Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Togo en 2025.
La liberté d’expression a été sévèrement restreinte ; des médias ont été suspendus, l’accès à Internet a été perturbé et des personnes ayant critiqué le gouvernement ont été placées en détention arbitraire. Les manifestations pacifiques ont été régulièrement interdites et des cas de torture et de recours excessif à la force contre des manifestant·e·s par les forces de sécurité ont été signalés. Le président a promulgué une loi de lutte contre le changement climatique.
Contexte
À la suite de l’adoption de la nouvelle Constitution en avril 2024, les pouvoirs se sont retrouvés concentrés entre les mains du président du Conseil des ministres – c’est-à-dire le chef du parti majoritaire –, fonction prise en mai par l’ancien président Faure Gnassingbé, qui était au pouvoir depuis 2005.
La propagation du conflit dans le Sahel central a provoqué un afflux de réfugié·e·s dans le nord du Togo, ainsi que le déplacement de milliers de Togolais et Togolaises à l’intérieur du pays. Entre janvier et août, une soixantaine de personnes ont été tuées dans des attaques perpétrées par des groupes armés dans la région des Savanes (nord du pays), où l’état d’urgence sécuritaire a été prolongé d’un an en mars.
Liberté d’expression
Le 6 juin, la gendarmerie a arrêté une correspondante de TV5 Monde qui couvrait une manifestation, et l’a obligée à supprimer les images qu’elle avait filmées.
Les médias Radio France Internationale et France 24 étaient toujours suspendus à la fin de l’année après avoir reçu, le 16 juin, un avis de suspension de trois mois adressé par la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). La HAAC a affirmé que ces médias avaient relayé des propos « inexacts, tendancieux, voire contraires aux faits établis ».
L’accès à Internet a été perturbé entre juin et septembre. Les réseaux sociaux ont été particulièrement touchés.
Arrestations et détentions arbitraires
Le 12 janvier, l’artiste Honoré Sokpor a été arrêté après avoir publié sur Facebook un poème qui dénonçait les procédés arbitraires et oppressifs du gouvernement. Il a été inculpé, entre autres, d’incitation à la rébellion contre l’État. Il a été libéré sous caution en décembre.
Le 26 mai, le chanteur et militant Aamron a utilisé les réseaux sociaux pour appeler la population à se mobiliser contre le gouvernement. Il a été arrêté la nuit suivante à son domicile à Lomé, la capitale, sans convocation préalable ni mandat d’arrêt. Libéré le 21 juin, il a déclaré avoir été interné de force dans un hôpital psychiatrique et contraint de prendre des médicaments. Aamron a été de nouveau arrêté le 19 septembre et placé en garde à vue pour « incitation de la population à la révolte », entre autres chefs d’accusation. Il a été relâché quelques heures plus tard sous contrôle judiciaire.
Armand Agblézé et Oséi Agbagno, membres de l’organisation de la société civile Tournons la page (mouvement réclamant un changement démocratique et une bonne gouvernance) ont été arrêtés à Lomé le 22 août. Ils avaient participé à une réunion en lien avec des manifestations prévues le 30 août. Inculpés de plusieurs charges, dont « troubles aggravés à l’ordre public », ils ont été remis en liberté sous caution en décembre.
Le 17 septembre, l’ancienne ministre de la Défense Marguerite Gnakadé a été arrêtée pour avoir publié des articles et des vidéos dénonçant la mauvaise gouvernance du pays et réclamant la démission de Faure Gnassingbé. Accusée notamment d’incitation à la révolte contre les autorités étatiques et de publication de fausses nouvelles, elle se trouvait toujours en détention à la fin de l’année.
Liberté de réunion pacifique
En juin, les manifestations se sont multipliées contre la répression de la dissidence pacifique, la crise liée au coût de la vie et les modifications de la Constitution1. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains a indiqué qu’au moins 81 manifestant·e·s avaient été arrêtés les 5 et 6 juin. Selon le procureur de la République, 56 d’entre eux ont été libérés le 9 juin. Les autres ont été remis en liberté sous caution le 31 décembre à la faveur d’une mesure de clémence.
La violente répression des manifestations à Lomé s’est intensifiée entre le 26 et le 30 juin. Des victimes et des témoins ont affirmé que les forces de sécurité avaient fait un usage illégal de la force et infligé des mauvais traitements à des manifestant·e·s, des passant·e·s et d’autres personnes vivant à proximité des lieux de manifestation2. Dans une déclaration diffusée le 29 juin, des organisations de la société civile togolaises ont fait état de la mort de sept personnes, dont les corps ont été retrouvés dans des étendues d’eau à Lomé, ainsi que de « coups » et de « l’arrestation arbitraire de passants, de jeunes et de personnes âgées ». Elles ont également signalé que des jeunes, dont des mineur·e·s, avaient été poursuivis par les forces de sécurité et été obligés de « se réfugier dans la lagune ». Aucune information n’a été rendue publique sur l’avancement de l’enquête annoncée par le procureur de la République en juillet à propos de la mort de cinq personnes dont les corps avaient été retrouvés dans des étendues d’eau.
Le 30 août, les autorités ont interdit une manifestation contre la mauvaise gouvernance du pays et les restrictions pesant sur les droits humains organisée par le Mouvement du 6 juin (M66), un collectif d’artistes et de blogueurs et blogueuses de la diaspora. Le même jour, les forces de sécurité ont encerclé les domiciles de plusieurs personnalités de premier plan qui avaient soutenu l’appel à manifester du M66.
Torture et autres mauvais traitements
Quatorze personnes parmi celles arrêtées lors des manifestations des 5 et 6 juin ont affirmé, certificats médicaux à l’appui, avoir subi des actes de torture et d’autres mauvais traitements en détention. À la fin de l’année, les plaintes déposées par les victimes auprès du Tribunal militaire n’avaient donné lieu à aucune enquête.
Droit à un environnement sain
Le président a promulgué en avril une loi visant à mieux réguler les effets du changement climatique causé par les activités humaines. Celle-ci prévoyait notamment des mécanismes pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
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