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Camp de Dadaab © Film Aid

Camp de Dadaab © Film Aid

Réfugiés et migrants
enquête

Des réfugiés somaliens renvoyés vers l’enfer

Insécurité, sécheresse, famine... les milliers de réfugiés somaliens qui ont été poussés à partir du camp de Dadaab (Kenya) pour rentrer en Somalie font de nouveau face à ces terribles fléaux.

En mai 2016, le gouvernement Kenyan annonce son intention de fermer le camp de Dadaab, le plus grand du monde. Les renvois vers la Somalie se sont alors drastiquement accélérés.

Les personnes qui sont rentrées, vivent dans des conditions très difficiles, dans des villes surpeuplées ou des camps pour personnes déplacées en Somalie. Beaucoup ont déclaré avoir quitté Dadaab en raison des rations alimentaires et des services qui se raréfiaient ou en raison de la peur, attisée par le gouvernement kenyan, d'être renvoyés de force sans aucune aide.

Le camp de Dadaab, l’échec de la communauté internationale

L'immense site de Dadaab dans l'est du Kenya accueille actuellement près de 240 000 personnes. En mai 2016, le gouvernement kenyan a annoncé qu'il allait fermer le camp, invoquant des préoccupations liées à la sécurité nationale et le soutien insuffisant de la communauté internationale.

Un facteur clé qui incite le gouvernement kenyan à renvoyer les Somaliens est le manque de soutien de la communauté internationale. Les financements destinés à venir en aide aux réfugiés au Kenya ont nettement diminué depuis 2011, et ce beaucoup plus rapidement que le nombre de réfugiés.

En novembre 2017, l'appel de fonds du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) en faveur des réfugiés au Kenya était financé à hauteur de 29 % seulement. Au cours de la même période, le Programme alimentaire mondial (PAM) a également connu un sous-financement régulier et chronique, le contraignant à réduire à plusieurs reprises la valeur des rations alimentaires distribuées aux réfugiés.

Camp de Dadaab © Film Aid

En novembre 2016, nous avions constaté que des représentants du gouvernement ont menacé des réfugiés et leur ont dit qu'ils devaient partir, ce qui laisse planer de forts doutes quant au caractère « volontaire » de ces retours.

Les renvois vers la Somalie se sont alors accélérés et se sont poursuivis après que la Haute cour kenyane a jugé la fermeture du camp illégale en février 2017.

Lire aussi : Kenya, la justice bloque la fermeture du plus grand camp de réfugiés au monde

De plus, la plupart de ceux qui rentrent en Somalie ne peuvent pas retourner chez eux, et l'accès à un abri est un problème de taille. Presque toutes les personnes que nous avons interrogées ont déclaré qu'elles n'avaient pas pu trouver de logement adapté et beaucoup vivaient dans des campements pour personnes déplacées ou aux alentours.

Une terrible crise humanitaire depuis 2016

La Somalie est ravagée par la guerre depuis des décennies, et entre janvier 2016 et octobre 2017, 4 585 victimes civiles ont été recencées. Le groupe armé Al Shabaab contrôle une partie importante du pays et se livre à des attaques menées sans discrimination, qui ont fait des centaines de morts et de blessés parmi la population civile au cours de l'année passée.

Dans ce contexte d'insécurité, la situation humanitaire en Somalie continue de se détériorer. Le pays fait face à une terrible sécheresse et la menace de la famine perdure. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), plus de la moitié de la population a besoin d'une aide humanitaire.

Lire aussi : Réfugiés somaliens, la peur d’être renvoyé vers la guerre

Ces différents facteurs ont déclenché des déplacements massifs de population. En novembre 2017, on comptait en Somalie 2,1 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays. Beaucoup s'entassent dans des zones urbaines, soumettant les ressources à une très forte pression. L'absence d'eau potable en Somalie a déclenché une épidémie de choléra qui a fait au moins 1 155 victimes entre janvier et juillet 2017.

Dans ce contexte, il est clair que la Somalie n'est pas prête pour ‘’accueillir’’ celles et ceux qui sont renvoyés massivement du Kenya.

Une lueur d’espoir ?

Il est encore temps que la communauté internationale agisse.

Elle peut encore fournir une assistance technique et financière au gouvernement kenyan, afin de favoriser des solutions durables et pérennes pour l'intégration des réfugiés dans le pays. Cela suppose notamment de financer complètement l'appel de fonds du HCR pour le Kenya, d'augmenter le nombre de places de réinstallation et de promouvoir d'autres solutions pour les réfugiés somaliens.

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