques pour procéder à au moins 51 frappes aériennes. 

Une attaque aérienne américaine a été menée le 2 février contre une maison de Jilib, dans la région du Moyen-Shabelle. Une jeune fille de 18 ans, Nurto Kusow Omar, est décédée après avoir été touchée à la tête par un éclat d’obus. Ses sœurs (7 et 12 ans), ainsi que sa grand-mère (70 ans), ont été blessées. 

Le 24 février, Mohamud Salad Mohamud a été tué dans sa ferme, près de Kumbareere, un village des environs de Jilib, par un missile Hellfire largué lors d’une autre attaque aérienne des États-Unis. Au cours de l’année, l’AFRICOM a reconnu être responsable de la mort de trois civils, dont celle de Nurto Kusow Omar le 2 février, et des blessures infligées à huit autres, dont les deux sœurs et la grand-mère de la jeune fille, dans trois frappes distinctes, conduites en 2019 et en 2020. Il a toutefois maintenu que Mohamud Salad Mohamud était un combattant d’Al Shabab, malgré l’existence de preuves solides indiquant que cet homme était un civil. Aucune des victimes n’a reçu d’indemnisation de la part de la Somalie ou des États-Unis. 

L’AFRICOM a publié en avril, juillet et novembre ses premiers rapports d’évaluation des victimes civiles. Il a également mis en ligne un portail permettant aux personnes qui disposaient d’un accès à Internet de signaler les cas présumés de victimes civiles. D’autres mécanismes sûrs et accessibles étaient cependant nécessaires afin de faire respecter l’obligation de rendre des comptes pour de telles attaques, constitutives de crimes de guerre lorsqu’elles visent des civils ou des biens de caractère civil.

EXACTIONS PERPÉTRÉES PAR DES GROUPES ARMÉS

Al Shabab a continué de jouir de l’impunité pour les attaques fréquentes et aveugles qu’il menait contre des civils et des infrastructures civiles, tels que des restaurants et des hôtels. Le groupe armé s’est également livré à des homicides ciblés visant, entre autres, les personnes qu’il soupçonnait d’avoir des liens avec les autorités officielles et des journalistes. Selon les Nations unies, Al Shabab était responsable de la mort de 207 civils sur les 596 victimes civiles recensées par l’Organisation entre février et début août. 

Le 16 août, Al Shabab a attaqué l’hôtel Elite de Mogadiscio, un établissement très fréquenté situé en bord de mer, faisant exploser une voiture piégée et ouvrant le feu sans discrimination sur les clients et les membres du personnel qui se trouvaient à l’intérieur. Au moins 11 personnes ont été tuées et 18 autres blessées.  

HOMICIDES ILLÉGAUX  

En avril, un policier a abattu deux personnes à Mogadiscio parce qu’elles se trouvaient dehors, devant chez elles, pendant le couvre- feu nocturne instauré pour limiter la propagation du COVID-19. Des manifestations ont eu lieu afin d’exiger justice pour les victimes, et les autorités ont finalement arrêté un policier dans le cadre de cette affaire. Celui-ci a été condamné à mort en juillet par un tribunal militaire de Mogadiscio. 

Huit professionnels de la santé, dont sept travaillaient au centre de santé materno- infantile de Gololey, un village de la région du Moyen-Shabelle, ont été enlevés et tués le 27 mai par des hommes armés non identifiés revêtus d’uniformes de l’armée et de la police somaliennes. Le lendemain, le président de l’époque de l’État de Hirshabelle a nommé une commission composée de sept membres, chargée d’enquêter sur cette affaire. Les conclusions de l’enquête n’avaient pas été rendues publiques à la fin de l’année.   

LIBERTÉ D’EXPRESSION

JOURNALISTES 

Deux journalistes ont été tués au cours de l’année. D’autres ont été menacés, harcelés, intimidés, frappés ou arrêtés de façon arbitraire et traduits en justice par des représentants de l’État, notamment la police et l’armée, dans toute la région centre- sud de la Somalie et au Puntland. Les autorités ont limité l’accès à l’information, interdisant parfois à des journalistes d’entrer dans des bâtiments officiels, d’assister à certaines manifestations ou de se rendre sur les lieux d’actions violentes (attentats d’Al Shabab, par exemple). Certains se sont également vu refuser l’autorisation d’interviewer de hauts responsables gouvernementaux. En outre, les allégations d’agressions contre des membres de la profession ne faisaient pas l’objet d’enquêtes sérieuses. 

