La Haute Cour de justice britannique a rendu son avis : interdire Palestine Action en vertu de la législation antiterroriste est illégal. Des milliers de personnes qui manifestaient pacifiquement en soutien contre son interdiction avaient été arrêtées par la police. La décision de la justice, réaffirmant le droit de manifester, est un véritable soulagement pour les personnes poursuivies.
Les images ont choqué. Samedi 6 septembre 2025, devant le Parlement britannique à Londres, près de 900 manifestant·es pacifiques sont embarqué·es par les forces de police. La plupart sont des personnes âgées, qui peinent à suivre les policiers dans les fourgons. Ces personnes manifestaient en soutien à Palestine Action, interdite depuis le mois de juillet au Royaume-Uni.
L’interdiction de Palestine Action entrainait de fait la criminalisation de ses membres et ses soutiens. Toute personne qui est membre ou qui soutient Palestine Action encourait le risque d’être condamnée jusqu’à 14 années de prison.
La justice britannique réaffirme le droit de manifester
C’est une victoire pour nos droits et nos libertés. Le 13 février 2026, la Haute Cour de justice britannique a déclaré illégale l’interdiction de Palestine Action. Ce mouvement de solidarité avec les populations Palestiniennes avait été interdit au titre de la législation antiterroriste en juillet 2025.
La décision de la Haute Cour envoie un message clair : le gouvernement ne peut pas simplement recourir à des pouvoirs antiterroristes étendus pour faire taire les critiques ou réprimer la dissidence.
Après l’interdiction de Palestine Action, des milliers de personnes qui manifestaient pacifiquement avaient été embarquées par la police britannique. Elles étaient arrêtées pour le simple fait d’avoir brandi des pancartes. “Je m’oppose au génocide, je soutiens Palestine Action”. La décision de la justice britannique représente ainsi un espoir pour toutes ces personnes qui étaient la cible de poursuites judiciaires.
Amnesty International Royaume-Uni était intervenu dans cette affaire devant la justice. Notre mouvement arguait que la désignation de Palestine Action comme “organisation terroriste” constituait une violation des droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.
Une démocratie qui fonctionne sainement repose sur la capacité des citoyen·nes à s’organiser, à manifester et à exiger des comptes sans craindre de représailles. Cette décision de la justice britannique est ainsi une avancée importante pour réaffirmer notre droit à manifester dans un contexte où ce droit est de plus en plus menacé à travers le monde.
Une vague d’arrestations visant des manifestants pacifiques
Depuis l’interdiction de Palestine Action, près de 1600 personnes qui ont soutenu publiquement l’organisation ont été arrêtées sur le territoire du Royaume-Uni.
Lors d’une manifestation contre son interdiction sur la place du Parlement à Londres le 9 août, 522 personnes avaient été arrêtées. La moitié de ces personnes avaient plus de 60 ans selon les données de la police métropolitaine. Le 6 septembre, 890 personnes ont été embarquées par la police au cours d’une nouvelle manifestation.
Ces personnes manifestaient pacifiquement en brandissant des pancartes « Je m’oppose au génocide, je soutiens Palestine Action« . Elles risquent pour la plupart jusqu’à 6 mois de prison en vertu de la loi antiterrorisme.
La police a affirmé que la manifestation du 6 septembre aurait dégénéré en violences, ce que nous démentons. Nous avons en effet déployé des observateur·ices sur place. Ils et elles ont pu observer que les manifestations se sont déroulées de manière pacifique. Quelques manifestant·es ont crié des insultes envers les policiers et certain·es ont tenté de les empêcher d’emmener des personnes arrêtées. Cependant, nos observateur·ices ont témoigné du comportement agressif de certains policiers envers les manifestant·es. Les forces de police ont repoussé violemment des personnes et ont eu recours à leurs matraques pour disperser la foule alors que des manifestant·es étaient arrêté·es et embarqué·es dans des fourgons de police.
© HENRY NICHOLLS / AFP
Des manifestants brandissent des pancartes « Je m’oppose au génocide, je soutiens Palestine Action » et « Les tribunaux sont destinés aux criminels de guerre » lors d’une manifestation de soutien à Palestine Action, le 9 août 2025 à Londres.
Des porte-parole de Defend Our Juries perquisitionnés et arrêtés
Quelques jours avant la manifestation du 6 septembre, cinq personnes ont été la cible de perquisitions et d’arrestations à leur domicile, toujours au nom de la loi antiterrorisme. Il s’agit de cinq porte-parole de Defend Our Juries (DOJ), un mouvement citoyen qui a organisé les manifestations de solidarité envers Palestine Action.
Les manifestations pacifiques de masse qu'ils [Defend Our Juries] ont organisées ces dernières semaines sont protégées par le droit international relatif aux droits humains. Le fait qu'ils risquent jusqu'à 14 ans de prison illustre de manière effrayante la volonté des autorités britanniques de recourir à des pratiques autoritaires pour faire taire la dissidence.
Les porte-parole de Defend Our Juries ont depuis été libérés sous caution et sous de strictes conditions. Ils sont poursuivis devant la justice britannique, accusés d’avoir organisé et pris la parole lors d’appels Zoom pour briefer les manifestant·es en amont de la manifestation pacifique du 6 septembre.
L’action en solidarité avec la Palestine réprimée dans le reste du monde
En Europe et dans le reste du monde, on observe un mouvement inquiétant de recours à des législations antiterroristes ou des législations relatives à la sécurité pour empêcher l’expression de la solidarité avec le peuple palestinien.
En France, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a annoncé en mai son intention de dissoudre Urgence Palestine, arguant de l’incitation à « la haine, à la discrimination et à la violence” du collectif.
En Allemagne, nous avions dénoncé la violente répression des manifestations en solidarité avec la Palestine.
Aux Etats-Unis, l’expression de la solidarité envers les Palestinien·nes est également vivement réprimée. Trois organisations palestiniennes de défense des droits humains ont été visées par des sanctions par le gouvernement pour des activités en lien avec la Cour pénale internationale. Nous avons enquêté sur la manière dont les autorités américaines utilisent des outils d’intelligence artificielle pour surveiller les étudiants internationaux qui s’expriment en faveur des droits de la population palestinienne. L’arrestation et la détention de Mahmoud Khalil, ancien étudiant de l’université de Columbia, illustre la liberté d’expression bafouée aux Etats-Unis. Il a depuis été libéré de prison.
De graves atteintes aux libertés
Le recours à la loi antiterroriste au Royaume-Uni pour empêcher l’action citoyenne en solidarité avec la Palestine menace à la fois la liberté d’expression, d’association, de réunion pacifique et la liberté de manifestation.
La restriction des discours ou des manifestations n’est autorisée que lorsqu’ils incitent à la violence, à la haine ou à la discrimination. Exprimer son soutien envers Palestine Action n’entre pas dans cette catégorie.
L’arrestation et la poursuite des manifestants pacifiques constitue une violation des obligations du Royaume-Uni en vertu du droit relatif aux droits humains.
Amnesty International demande la libération immédiate et sans conditions de ces personnes et appelle une nouvelle fois le gouvernement à cesser de criminaliser les manifestants pacifiques.
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Exigeons la fin des poursuites envers les manifestant·es au Royaume-Uni !
Plus de 70 manifestant·es pacifiques soutenant Palestine Action sont inculpées d’infractions liées au terrorisme. L’arrestation et la poursuite de manifestant·es pacifiques bafoue les obligations internationales du Royaume-Uni en matière de protection de la liberté d’expression et de réunion pacifique.
