Venezuela

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Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Venezuela en 2025.

Des crimes contre l’humanité ont été commis cette année encore en toute impunité. Les services de l’État ont continué de persécuter et de sanctionner sévèrement les personnes qui étaient en désaccord, réel ou supposé, avec le régime de Nicolás Maduro. Des centaines de personnes ont été victimes de détention arbitraire, de disparition forcée, de torture ou d’autres violations des droits humains pour avoir osé s’opposer au gouvernement ou l’avoir critiqué. Nombre d’entre elles ont fait l’objet de poursuites judiciaires dénuées de toutes garanties et ont comparu devant des tribunaux qui n’étaient pas indépendants, sans pouvoir choisir leur avocat·e ni être informées des charges retenues contre elles. Comme les années précédentes, le gouvernement s’en est pris plus particulièrement aux défenseur·e·s des droits humains et aux journalistes. Depuis 2015, quelque 7,9 millions de Vénézuélien·ne·s ont quitté le pays pour se réfugier à l’étranger. La crise humanitaire s’est poursuivie. Près de deux millions de personnes dépendaient de l’aide internationale. Aucun progrès n’a été enregistré en matière de protection des droits sexuels et reproductifs. Les personnes LGBTI et les populations indigènes étaient toujours victimes de discrimination et aucune mesure législative n’a été prise pour promouvoir leurs droits. Les activités extractives illégales et la destruction de l’environnement restaient un sujet de préoccupation majeure.

Contexte

Les résultats de l’élection présidentielle de 2024 faisaient toujours l’objet de contestations. Les élections législatives et régionales ont eu lieu respectivement en mars et en juillet, dans un climat répressif analogue à celui de l’élection présidentielle.

À partir du 2 septembre, les États-Unis ont lancé des frappes aériennes dans la mer des Caraïbes et dans le Pacifique sur 34 navires transportant, selon eux, de la drogue destinée au marché états-unien. Au moins 110 personnes auraient été ainsi exécutées de manière extrajudiciaire. Le président des États-Unis, Donald Trump, a tenté de justifier ces actes en invoquant la menace mortelle que représentaient les cargaisons supposées pour son pays. Les tensions entre les deux pays se sont accrues, en raison de la rhétorique agressive utilisée et du fait que ces attaques étaient menées près des côtes vénézuéliennes, contre des bateaux et des équipages probablement en majorité vénézuéliens.

La Commission interaméricaine des droits de l’homme a publié en janvier un rapport sur les atteintes aux droits humains commises durant la période électorale de 2024. Ce document portait sur la stratégie répressive mise en œuvre par les autorités pour empêcher toute participation de l’opposition à la vie politique, bloquer la possibilité que des élections libres puissent se tenir et instiller la peur parmi la population. La Commission a demandé en septembre à être autorisée à se rendre dans le pays pour y constater quelle était la situation en matière de droits humains. La Cour interaméricaine des droits de l’homme a quant à elle réaffirmé en août sa compétence sur le Venezuela. La Mission internationale indépendante d’établissement des faits sur la République bolivarienne du Venezuela a remis, en septembre et en décembre, deux rapports dénonçant, d’une part, les violations des droits humains perpétrées pendant la répression qui a suivi l’élection présidentielle et, d’autre part, le rôle joué par la Garde nationale bolivarienne dans des crimes contre l’humanité.

Le Bureau du procureur de la CPI et le HCDH ont annoncé la fermeture de leurs représentations respectives.

Le prix Nobel de la paix a été décerné à la dirigeante de l’opposition María Corina Machado, qui n’avait pas été autorisée à participer à l’élection présidentielle de 2024 et avait été victime de persécutions.

Répression de la dissidence

Le gouvernement a poursuivi sa politique de répression généralisée de toutes les personnes qui n’approuvaient pas sa politique, ce qui s’est traduit par de graves violations des droits humains et des crimes contre l’humanité. Le pouvoir a continué de se servir de l’appareil d’État, et notamment des forces de sécurité, des services du renseignement, de l’appareil judiciaire et d’une législation répressive – n’hésitant pas à s’appuyer également sur des groupes de civil·e·s armés – pour réprimer, étouffer et punir la dissidence et la défense des droits fondamentaux.