En février, des individus non identifiés mais soupçonnés d’appartenir à Al Shabab ont tiré plusieurs coups de feu sur le journaliste freelance Abdiwali Ali Hassan, près de son domicile à Afgooye, dans la région du Bas- Shabelle. Il est décédé pendant son transfert à l’hôpital. Said Yusuf Ali, journaliste à Kalsan TV, a été tué à coups de couteau à Mogadiscio par un assaillant isolé. Les informations parues dans la presse laissaient penser que sa mort était liée à son travail sur les activités d’Al Shabab. 

Mohamed Abdiwahab Nur (surnommé Abuja), membre de la rédaction de Radio Hiigsi, a été arbitrairement arrêté en mars, pour la seconde fois en huit jours. Il a été détenu au secret pendant près de trois mois par l’Agence nationale du renseignement et de la sécurité (NISA), sans pouvoir communiquer avec ses avocats ni avec sa famille. Ses avocats, d’autres journalistes et ses proches estimaient qu’il avait été arrêté parce qu’il avait critiqué le comportement des forces de sécurité à Mogadiscio. Le 7 juin, il a comparu en secret devant un tribunal militaire, qui a ordonné son transfert à la prison centrale de Mogadiscio, où il a enfin pu rencontrer l’un de ses avocats, le lendemain de son arrivée. Il a passé deux mois supplémentaires dans cette prison. Les autorités ont expliqué qu’il était maintenu en détention dans l’attente des conclusions d’une enquête sur son appartenance présumée à Al Shabab et sa possible implication dans un meurtre. En août, il a été acquitté par un tribunal militaire de toutes les accusations qui pesaient contre lui. 

Le 2 avril, la NISA s’est livrée sur Twitter à des manœuvres d’intimidation et de harcèlement visant Harun Maruf, journaliste somalien travaillant pour Voice of America et vivant à Washington, aux États-Unis. Celui-ci a été menacé sur le réseau de poursuites judiciaires en raison de ses « liens mettant en péril la sécurité nationale » et de son « implication dans des activités sortant du cadre du code de conduite de la presse ». La NISA a annoncé le 23 avril qu’elle avait terminé ses investigations concernant ce journaliste et qu’elle avait transmis l’affaire au procureur général. 

En avril, la police a arrêté Abdiaziz Ahmed Gurbiye, membre de la rédaction et directeur adjoint du média indépendant Goobjoog Media Group. Il lui était reproché d’avoir déclaré sur Facebook que le gouvernement avait mal géré la crise du COVID-19 et que le chef de l’État s’était approprié un respirateur qui avait été initialement donné à un hôpital local. Il a été condamné le 29 juillet à six mois d’emprisonnement par le tribunal régional de Benadir, à Mogadiscio, mais il a finalement été libéré le jour même, moyennant le paiement d’une amende. 

Le président de la République a annoncé en mai son intention de « dépénaliser le journalisme et réviser le Code pénal », fréquemment invoqué pour poursuivre des journalistes en justice. Il a également insisté sur sa volonté de respecter la liberté d’expression. Des journalistes ont néanmoins continué de faire l’objet de poursuites judiciaires. 

En août, le chef de l’État a approuvé des modifications de la Loi de 2016 sur les médias. Si certaines dispositions du nouveau texte protégeaient et promouvaient le droit à la liberté d’expression – la liberté de la presse, notamment – ainsi que le droit des journalistes à la sécurité et à l’accès à l’information, d’autres en revanche menaçaient ces mêmes droits. Par exemple, le traitement journalistique d’une large palette de sujets était érigé en infraction, et les autorités se voyaient octroyer des pouvoirs très étendus leur permettant de contrôler et de surveiller les médias. 

En septembre, le procureur général a mis en place un bureau spécial chargé des enquêtes relatives aux affaires d’infractions contre des journalistes. 

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES ET AUX FILLES

Les violences sexuelles contre les femmes et les filles étaient très répandues dans la région centre-sud du pays et au Puntland. Beaucoup n’étaient pas signalées, en raison du climat d’impunité, ainsi que de la stigmatisation et de la peur associées aux agressions de ce type, qui empêchaient nombre de victimes de se tourner vers la justice. 

