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© Minasse Wondimu/Anadolu Agency/Getty Images

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Éthiopie

Les droits humains en Éthiopie en 2019

En février, dans le cadre de son programme de réforme, le gouvernement a annulé la législation relative à la société civile qui restreignait le droit à la liberté d'association et à la liberté d'expression et a déposé un nouveau projet de loi devant le Parlement pour remplacer la législation draconienne relative à la lutte contre le terrorisme. 

Dans le même temps, de nombreux journalistes et d’autres voix critiques à l’égard du gouvernement ont continué de faire l’objet d'arrestations arbitraires, de détentions prolongées illégales et de procès inéquitables.

Des centaines de personnes ont été tuées lors d'une vague de violences intercommunautaires, et l'armée a tué illégalement au moins neuf manifestants, dont des enfants. 

Le Premier ministre Abiy Ahmed Ali a reçu le prix Nobel de la paix 2019 pour les réformes qu’il a menées dans le pays, y compris la libération de milliers de dirigeants et de membres de partis politiques d'opposition, la levée de l'interdiction de partis politiques d'opposition jusqu'alors considérés illégaux, et pour son rôle dans la conclusion de l'accord de paix qui a mis fin au conflit frontalier avec l'Érythrée (voir l'entrée sur l'Érythrée). Depuis son investiture en avril 2018, son gouvernement a libéré des dizaines de journalistes et de blogueurs détenus arbitrairement. 

VIOLENCES INTERCOMMUNAUTAIRES 

Amnesty International a constaté une progression des violences ethniques, à l’origine de milliers d’homicides dans tout le pays, tandis que les forces de sécurité manquaient à leur devoir de protection. Au contraire, les forces de sécurité, en particulier les membres des forces de police régionales et les milices aux ordres des administrations locales, ont joué un rôle actif en se rangeant du côté de leurs groupes ethniques impliqués dans les violences intercommunautaires. 

Les 10 et 11 janvier, dans la ville de Métemma, dans la zone du Nord Gondar de la région Amhara, une soixantaine de personnes ont été tuées lors d'attaques concertées contre des membres de la minorité ethnique Kimant qui avaient fait campagne en faveur de l'autonomie au sein de la région Amhara. Les attaques ont été menées par un groupe d'autodéfense de la communauté Amhara ainsi que par les forces de sécurité gouvernementales de la région. En septembre, au moins 30 personnes ont été tuées lors de violences intercommunautaires dans la ville de Gondar et dans les zones voisines de la ville, notamment à Fenter, Weleqa et Azezo. 

En septembre, dans les districts à prédominance kimant de Chilga et d’Arbaba, au moins 30 personnes sont mortes dans des échauffourées entre des membres armés du peuple kimant et les forces de sécurité régionales. Entre le 28 septembre et le 15 octobre, des attaques de représailles contre les résidents kimants et leurs commerces dans la ville de Gondar et les villes environnantes ont fait au moins 405 morts. 

En avril, des membres de l’ethnie gumuz ont tué 21 habitants amhara dans la région de Benishangul. En mai, dans la zone Awi de la région Amhara voisine, des personnes armées ont tué au moins 100 membres des ethnies gumuz et shinasha. 

En juillet, les forces de sécurité fédérales ont dispersé brutalement un rassemblement à Hawassa, organisé par des militants et des personnes âgées sidamas, ce qui a déclenché des attaques à caractère ethnique contre les habitants de nombreuses villes de la zone de peuplement sidama. Au moins 50 personnes ont été tuées lors des violences intercommunautaires, et également en raison du recours excessif à la force par les forces de sécurité qui sont intervenues lors de ces troubles. À la fin de l'année, le gouvernement n'avait pas encore mené d'enquête exhaustive sur ces homicides. 

En octobre, au moins 74 personnes ont été tuées dans des villes des régions Oromia et Harar en raison des violences intercommunautaires qui ont éclaté lors de manifestations contre la décision du gouvernement de retirer sa protection à un militant politique oromo. 

En novembre et décembre, au moins 12 étudiants ont été tués lors d'affrontements ethniques dans des universités des régions Oromia et Amhara. L’homicide d'un étudiant oromo à l'université de Weldia, dans la ville de Weldia de la région Amhara a déclenché une série de d’homicides à titre de représailles, y compris dans les universités de Dire Dawa, Dembi Dolo et Gondar. Environ 35 000 étudiants ont quitté les campus universitaires pour fuir les violences et sont rentrés chez eux. En décembre, un groupe armé non identifié a enlevé une vingtaine d'étudiants amhara alors qu'ils quittaient l'université de Dembi Dolo pour rentrer chez eux. 

HOMICIDES ILLÉGAUX 

En janvier, des membres des forces armées éthiopiennes ont tué illégalement au moins neuf manifestants, dont trois enfants, dans les villes de Genda-Wuha et Kokit, dans la région Amhara. L'armée escortait un convoi de véhicules censés transporter des engins de construction dont les manifestants pensaient qu'ils étaient en fait utilisés pour le trafic d'armes et de munitions. Lorsque les habitants ont bloqué la route qui reliait les deux villes afin de fouiller les véhicules, l'armée a ouvert le feu sur eux. Des témoins ont déclaré à Amnesty International que les manifestants n'avaient fait preuve d’aucune forme de violence pendant cet épisode de blocage. Bien que le chef d'état-major adjoint de l'armée ait promis en janvier d’ouvrir une enquête sur l'incident, à la fin de l’année, les conclusions de cette enquête n'avaient toujours pas été rendues publiques et personne n’avait été poursuivi en justice. 

