Sierra Leone

/©Francisco Leong/AFP/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Sierra Leone en 2025.

La liberté d’expression a été menacée, en particulier par les dispositions relatives à la diffamation de la législation sur la cybersécurité et par un projet de loi qui pourrait avoir pour effet de restreindre la liberté de la presse. De nouveaux textes de loi ont amélioré la protection des droits des filles et des femmes, mais ils n’ont pas érigé en infraction les mutilations génitales féminines (MGF). Un projet de loi visant à protéger la santé maternelle et les droits en matière de reproduction était toujours en examen. Le gouvernement s’est efforcé de réduire l’insécurité alimentaire. Les coupes réalisées par les États-Unis dans leur aide internationale ont mis en péril le droit à la santé. Dans le même temps, c’est en Sierra Leone que se sont déclarés plus de la moitié des cas de variole simienne (mpox) en Afrique et, dans la capitale, des centaines de personnes sont décédées pour avoir consommé du kush, une drogue de synthèse. Les autorités ont pris des mesures pour faire face aux effets du changement climatique.

Contexte

Le président, Julius Maada Bio, a été le premier Sierra-Léonais à diriger la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO en juin. Il a présenté les quatre priorités stratégiques de son mandat : rétablir l’ordre constitutionnel et renforcer la démocratie ; redynamiser la coopération régionale en matière de sécurité ; débloquer l’intégration économique ; et accroître la crédibilité de l’institution.

Liberté d’expression

Le Parlement a adopté en mars un nouveau projet de loi antiterroriste accordant de larges pouvoirs aux autorités. Ce texte, qui attendait toujours à la fin de l’année d’être promulgué par le président, menaçait de restreindre sévèrement la liberté de la presse et d’incriminer les journalistes pour leur travail, sous prétexte de protéger la sécurité nationale. Reporters sans frontières a averti en mai que, en définissant de manière imprécise ce qui constituait un « acte de terrorisme », cette loi pourrait autoriser les autorités à considérer le travail légitime des journalistes comme une menace pour la sécurité nationale. Si elle était promulguée, les journalistes pourraient encourir jusqu’à 30 ans d’emprisonnement pour avoir relayé des informations jugées préjudiciables ou fausses par les autorités.

En mars également, l’artiste et figure de la téléréalité Hawa Hunt a été libérée après plus de deux mois de détention, au cours desquels elle s’était vu refuser à plusieurs reprises une libération sous caution. Elle avait été arrêtée en direct à la télévision et accusée d’avoir insulté le président et son épouse dans une vidéo qu’elle avait publiée sur les réseaux sociaux. Elle a été inculpée au titre de la Loi de 2021 sur la cybersécurité et la criminalité, qui érigeait en infraction la diffamation, entre autres.

Droits des femmes et des filles

Le 8 juillet, après avoir examiné le cas d’une femme ayant subi des MGF contre son gré, la Cour de justice de la CEDEAO a ordonné à la Sierra Leone d’ériger cette pratique en infraction.

Le 14 octobre, Julius Maada Bio a promulgué la Loi de 2024 relative aux droits de l’enfant, qui avait été adoptée par le Parlement en juillet. Cette loi interdisait le mariage précoce et le mariage forcé des enfants, renforçant ainsi les droits des personnes mineures à l’autonomie et à la protection contre les pratiques traditionnelles préjudiciables. Elle n’érigeait cependant pas en infraction les MGF, ce qui a soulevé des critiques au sein de la société civile.

La Loi sur la maternité sans risque, dont le but était d’améliorer les soins liés à la maternité et les droits reproductifs et de légaliser l’avortement dans certaines circonstances, n’avait toujours pas été adoptée à la fin de l’année. En attendant, l’accouchement restait dangereux pour les femmes, avec des taux de mortalité maternelle et néonatale toujours élevés, en grande partie à cause des violences obstétriques commises dans les établissements de santé publics.

Droits des personnes LGBTI

Même si les relations sexuelles librement consenties entre femmes n’étaient pas explicitement prohibées, la vie des lesbiennes était toujours marquée par d’importants obstacles sociaux, culturels et économiques qui les empêchaient de vivre librement et en sécurité. Ces femmes continuaient d’être rejetées socialement et de subir des actes de harcèlement, et elles n’étaient que partiellement acceptées par leur famille et leur voisinage.

Droit à la santé

Selon des organisations humanitaires et de développement, les coupes drastiques réalisées en mars dans les aides de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) ont entraîné des fermetures de cliniques, des licenciements de personnel et la suspension de services essentiels, tels que le dépistage, le traitement et les soins du VIH. Ces coupes menaçaient aussi sérieusement les services de santé liés à la maternité. Le taux de mortalité maternelle en Sierra Leone comptait parmi les plus élevés au monde, bien que des initiatives de l’État l’aient fait baisser en 2025 par rapport aux années précédentes.

En mai, plus de la moitié des cas confirmés de mpox en Afrique s’étaient déclarés en Sierra Leone. Plus de 61 000 doses de vaccins contre le virus ont été distribuées. Elles ont été administrées à plus de 24 000 personnes, en priorité aux soignant·e·s et aux groupes les plus à risque.

Toujours en mai, le ministère de la Santé a organisé, avec le soutien de l’OMS, une conférence de haut niveau pour discuter d’un projet de loi visant à mettre en place une agence sierra-léonaise de couverture maladie universelle.

En juin, Julius Maada Bio a lancé le Programme de sécurité et d’hygiène de l’eau. Il avait entre autres pour objectif d’améliorer l’accès à l’eau potable et de promouvoir l’hygiène dans les établissements scolaires et médicaux, et devait bénéficier à quatre millions de personnes d’ici 2035.

Le conseil municipal de Freetown a déclaré avoir ramassé, entre janvier et octobre, les dépouilles de 220 personnes dans les rues de la capitale, mortes d’avoir consommé du kush (une drogue de synthèse bon marché). Face à l’urgence nationale déclarée par le président en avril 2024, des mesures ont été prises pour lutter contre la consommation de stupéfiants, en particulier de kush. Parmi les stratégies déployées, des traitements et des services de soutien ont été proposés aux consommateurs et consommatrices, et l’application des lois a été renforcée afin de démanteler les réseaux de trafic de stupéfiants et d’amener les trafiquant·e·s à répondre de leurs actes.

Droit à l’alimentation

Le ministre de l’Agriculture a renouvelé en janvier son engagement à augmenter la production de riz afin d’améliorer la sécurité alimentaire. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a estimé à 1,2 million environ le nombre de personnes ayant connu une grave insécurité alimentaire lors de la période de soudure, de juin à août.

Droit à un environnement sain

Le pays demeurait exposé à l’érosion côtière. D’après le rapport sur le climat et le développement de la Sierra Leone publié en juin par la Banque mondiale, le changement climatique, auquel venait s’ajouter une croissance urbaine non réglementée, menaçait d’entraver la croissance agricole et d’aggraver la pauvreté. En août, le ministère de l’Environnement et du Changement climatique a ouvert un dialogue avec le Parlement afin d’accélérer la lutte contre le changement climatique. Il a aussi lancé une consultation nationale en collaboration avec l’Agence de protection de l’environnement afin de réviser le niveau de la CDN de la Sierra Leone.

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