Des policiers arrêtent des manifestants lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Levez l'interdiction) en soutien à Palestine Action, le 9 août 2025, à Londres.
© HENRY NICHOLLS / AFP

La justice britannique a tranché en appel : Palestine Action est désormais classée sur la liste des organisations terroristes et interdite au Royaume-Uni. Depuis son interdiction, plus de 3000 personnes ont été arrêtées par la police à travers le pays pour avoir manifesté pacifiquement leur soutien au collectif. Le droit de manifester outre-Manche est gravement en danger.   

Les images choquent. Des manifestant·es pacifiques, qui brandissent des pancartes “Je m’oppose au génocide, je soutiens Palestine Action” sont embarquées par les forces de police dans tout le Royaume-Uni. Parmi eux, de nombreuses personnes âgées, en fauteuil roulant, qui peinent à suivre les policiers dans les fourgons.  

Leur crime ? Soutenir Palestine Action, un mouvement de solidarité avec la population palestinienne. Palestine Action a été interdite et classée en juillet 2025 sur la liste des organisations terroristes au Royaume-Uni, au même titre qu’Al-Qaïda, criminalisant de fait tous ses soutiens.  

Une vague d’arrestations visant des manifestants pacifiques   

Depuis l’interdiction de Palestine Action, plus de 3000 personnes qui ont soutenu publiquement l’organisation ont été arrêtées sur le territoire du Royaume-Uni.   

522 arrestations

lors d’une manifestation de soutien à Palestine Action le 9 août 2025. La moitié de ces personnes avaient plus de 60 ans selon les données de la police métropolitaine.

Près de 900 arrestations

de manifestant·es pacifiques le 6 septembre 2025 devant le Parlement britannique à Londres.

© HENRY NICHOLLS / AFP

Des manifestants brandissent des pancartes « Je m’oppose au génocide, je soutiens Palestine Action » et « Les tribunaux sont destinés aux criminels de guerre » lors d’une manifestation de soutien à Palestine Action, le 9 août 2025 à Londres.

L’interdiction de Palestine Action entraine de fait la criminalisation de ses membres et ses soutiens en vertu de la loi antiterrorisme :  

  • Toute personne qui est membre ou qui organise un événement en soutien à Palestine Action risque d’être condamnée jusqu’à 14 années de prison.   
  • Toute personne qui manifeste pacifiquement en soutien à Palestine Action (en brandissant des pancartes par exemple) risque jusqu’à 6 mois de prison

La police a affirmé que la manifestation du 6 septembre aurait dégénéré en violences, ce que nous démentons. Nous avons en effet déployé des observateur·ices sur place. Ils et elles ont pu observer que les manifestations se sont déroulées de manière pacifique. Quelques manifestant·es ont crié des insultes envers les policiers et certain·es ont tenté de les empêcher d’emmener des personnes arrêtées. Cependant, nos observateur·ices ont témoigné du comportement agressif de certains policiers envers les manifestant·es. Les forces de police ont repoussé violemment des personnes et ont eu recours à leurs matraques pour disperser la foule alors que des manifestant·es étaient arrêté·es et embarqué·es dans des fourgons de police. 

Les organisateurs d’événements de soutien pacifique perquisitionnés et arrêtés

Quelques jours avant la manifestation du 6 septembre, cinq personnes ont été la cible de perquisitions et d’arrestations à leur domicile, toujours au nom de la loi antiterrorisme. Il s’agit de cinq porte-parole de Defend Our Juries (DOJ), un mouvement citoyen qui a organisé les manifestations de solidarité envers Palestine Action.   

Les porte-parole de Defend Our Juries ont depuis été libérés sous caution et sous de strictes conditions. Ils sont poursuivis devant la justice britannique, accusés d’avoir organisé et pris la parole lors d’appels Zoom pour briefer les manifestant·es en amont de la manifestation pacifique du 6 septembre.  

Les manifestations pacifiques de masse qu’ils [Defend Our Juries] ont organisées ces dernières semaines sont protégées par le droit international relatif aux droits humains. Le fait qu’ils risquent jusqu’à 14 ans de prison illustre de manière effrayante la volonté des autorités britanniques de recourir à des pratiques autoritaires pour faire taire la dissidence.” Kerry Moscogiuri, directrice des Campagnes et de la Communication à Amnesty International Royaume-Uni  

De graves atteintes aux libertés 

Le recours à la loi antiterroriste au Royaume-Uni pour empêcher l’action citoyenne en solidarité avec la Palestine menace à la fois la liberté d’expression, d’association, de réunion pacifique et la liberté de manifestation.  

La restriction des discours ou des manifestations n’est autorisée que lorsqu’ils incitent à la violence, à la haine ou à la discrimination. Exprimer son soutien envers Palestine Action n’entre pas dans cette catégorie. 

L’arrestation et la poursuite des manifestants pacifiques constitue une violation des obligations du Royaume-Uni en vertu du droit relatif aux droits humains. 

Amnesty International demande la libération immédiate et sans conditions de ces personnes et appelle une nouvelle fois le gouvernement à cesser de criminaliser les manifestants pacifiques.

Kerry Moscogiuri, directrice des Campagnes et de la Communication à Amnesty International Royaume-Uni

Quatre jeunes militant·es de Palestine Action condamné·es pour terrorisme

Quelques jours à peine avant que l’interdiction du collectif soit confirmée par la justice, quatre jeunes militant·es de Palestine Action ont reçu des peines pour terrorisme.

Ils ont entre 21 et 30 ans. Charlotte Head (29 ans), Samuel Corner (23 ans), Leona Kamio (30 ans) ; et Fatema Rajwani (21 ans) ont été condamnés à des peines de cinq à sept années de prison le 12 juin 2026 et étiquetés comme terroristes pour le reste de leur vie. Ils ont reçu cette condamnation pour les dommages matériels qu’ils ont infligé lors d’une action directe à l’usine d’Elbit Systems près de Bristol, l’une des principales sociétés d’armement israélienne.  

La sentence est lourde de conséquences. C’est la première fois que des dommages matériels sont considérés comme relevant d’actes de terrorisme au sein du système judiciaire britannique. La justice britannique a voulu créer un précédent pour empêcher toute action directe de la part de manifestants.  

Il s’agit d’une grave menace sur le droit de manifester au Royaume-Uni et d’une nouvelle étape dans la lourde répression contre ce droit dans le pays. Les lois antiterroristes ne devraient jamais être utilisées contre les manifestants qui recourent à l’action directe.  

L’action en solidarité avec la Palestine réprimée dans le reste du monde 

En Europe et dans le reste du monde, on observe un mouvement inquiétant de recours à des législations antiterroristes ou des législations relatives à la sécurité pour empêcher l’expression de la solidarité avec le peuple palestinien.   

Exigeons la fin des poursuites envers les manifestant·es au Royaume-Uni !  

Plus de 70 manifestant·es pacifiques soutenant Palestine Action sont inculpées d’infractions liées au terrorisme. L’arrestation et la poursuite de manifestant·es pacifiques bafoue les obligations internationales du Royaume-Uni en matière de protection de la liberté d’expression et de réunion pacifique.