Détention arbitraire

Bien que moins nombreuses qu’en 2024, des détentions arbitraires à caractère politique ont encore été signalées cette année. Le gouvernement a annoncé au mois de décembre la remise en liberté d’un certain nombre de détenu·e·s, et l’ONG Forum pénal a pu confirmer que 117 personnes avaient effectivement été libérées. Sur les plus de 2 000 personnes arrêtées arbitrairement à la suite de l’élection présidentielle de 2024, 806 au moins étaient toujours en détention, en toute illégalité, au 31 décembre 2025. Celles qui avaient été relâchées faisaient toujours l’objet de poursuites judiciaires.

Les personnes arrêtées ont pour la plupart été inculpées d’infractions vagues et sans fondement (« terrorisme », « trahison ») passibles de lourdes peines. La procédure pénale suivie ne comportait toujours pas de garanties destinées à assurer l’équité des procès. Les personnes placées en détention se sont vu attribuer des avocat·e·s commis d’office qui n’avaient pas les compétences ou une volonté suffisantes pour les représenter efficacement. Les prévenu·e·s ont été jugés par des tribunaux qui n’étaient pas indépendants, notamment des « tribunaux contre le terrorisme », sans pouvoir connaître les charges et les preuves retenues contre eux, entre autres violations de leurs droits.

Outre l’utilisation des forces de sécurité et des centres de détention, le gouvernement s’appuyait en grande partie sur le ministère public, en tant qu’outil de persécution politique, et sur l’appareil judiciaire, en tant que mécanisme d’application, pour mettre en œuvre sa politique de répression de la dissidence, sous couvert de « lutte contre le terrorisme ». La participation de hauts responsables de l’État à la désignation et à la stigmatisation publique des victimes de la répression montrait bien la nature systématique de cette pratique.

Plusieurs centaines de personnes étaient toujours en détention au secret à la fin de l’année.

Disparitions forcées

On restait sans nouvelles de nombreuses personnes victimes de disparitions forcées au lendemain de l’élection de 2024 ou arrêtées en 2025. Selon l’ONG Forum pénal, au moins 63 personnes n’avaient toujours pas réapparu à la fin de l’année.

Les disparitions forcées commençaient généralement par une arrestation arbitraire par des agent·e·s de l’État, puis les autorités refusaient de donner des informations sur le sort de la personne concernée et de reconnaître même qu’elle avait été arrêtée. Rien ne filtrait ensuite du lieu et des conditions de détention de la victime. La plupart du temps, il se passait des jours, voire des mois, avant que la détention soit reconnue, et même alors, la seule certitude que pouvaient avoir les proches était que la personne se trouvait bien entre les mains de l’État. Des personnes ont été soumises à une disparition forcée au moment d’être transférées d’un centre de détention vers un autre.

Les disparitions forcées se traduisaient directement, mais pas exclusivement, par un déni systématique des garanties judiciaires. Les personnes concernées étaient soumises à un simulacre de procédure : la présentation devant un juge (qui devait intervenir dans les 48 heures suivant l’arrestation) se déroulait à huis clos et le droit à l’habeas corpus était de fait suspendu, pour ne citer que deux exemples de pratique abusive.

Impunité

Les auteur·e·s de violations des droits humains jouissaient toujours d’une impunité presque totale et l’enquête Venezuela I de la CPI n’avait guère avancé.

La Section des appels de la CPI a prié en août le procureur, Karim Khan, de se mettre en retrait de l’enquête sur le Venezuela. Cette décision faisait suite à la demande de récusation déposée un an plus tôt par une organisation qui dénonçait un possible conflit d’intérêts, en raison des liens familiaux existant entre le procureur et une avocate de l’équipe juridique représentant l’État vénézuélien devant la CPI. L’enquête a été confiée au procureur adjoint, Mame Mandiaye Niang.

L’Assemblée nationale a voté en décembre l’abrogation de la ratification par le Venezuela du Statut de Rome et son retrait de la Cour pénale internationale.

Liberté d’expression et d’association

L’ONG Espace public avait enregistré en octobre 217 cas d’atteinte à la liberté d’expression. Le Syndicat national des travailleurs et travailleuses de la presse a déploré le placement en détention d’au moins 23 personnes travaillant dans le secteur des médias. Plusieurs avaient dans un premier temps été victimes de disparition forcée. Les proches du journaliste Carlos Marcano sont ainsi restés sans nouvelles de lui pendant les 13 jours qui ont suivi son arrestation. Le journaliste et politologue Nicmer Evans a disparu pendant trois jours au mois de décembre, après avoir été conduit au centre de détention El Helicoide par des agents du Service bolivarien de renseignement national pour un « entretien ». Il était toujours en détention arbitraire à la fin de l’année.