Les Nations unies ont recensé 45 cas de violences sexuelles perpétrées dans le cadre du conflit contre quatre femmes et 41 filles entre les mois de mai et d’août. Les agresseurs étaient pour la plupart des hommes armés non identifiés. 

En avril, deux fillettes âgées de 3 et 4 ans ont été violées près d’Afgooye, avant d’être abandonnées, grièvement blessées, dans un champ. Le viol en réunion et meurtre présumés de Hamdi Mohamed Farah (19 ans), en septembre, à Mogadiscio, a suscité une vive indignation dans l’opinion publique. La jeune femme aurait été jetée du haut d’un immeuble par ses agresseurs. Les autorités ont annoncé l’arrestation le même mois d’au moins 11 suspects dans le cadre de cette affaire. 

En août, alors que les autorités s’étaient engagées à renforcer la législation destinée à protéger les femmes et les filles des violences sexuelles, le Parlement fédéral a déposé une proposition de loi sur « les crimes liés aux relations sexuelles », qui comportait des dispositions contraires au droit international et aux normes régionales en matière de viol et d’autres formes de violences sexuelles. Ce texte contenait également des définitions impropres des infractions et n’accordait pas la protection nécessaire aux victimes de viol et d’autres formes de violences sexuelles. 

PERSONNES DÉPLACÉES

Le conflit prolongé, les périodes de sécheresse, les inondations et une invasion de criquets ont aggravé la crise humanitaire et entraîné le déplacement de plus de 1,2 million de personnes entre janvier et novembre 2020. Elles sont venues s’ajouter aux 2,6 millions de personnes déjà déplacées dans le pays. 

Les personnes déplacées ont été affectées de façon disproportionnée par la pandémie de COVID-19, et étaient contraintes de vivre dans des conditions d’extrême promiscuité. Beaucoup gagnaient leur vie dans l’économie informelle. Or, les restrictions liées au COVID-19 les en ont empêchées, les mettant dans l’impossibilité de satisfaire leurs besoins élémentaires, tels que ceux en eau, en nourriture et en produits d’hygiène. Les forces de sécurité et des propriétaires privés ont continué d’expulser des personnes déplacées, malgré la pandémie. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, entre janvier et septembre, plus de 100 000 personnes déplacées ont été expulsées de chez elles, la plupart de force et sans qu’aucune solution de relogement leur soit proposée. Ces personnes avaient beaucoup de mal à trouver un logement et certaines vivaient dehors, exposées à des risques sanitaires supplémentaires pendant la pandémie. 

LIBERTÉ D’EXPRESSION AU SOMALILAND

Les personnes critiques à l’égard des autorités et les journalistes faisaient toujours l’objet d’une censure, d’actes de harcèlement et de poursuites judiciaires. Les médias ont cette année encore été la cible d’attaques. En juin, les autorités du Somaliland ont fermé arbitrairement deux chaînes de télévision indépendantes, Universal TV et Star TV. Le ministre de l’Information a donné l’ordre aux fournisseurs d’accès au réseau câblé local de supprimer ces deux chaînes de leurs bouquets et de leur retirer leur licence d’exploitation. Il était reproché à Universal TV de ne pas avoir retransmis les manifestations organisées à l’occasion de la fête de l’indépendance, comme l’avaient exigé les autorités. Selon les propriétaires de Star TV, leur chaîne aurait été sanctionnée pour avoir diffusé des reportages et des commentaires sur l’état d’un ancien pilote de l’armée de l’air, Fouad Youssouf Ali, en détention à Djibouti, le pays voisin. En août, le ministère de l’Information a infligé à Universal TV et Star TV, de façon arbitraire, des amendes s’élevant, respectivement, à 127 500 000 shillings somaliens (15 000 dollars des États-Unis) et 42 500 000 shillings somaliens (5 000 dollars des États-Unis). Star TV s’est acquittée de cette amende et a pu reprendre ses diffusions, mais Universal TV n’émettait toujours pas à la mi-décembre. 

Le journaliste Abdimalik Muse Oldon a été libéré de la prison centrale de Hargeisa, après avoir passé plus d’un an en détention pour avoir critiqué le président de la République du Somaliland sur Facebook. Il avait été arrêté en 2019 et condamné à trois ans et demi d’emprisonnement pour « propagande antinationale » et « diffusion de fausses informations ». Il a été remis en liberté à la faveur d’une grâce présidentielle.

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