Guinée Équatoriale

/© Amr Abdallah Dalsh/REUTERS

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Guinée Équatoriale en 2025.

Plus d’un an après son transfert à la prison d’Oveng Azem, à Mongomo, le sort du défenseur des droits humains Joaquín Elo Ayeto restait inconnu. La Cour suprême espagnole a refusé de transférer à la Guinée équatoriale la compétence dans une affaire d’enlèvement présumé de militants de l’opposition. Plusieurs dizaines de personnes arrêtées arbitrairement, dont des manifestant·e·s de l’île d’Annobón, ont bénéficié d’une grâce présidentielle. Des migrant·e·s ont été expulsés en violation des conventions régionales.

Contexte

Le pays était toujours en proie à des difficultés économiques, principalement dues à sa dépendance aux recettes provenant des exportations de pétrole, qui représentaient 46 % de son PIB et 80 % de ses revenus. Or, ces exportations ont continué de baisser. Dans un rapport paru en juillet, la Banque mondiale a estimé que 57 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté en 2024, en partie à cause de la pression inflationniste. Le prix des denrées alimentaires avait notamment augmenté de 4,1 %.

L’Indice de perception de la corruption 2024 publié par Transparency International en février a classé la Guinée équatoriale au 173e rang sur 180 pays. Plusieurs procédures judiciaires relatives à des allégations de corruption impliquant des membres du gouvernement, dont des fils du président Teodoro Obiang, étaient en cours en 2025. En février, des sources militaires et gouvernementales ont confirmé que quelque 200 instructeurs russes avaient été déployés pour assurer la protection du président – au pouvoir depuis 1979 – et de sa famille.

Défenseur·e·s des droits humains

Le 6 janvier, cinq mois après avoir été suspendu de ses fonctions, l’avocat spécialiste des droits humains Ángel Obama Obiang Eseng a été informé que l’Ordre des avocat·e·s de Guinée équatoriale avait levé sa suspension. La mesure de suspension de deux ans prononcée en juillet 2024 contre Gemma Jones, avocate spécialisée dans les droits humains, a été révoquée le 21 juillet. L’avocate a donc pu reprendre son travail.

À la fin de l’année, le sort du défenseur des droits humains Joaquín Elo Ayeto restait inconnu. Arrêté le 1er août 2024, il avait été accusé d’activités illégales en tant que membre de la plateforme de la société civile Somo+, qui selon les autorités n’était pas légalement enregistrée. Ni sa famille ni son avocat n’ont eu de ses nouvelles après son transfert de la prison de Black Beach (à Malabo) à celle d’Oveng Azem (à Mongomo) le 13 août 2024.

Torture et autres mauvais traitements

En septembre, la Cour suprême espagnole a rejeté une requête de l’Audience nationale espagnole, qui avait demandé que l’enquête sur l’enlèvement présumé du militant de l’opposition Julio Obama Mefuman et de ses collègues soit transférée à la justice équato-guinéenne. Julio Obama Mefuman, détenteur de la double nationalité espagnole et équato-guinéenne et résidant en Espagne, ainsi que trois autres militants du Mouvement pour la libération de la Troisième République de Guinée équatoriale (MLGE3R), un groupe d’opposition, avaient semble-t-il été enlevés au Soudan du Sud en 2019 et placés en détention en Guinée équatoriale. Julio Obama Mefuman est mort en détention en 2023 dans la prison d’Oveng Azem. Il avait accusé les autorités équato-guinéennes de l’avoir torturé à de multiples reprises.

La Cour suprême espagnole a mis en avant l’« absence totale de coopération » des autorités équato-guinéennes, qui avaient refusé de rapatrier le corps de Julio Obama Mefuman en Espagne malgré les demandes de l’Audience nationale et du Parlement européen. Une enquête était toujours en cours contre l’un des fils du président Teodoro Obiang, Carmelo Ovono Obiang, et deux autres hauts responsables du gouvernement équato-guinéen.

Détention arbitraire

Le 4 juin, le président a publié un décret accordant la grâce présidentielle à 476 détenu·e·s, dont deux ressortissants sud-africains arrêtés en février 2023 pour trafic de stupéfiants et 37 manifestant·e·s de l’île équato-guinéenne d’Annobón arrêtés en juillet 2024. Le Groupe de travail sur la détention arbitraire [ONU] avait conclu dans les deux cas que les personnes concernées étaient détenues arbitrairement.

Les manifestations de 2024 à Annobón, une île située à 500 kilomètres au large de la Guinée équatoriale continentale, avaient été déclenchées par les dégâts occasionnés, selon la population, aux habitations, aux terres agricoles et à l’écosystème insulaire par les constantes explosions de dynamite liées aux activités minières.

Le 9 octobre, le Parlement européen a adopté une résolution d’urgence condamnant la détention arbitraire en Guinée équatoriale de deux ressortissants espagnols, Javier Marañón Montero et David Rodríguez Ballesta. Les deux hommes avaient été embauchés par un homme d’affaires espagnol du secteur des technologies pour installer un réseau de télévision numérique terrestre en Guinée équatoriale. Arrêtés en janvier, ils ont été transférés en avril à la prison de Black Beach, à Malabo, et ils n’ont pas été autorisés à consulter leurs avocats. Leur état de santé se serait dégradé, notamment en raison de plusieurs grèves de la faim menées pour protester contre leurs mauvaises conditions de détention.

Droits des personnes migrantes

Le 21 avril, plusieurs ressortissant·e·s camerounais ont été expulsés du pays sans que l’ambassade du Cameroun n’en ait été préalablement avertie. Les autorités camerounaises ont condamné cette mesure, invoquant une violation des conventions régionales autorisant la libre circulation des citoyen·ne·s d’Afrique centrale.

Le vice-président, Teodoro Nguema Obiang Mangue, a confirmé en mai que le gouvernement avait entamé des discussions avec le gouvernement des États-Unis au sujet de la possibilité, pour la Guinée équatoriale, de devenir un pays d’accueil pour les personnes migrantes expulsées des États-Unis dans le cadre de la politique d’immigration du président Donald Trump. Un premier groupe est arrivé en Guinée équatoriale à la fin du mois de novembre.

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