Le projet VE sin Filtro, mis en place par l’organisation Connexion sûre et libre, a réuni des éléments montrant que plusieurs organes de presse indépendants et leurs sites Internet avaient été bloqués, sur ordre, semble-t-il, de la Commission nationale des télécommunications.

Les délais d’accréditation et d’enregistrement des ONG au titre de la Loi sur la surveillance, la régularisation, le fonctionnement et le financement des organisations non gouvernementales et des organisations sociales à but non lucratif sont respectivement arrivés à échéance en février et en mai. Cette loi s’est traduite par un rétrécissement de l’espace civique. On ignorait à la fin de l’année combien d’organisations avaient été officiellement enregistrées au titre de cette loi.

En octobre, les autorités ont encouragé la population à dénoncer les personnes potentiellement dissidentes en utilisant VenApp. Initialement destinée à permettre aux personnes de percevoir leurs prestations sociales et à signaler les carences des services publics, cette application est devenue une arme de persécution politique.

L’Observatoire vénézuélien des conflits sociaux a enregistré 2 219 manifestations en cours d’année, dont 1 129 portaient sur les droits du travail et le droit à un logement décent.

Défenseur·e·s des droits humains

Des défenseur·e·s des droits humains ont cette année encore été la cible d’arrestations arbitraires et de persécutions judiciaires. Le placement en détention au secret et la privation de garanties d’une procédure régulière étaient utilisés contre eux à titre de représailles. Javier Tarazona, Rocío San Miguel, Carlos Julio Rojas et Kennedy Tejeda étaient toujours arbitrairement privés de liberté à la fin de l’année. Carlos Julio Rojas a été placé en détention au secret pendant près de quatre mois, sans recevoir de visites de sa famille et sans contact avec le monde extérieur.

Connu pour son action en faveur des droits humains, le directeur de l’ONG Espace public, Carlos Correa, a été arrêté le 7 janvier, puis a fait l’objet d’une disparition forcée, ce qui a suscité l’inquiétude de nombreuses organisations nationales et internationales. Il a finalement été libéré de prison huit jours plus tard.

Le défenseur des droits humains et membre de l’ONG PROVEA Eduardo Torres a été arrêté arbitrairement au mois de mai. Il a été soumis à une disparition forcée pendant cinq jours puis a été détenu au secret sans pouvoir contacter un·e avocat·e de confiance, entre autres violations de procédure. Il a été autorisé en octobre à passer un appel téléphonique pour indiquer qu’il allait être transféré du centre de détention El Helicoide à la prison Yare II.

De même, Martha Lía Grajales, défenseure des droits humains au sein du collectif Surgentes, a été arrêtée au mois d’août après avoir accompagné dans une manifestation pacifique un groupe de mères de personnes emprisonnées pour raisons politiques. On est également resté sans nouvelles d’elle jusqu’à sa sortie de prison, six jours plus tard, au titre de mesures de substitution à l’emprisonnement.

Coordinateur de l’ONG Campo, le défenseur des droits humains Pedro Hernández a été arrêté en septembre. Plusieurs de ses proches qui étaient à sa recherche ont également été arrêtés de manière arbitraire avant d’être remis en liberté trois jours plus tard. Pedro Hernández a été libéré de prison en octobre.

Le Centre pour les défenseurs et la justice a recensé 455 attaques contre des défenseur·e·s des droits humains (restrictions imposées à leur action en faveur des droits fondamentaux, intimidation et criminalisation de leur action humanitaire et sociale, etc.).

Plusieurs organisations ont dénoncé le climat d’intimidation et de menace suscité par la Loi sur la surveillance, la régularisation, le fonctionnement et le financement des organisations non gouvernementales et des organisations sociales à but non lucratif, qui portait atteinte à la liberté d’association et à l’action légitime des ONG au Venezuela. Les arrestations arbitraires de militant·e·s et de journalistes se sont poursuivies tout au long de l’année, contraignant les organisations et les personnes engagées dans la défense des droits fondamentaux à choisir l’exil et à solliciter une protection internationale.

Droits des personnes réfugiées ou migrantes

Selon le HCR, quelque 7,9 millions de personnes ont quitté le Venezuela depuis 2015 pour chercher asile à l’étranger.

