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Afghanistan. Les autorités doivent protéger les journalistes et le journalisme dans un contexte d’escalade de la violence

Les autorités afghanes doivent prendre des mesures urgentes pour mieux protéger les journalistes, a déclaré Amnesty International à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, après une année d’intensification des menaces, des actes d’intimidation, du harcèlement et des attaques violentes visant les professionnel·le·s des médias dans le pays.

Au moins 11 journalistes ont été tués en 2020 lors d’attaques ciblées en Afghanistan, et quatre autres l’auraient déjà été cette année. Presque aucun de ces homicides, toujours perpétrés par des hommes armés non identifiés, n’a donné lieu à une enquête. Des dizaines d’autres ont été blessés, et les journalistes sont régulièrement la cible de menaces, d’actes d’intimidation et de harcèlement en raison de leur travail. Face à cette situation terrible et à de multiples « listes de cibles » en accès libre visant des journalistes, ils sont nombreux à quitter le pays.

Le Comité conjoint pour la sécurité et la protection des journalistes, un organisme créé par le gouvernement afghan en 2016 pour répondre aux risques encourus par les professionnel·le·s des médias, a fourni des efforts limités pour endiguer la violence.

« En faisant simplement leur travail, les journalistes présents en Afghanistan s’exposent à de graves dangers chaque jour. La vague d’homicides, de harcèlement et d’intimidation a beau s’intensifier, elle ne rencontre pas une réponse forte des autorités. Le niveau de protection accordé aux journalistes est terriblement insuffisant, a déclaré Samira Hamidi, chargée de campagne sur l’Asie du Sud à Amnesty International.

« Ce manque de sécurité menace non seulement des vies, mais aussi l’avenir d’une presse libre et indépendante en Afghanistan. Le Comité conjoint pour la sécurité et la protection des journalistes doit prendre des mesures efficaces, en commençant par montrer que les attaques contre des journalistes ne peuvent et ne doivent pas se produire en toute impunité. Il doit mener des enquêtes approfondies, efficaces et transparentes sur les homicides et veiller à ce que les responsables présumés de ces actes soient traduits en justice et jugés dans le respect des normes d’équité des procès. »

Amnesty International s’est entretenue avec trois journalistes afghans au sujet de leur expérience et du soutien qu’ils ont reçu.

Muhammad Tariq Azim, reporter d’images pendant plus d’une décennie et actuellement à la tête de l’agence de presse Sputnik News en Afghanistan, a déclaré :

« Le travail des médias en Afghanistan ressemble à un champ de bataille. Les homicides ciblés et les assassinats de journalistes, ainsi que le musellement de la liberté d’expression, sont les plus graves inquiétudes pour les journalistes afghans.

« Divers plans et politiques ont été proposés par des organisations soutenant les journalistes, mais les mesures concrètes pour accélérer leur protection ne sont pas là. »

Les efforts pour protéger les journalistes jusqu’à présent ont été ponctuels et tou·te·s n’ont pas accès au même soutien. Ceux et celles avec qui Amnesty International a pu parler ont indiqué que le soutien des autorités est souvent proposé en fonction des contacts personnels ou des liens ethniques. L’accès aux informations relatives au Comité et à son impact sur la protection des journalistes est également très limité.

Frishta Aslamzadeh, journaliste pour Zan TV, a déclaré :

« Le mécanisme de protection pour les journalistes travaillant dans des médias locaux est très insuffisant. Je ne bénéficie d’aucun soutien. En revanche, quand vous regardez les organes de presse internationaux, ils ont de meilleurs systèmes en place pour leurs salarié·e·s.

« Certains mécanismes de protection mis en place ne sont pas accessibles ou apportent leur soutien de façon sélective aux journalistes. Il faut de toute urgence protéger les journalistes et accorder une attention égale à tous les journalistes et professionnel·le·s des médias. »

Faute de protection des autorités, les journalistes dépendent du soutien d’ONG locales.

Baes Hayat, journaliste depuis presque 10 ans pour Ariana News, a déclaré :

« La seule aide à la protection que j’ai reçue est celle du Comité pour la sécurité des journalistes [une ONG locale], qui a fourni des gilets pare-balles et des casques à certains organes de presse. Aucune autre mesure n’a été prise pour aider et protéger les journalistes. »

Complément d’information

Pour en savoir plus sur le Comité conjoint pour la sécurité et la protection des journalistes, consultez cette page (en anglais).

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