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© Inti Ocon/AFP/Getty Images

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Nicaragua

LES DROITS HUMAINS AU NICARAGUA EN 2020

La crise que traversait le Nicaragua sur le plan des droits humains s’est poursuivie tout au long de l’année 2020, tout comme la stratégie de répression de la dissidence adoptée par les autorités. Face à la pandémie de COVID-19, le gouvernement a agi sans tenir compte des recommandations sanitaires des organisations internationales. Cette année encore, des militants politiques ont été victimes d’arrestations et de détentions arbitraires, et des lois représentant une menace pour l’opposition au pouvoir en place ont été adoptées. Des centaines de migrants nicaraguayens qui travaillaient ou sollicitaient l’asile à l’étranger se sont heurtés à des obstacles érigés par le gouvernement lorsqu’ils ont voulu regagner leur pays d’origine en raison de la pandémie. Les responsables présumés de violences contre les indigènes jouissaient toujours de l’impunité. 

DROIT À LA SANTÉ

Malgré les recommandations des organisations internationales dans le cadre de la pandémie de COVID-19, les autorités du Nicaragua ont encouragé des rassemblements de masse durant lesquels il était impossible de respecter la distance physique préconisée entre les personnes. En avril, l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS) s’est dite préoccupée par l’action menée par le gouvernement nicaraguayen en réponse à la pandémie, ce dernier n’ayant pas pris de mesures de distanciation sociale mais, au contraire, appelé à la tenue de rassemblements massifs. Par ailleurs, elle a qualifié d’inadéquates les dispositions mises en place par les autorités pour prévenir et limiter les contaminations1. L’OPS a ajouté en mai que, alors qu’elle avait demandé à plusieurs reprises au gouvernement de l’autoriser à se rendre dans des établissements de santé et de lui communiquer des informations détaillées, et que celui-ci avait répondu favorablement, rien n’avait été fait en ce sens. 

Des groupes locaux ont dénoncé le manque d’informations communiquées par les pouvoirs publics au sujet de la pandémie ainsi que leur inaction en matière de prévention, de dépistage et d’endiguement de la maladie. Le HCDH a également noté avec inquiétude le manque de transparence dont faisait preuve l’État s’agissant des données officielles sur l’action menée pour combattre la pandémie. 

En août, l’Observatoire citoyen COVID-19 Nicaragua et des avocats locaux avaient recensé au moins 31 licenciements parmi les professionnels de la santé travaillant dans le secteur public. Ces personnes ont été licenciées après avoir fait part de leurs préoccupations concernant leurs conditions de travail, notamment le manque d’équipements de protection individuelle, ou exprimé publiquement des réserves sur les mesures prises par l’État contre la pandémie. 

Dans le contexte de la pandémie, la situation des militants politiques et des personnes considérées comme opposées au régime qui se trouvaient toujours dans les prisons nicaraguayennes, caractérisées par leur précarité, leur surpopulation et leurs conditions d’hygiène déplorables, était particulièrement inquiétante. En outre, de nouvelles informations ont fait état d’un approvisionnement insuffisant en eau potable et de l’absence de soins et de médicaments adaptés au sein du système carcéral. 

Certaines personnes détenues pour des motifs politiques souffraient, selon des proches et des organisations locales, de graves problèmes de santé préexistants qui les rendaient particulièrement vulnérables face au COVID-19. De plus, aucune d’entre elles n’aurait été dépistée ni correctement soignée. En mai, le HCDH a jugé préoccupantes les informations selon lesquelles environ 40 de ces détenus avaient présenté des symptômes évocateurs de la maladie ou souffraient d’affections chroniques. 

LIBERTÉ D’ASSOCIATION, DE RÉUNION ET D’EXPRESSION

Les autorités ont continué de s’en prendre à des journalistes, des défenseurs des droits humains et des ONG locales. À la fin de l’année 2020, neuf organisations de défense des droits humains, qui avaient été radiées par l’Assemblée nationale en décembre 2018, n’avaient pas retrouvé d’existence légale et leurs biens étaient toujours confisqués. En juin, l’Assemblée nationale a radié une autre ONG qui exerçait ses activités dans la municipalité de Camoapa. Plus tard, en août, Fundación del Río a indiqué que six de ses terrains, dont des zones de reforestation et des réserves naturelles, lui avaient été arbitrairement confisqués. 

Tout au long de l’année, des cas de restrictions illégitimes du droit de réunion pacifique ont continué d’être signalés. Le HCDH et la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) ont été informés de plusieurs manifestations et rassemblements publics qui ont été réprimés ou limités par les autorités ou des groupes progouvernementaux. 

Entre mars et mi-juillet, l’Observatoire des agressions contre la presse indépendante du Nicaragua a recensé 351 agressions, dont des poursuites contre des journalistes, ainsi que des arrestations arbitraires et des actes de harcèlement visant des professionnels des médias et leur famille. L’Observatoire a en outre reçu des signalements pour 943 agressions entre mi-juillet et mi- décembre. 

En octobre, l’Assemblée nationale a approuvé la Loi sur la réglementation des agents de l'étranger et la Loi spéciale relative à la cybercriminalité. Le mois suivant, elle a adopté en première lecture une réforme de la Constitution qui permettrait la réclusion à perpétuité. Au vu du contexte général, il était raisonnable de craindre que ces lois ne soient utilisées pour viser les personnes dénonçant des politiques répressives et réclamant le respect des droits humains. 

La Loi de défense des droits du peuple à l’indépendance, à la souveraineté et à l’autodétermination pour la paix a été adoptée en décembre par l’Assemblée nationale. Le même mois, le Secrétariat général de l’Organisation des États américains a déclaré que cette loi visait à limiter les droits politiques et mettait en péril des droits fondamentaux inscrits dans les instruments internationaux relatifs aux droits humains. 

DÉTENTION ARBITRAIRE

Des centaines de personnes ont été incarcérées à partir d'avril 2018 pour avoir librement exercé leurs droits. Des organisations locales ont indiqué que plus de 100 de ces personnes étaient toujours en prison en décembre. Même pendant la pandémie, des arrestations et des placements en détention arbitraire de militants politiques ont été signalées. 

En outre, des militants politiques libérés ont affirmé être harcelés et surveillés par les autorités et par des groupes progouvernementaux. Selon des organisations locales, début décembre, au moins 31 personnes qui avaient été remises en liberté après avoir été détenues pour des raisons politiques avaient été à nouveau arrêtées au cours de l’année.

DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES

Des communautés et des ONG locales ont continué de dénoncer la présence de colons non autochtones sur leurs terres, ainsi que des menaces et attaques de leur part. Alors que, d’après des organisations locales et des médias, certaines de ces attaques ont entraîné la mort d’indigènes, aucune mesure de protection particulière n’a été mise en place par le gouvernement pour déterminer les responsabilités dans ces homicides ou éviter de nouvelles attaques. 

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