Au mois de juillet, 252 Vénézuéliens ont été renvoyés dans leur pays par le Salvador, après une disparition forcée de plus de trois mois. Il s’est avéré qu’ils avaient été enfermés au Centre de confinement du terrorisme (CECOT) du Salvador, où ils avaient été transférés depuis les États-Unis.

Des centaines de personnes qui espéraient obtenir une protection internationale aux États-Unis ont été illégalement expulsées et renvoyées au Venezuela, où elles étaient exposées aux persécutions du régime.

Droits économiques, sociaux et culturels

Selon le Centre de documentation et d’analyse sociale de la Fédération vénézuélienne des enseignants, le Fonds monétaire international estimait que l’inflation allait atteindre 269,9 % à la fin de l’année. Le prix du panier alimentaire de base pour une famille de cinq personnes était de 503,73 dollars des États-Unis au mois d’avril, soit 45 335,73 bolivars, alors que le salaire minimum mensuel était gelé depuis 2022 à 130 bolivars, ce qui représentait fin 2025 moins d’un dollar au taux de change officiel. Cet écart illustrait à quel point le pouvoir d’achat s’était encore dégradé.

Selon le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, 1,9 million de personnes ont bénéficié d’une aide humanitaire entre janvier et novembre.

L’année a été marquée par de nouvelles coupures d’eau et d’électricité, ainsi que par des manifestations dénonçant l’insuffisance des services essentiels.

Droits sexuels et reproductifs

Aucun progrès n’a été enregistré concernant les droits sexuels et reproductifs, notamment l’accès à l’avortement et les méthodes de planification familiale. L’État n’a ni élaboré ni mis en œuvre de politiques publiques destinées à assurer le respect et l’application effective de ces droits. L’absence de statistiques officielles rendait en outre difficile la création de politiques concrètes reposant sur des données probantes et leur évaluation. L’avortement était toujours considéré dans la plupart des cas comme une infraction pénale.

Droits des personnes LGBTI

La situation concernant les droits des personnes LGBTI ne s’est pas améliorée. Selon le HCDH, les personnes transgenres placées en détention l’étaient en fonction du sexe qui leur avait été attribué à la naissance, ce qui les exposait à des risques supplémentaires. Le Haut-Commissariat a par ailleurs dénoncé le discours sexiste et hostile aux personnes LGBTI adopté par les autorités dans les médias publics pour discréditer certains membres et sympathisant·e·s de l’opposition. Les organisations de défense des droits des personnes LGBTI ont continué à demander que soit approuvée en deuxième lecture la proposition de loi organique sur l’équité et l’égalité des genres, soumise en 2009.

Droits des peuples autochtones

L’absence de garanties et de respect des droits des peuples indigènes constituait toujours un motif de préoccupation.

En janvier, plusieurs communautés indigènes yekuanas habitant l’État d’Amazonas ont signalé la naissance d’un conflit causé par des activités minières illégales menées sur leur territoire.

Selon des informations parues en octobre sur des chaînes numériques, 14 personnes appartenant au peuple Sanemá ont été diagnostiquées porteuses de la tuberculose. Cette annonce a suscité une vive inquiétude parmi les organisations de la société civile concernant le manque de données sur les taux de morbidité et de mortalité au sein des communautés indigènes.

Droit à un environnement sain

Les autorités ont annoncé qu’elles avaient fait part au secrétaire exécutif de la Convention-cadre sur les changements climatiques [ONU] de leur engagement à respecter la justice environnementale, à lutter contre la crise climatique et à mener des projets d’atténuation et d’adaptation.

La presse a continué d’alerter sur les conséquences des activités extractives illégales et de la destruction de l’environnement. Un rapport sur les activités extractives illégales et les droits fondamentaux publié par plusieurs ONG a indiqué que le manque de données fiables et l’absence de dispositifs de suivi entravaient la gestion climatique, en dépit des déclarations officielles dans ce domaine.

L’ONG SOS Orinoco a recensé au cours du premier trimestre 10 accidents liés à des activités minières, qui ont fait 10 morts au total. La presse a signalé en octobre la mort de 14 mineurs dans l’État de Bolívar, tués par une inondation de la mine d’or où ils travaillaient. On ignorait si les exploitants disposaient de toutes les autorisations nécessaires. Les autorités n’ont pas fait de commentaires à ce sujet.

Le Venezuela n’avait toujours pas ratifié l’Accord d’Escazú à la fin de l’année.

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