En octobre, les forces de sécurité ont tué au moins 12 manifestants dans les villes d'Ambo et d'Adama lors de manifestations contre une décision du gouvernement de retirer sa protection à un militant politique oromo. 

LIBERTÉ D’EXPRESSION 

Malgré des progrès non négligeables depuis les réformes politiques de 2018, on comptait de nombreuses arrestations arbitraires, en particulier de journalistes et d'écrivains critiques à l’égard du gouvernement. En août, la police fédérale a arrêté huit personnes dans la capitale, Addis-Abeba, pour leur rôle dans la publication et la diffusion d'un livre intitulé The Hijacked Revolution, publié sous un pseudonyme. La police les a interrogées sur l'identité de l'auteur et a libéré certaines d'entre elles quelques semaines plus tard, mais a maintenu en détention l'éditeur jusqu'à fin novembre, date à laquelle il a été libéré après que la police a abandonné les accusations de terrorisme à son encontre. 

En septembre, la police a arrêté cinq journalistes qui travaillaient pour Segele Qerro Bilisuma, un média en ligne en oromiffa. Ils ont été inculpés au titre de la loi répressive de lutte contre le terrorisme de 2009 et détenus au poste de de police d'Addis-Abeba pendant plus de deux mois avant d'être libérés sans condition. 

Suite à la vague de violences intercommunautaires, le gouvernement a déposé un projet de loi devant le Parlement en novembre visant à interdire les discours prônant la violence et la diffusion de la « désinformation ». Le projet contenait des dispositions larges et formulées en termes vagues qui portaient atteinte à la liberté d'expression. 

Les forces de sécurité de la région du Tigré, y compris la police régionale et la milice aux ordres de l'administration locale, ont pris pour cible des partisans réels ou supposés du Comité de Wolkait pour l'identité des Amharas suite à sa requête auprès de la région du Tigré et du gouvernement fédéral demandant le rattachement du district de Wolkait à la région Amhara. Les victimes et d’autres témoins ont déclaré que les personnes visées avaient été arrêtées arbitrairement, détenues et soumises à des actes de torture et à d'autres mauvais traitements au motif de leur identité amhara, parce qu’elles avaient parlé amharique ou écouté de la musique amharique. 

PROCÈS INÉQUITABLES 

Des centaines de membres de l'opposition politique, de journalistes et d'autres personnes critiques à l’égard du gouvernement ont fait l’objet de procès inéquitables fondés sur des accusations en vertu de la loi antiterroriste. Les procès ont été marqués par des détentions provisoires illégales et prolongées, des retards excessifs et des plaintes persistantes de torture et autres mauvais traitements. 

En juin, la Commission consultative des lois, chargée de diriger les réformes législatives, a présenté au Parlement un projet de loi relatif au terrorisme qui devrait remplacer la loi antiterroriste en 2020. 

En février, la police a arrêté le colonel Gemechu Ayana, un membre éminent du Front de libération oromo, et l'a placé en détention suite à des accusations de terrorisme pendant huit mois, en violation des dispositions de la Loi antiterroriste qui prévoient une période de détention provisoire maximale de quatre mois. En décembre, les autorités ont abandonné les charges et l'ont libéré. 

Suite à l’assassinat en juin du président de la région Amhara et du chef d’état-major des armées à Addis-Abeba, des centaines de personnes ont été arrêtées arbitrairement. Parmi les personnes visées figuraient des dirigeants du Mouvement nationaliste amhara (un parti politique), des représentants du gouvernement, des journalistes, des dirigeants de partis politiques d'opposition et des membres du Comité de conseil administratif d'Addis-Abeba qui revendique l'autonomie administrative des résidents d'Addis-Abeba. Pendant quatre mois, au moins 10 suspects ont été maintenus en détention provisoire au motif d’accusations liées au terrorisme, avant le début de leur procès en novembre. La police a également arrêté un journaliste alors qu'il assistait aux audiences préliminaires et l'a accusé, au même titre que les suspects, d’infractions liées au terrorisme. 

En juillet, des dizaines de militants sidamas ont été arrêtés, soupçonnés d'avoir incité aux violences intercommunautaires dans la zone de peuplement sidama en juillet. Parmi eux figuraient des employés et des dirigeants de Sidama Media Network. Ils ont été maintenus en détention jusqu'à la fin de l'année, sans inculpation, dans une prison de la ville de Halaba à plus de 100 kilomètres de leurs familles. 

LIBERTÉ DE RÉUNION 

En mars, le Parlement a adopté la Loi sur la société civile n° 1113/19, qui remplace la Loi sur les sociétés et associations caritatives n° 621/09. La nouvelle loi a assoupli les restrictions qui entravaient la capacité des groupes à obtenir des financements étrangers, à mener des travaux et des activités liés aux droits humains, et qui avaient érigé des barrières empêchant les personnes étrangères ou non résidentes qui souhaitaient s’investir dans des activités de surveillance et de promotion des droits humains, de résolution de conflits ou de lutte contre la corruption. 

Peine de mort: non abolitionniste

La peine de mort est inscrite dans la législation du pays ou territoire, mais les autorités n’ont procédé à aucune exécution depuis au moins 10 ans.

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