Accéder au contenu
Menu
Agir
Faire un don
ou montant libre :
/mois
Grâce à la réduction d'impôts de 66%, votre don ne vous coûtera que : € 5.1/mois
Agir

Aujourd’hui, nous avons besoin de vous pour continuer

Amnesty International est une des rares associations à financer l’essentiel de ses actions grâce à la générosité de ses membres et donateurs. Nous ne pouvons plus mener à bien certaines de nos opérations de collecte de fonds, mais vous pouvez continuer à nous soutenir en ligne.

©Rosmarie Wirz/Getty Images

©Rosmarie Wirz/Getty Images

©Rosmarie Wirz/Getty Images

Ouzbékistan

LES DROITS HUMAINS EN OUZBÉKISTAN EN 2019

Les médias indépendants étaient plus nombreux à pouvoir mener leur travail mais les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique demeuraient soumis à un contrôle strict. Une blogueuse a été détenue dans un hôpital psychiatrique pendant trois mois pour avoir assuré la couverture médiatique d’une manifestation.

Des défenseurs des droits humains se voyaient refuser l’enregistrement d’une ONG travaillant sur l’obligation de rendre des comptes.

Les lesbiennes, les gays et les personnes bisexuelles, transgenres ou intersexes (LGBTI) étaient systématiquement victimes de discrimination et subissaient des violences et des manœuvres de harcèlement et d’intimidation aux mains de la police et d’acteurs non gouvernementaux.

Malgré des réformes du système de justice pénale et la fermeture de centres de détention connus pour les actes de torture qui y étaient pratiqués, l’impunité restait de mise quant aux violations commises dans le passé. Aucun véritable mécanisme indépendant de contrôle des plaintes et des conditions de détention n’était en place.

Les élections de la chambre basse du Parlement en décembre étaient annoncées sous le slogan « nouvel Ouzbékistan, nouvelles élections », dans la lignée du programme de réforme initié par le président Chavkat Mirziyoyev. Cependant, les observateurs électoraux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont souligné avec préoccupation qu’aucun parti politique d’opposition indépendant n’avait été autorisé à participer. Les cinq partis qui présentaient des candidats étaient tous des partisans du président Chavkat Mirziyoyev.

Cependant, les candidats ont eu à répondre à des questions précises et critiques de la part des médias et du public lors des rassemblements de campagne, ce qui n’était pas le cas lors des élections précédentes.

Ces élections ont vu l’arrivée d’une nouvelle génération de parlementaires. Une majorité des élus étaient âgés de moins de 50 ans, et pour la première fois, 30 % des représentants élus étaient des femmes.

LIBERTÉ D’EXPRESSION, DE RÉUNION ET D’ASSOCIATION – DÉFENSEURS ET DÉFENSEURES DES DROITS HUMAINS ET JOURNALISTES INDÉPENDANTS

Contrairement aux années précédentes, des antennes de médias internationaux tels que, entres autres, Voice of America et BBC, ont pu mener leur travail en Ouzbékistan et collaborer avec des journalistes locaux.

Néanmoins, les droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association demeuraient strictement sous contrôle et les militants et militantes de la société civile étaient réprimés en raison de leurs activités pacifiques.

Les défenseurs et défenseures des droits humains et les journalistes indépendants, notamment ceux libérés de prison depuis 2017, ainsi que leurs familles, étaient toujours surveillés de près et faisaient l’objet de menaces, de manœuvres d’intimidation et d’arrestations arbitraires par les forces de police et du Service de sécurité de l’État (SGB). En septembre, des agents du SGB ont tenté d’empêcher le journaliste indépendant Bobomourod Abdoullaïev et le militant Agzam Tourgounov de rencontrer le Rapporteur spécial des Nations unies sur l’indépendance des juges et des avocats en visite dans le pays.

Les autorités refusaient toujours d’enregistrer l’ONG indépendante Restoration of Justice, créée par Agzam Tourgounov, Dilmourod Saïdov et Azam Farmonov, anciens prisonniers et défenseurs des droits humains, au motif de points de détails mineurs.

Le 23 septembre, Nafossat Ollochkourova , une blogueuse et militante défendant les droits humains, a été battue et arrêtée par la police à Khorezm lors d’une manifestation pacifique qu’elle couvrait pour son blog Facebook. Elle a été condamnée à 10 jours de détention administrative et le 26 septembre, elle a été transférée contre son gré dans un hôpital psychiatrique à Ourguentch. Un tribunal l’a ensuite condamnée à une obligation de soins psychiatriques de deux mois. Elle avait seulement des contacts limités avec son avocat et sa famille, et n’était pas autorisée à les rencontrer en privé. Une cour d’appel a prolongé son obligation de soins psychiatriques jusqu’au 28 novembre. Suite à la mobilisation internationale en sa faveur, elle a été libérée le 28 décembre après qu’une commission médicale a déclaré ne trouver aucun motif justifiant de prolonger son hospitalisation forcée.

DROITS ÉCONOMIQUES SOCIAUX ET CULTURELS

Des projets de réhabilitation urbaine dans la capitale de Tachkent et d’autres villes ont donné lieu à des manifestations populaires contre les destructions massives de centaines d'habitations, situées pour la plupart dans des quartiers traditionnels (mahallas). Les propriétaires et les locataires se sont plaints de n'avoir pas été prévenus de leur expulsion en temps voulu et de ne pas s'être vu offrir une solution de relogement ou une indemnisation satisfaisante.

Bien que le gouvernement ait largement fait valoir l’interdiction du travail forcé dans l’industrie cotonnière, qui semblait par ailleurs appliquée, des observateurs indépendants ont recensé la réquisition de dizaines de milliers de fonctionnaires, de membres du personnel militaire et de prisonniers pour l’exploitation des champs de coton.

DROITS DES LESBIENNES, DES GAYS ET DES PERSONNES BISEXUELLES, TRANSGENRES OU INTERSEXES

Les autorités refusaient de dépénaliser les relations sexuelles consenties entre hommes et d’abroger l’article 120 du Code pénal, soutenant que les relations non hétérosexuelles contrevenaient aux « traditions » de la culture nationale et aux « normes morales » .

Les personnes LGBTI étaient systématiquement victimes de discrimination et de violences aux mains de la police et du SGB. La police arrêtait régulièrement des hommes homosexuels ou bisexuels et des personnes transgenres, les menaçait de les emprisonner en vertu de l’article 120, les intimidait, les soumettait à des violences physiques ou sexuelles et au chantage afin de leur extorquer des fonds ou de les forcer à collaborer avec eux. Les lesbiennes et les femmes bisexuelles étaient également prises pour cibles. Des acteurs non étatiques agressaient physiquement et sexuellement les personnes LGBTI, et dans certains cas, filmaient leurs agressions pour les diffuser sur les réseaux sociaux.

Les groupes de défense des droits humains des personnes LGBTI ne pouvaient pas mener leurs activités en sécurité et les autorités réprimaient toute tentative d'attirer l'attention sur leur situation.

TORTURE ET AUTRES MAUVAIS TRAITEMENTS

Dans ses observations finales à la suite du cinquième Examen périodique de l’Ouzbékistan en novembre, le Comité contre la torture des Nations unies s'est dit très préoccupé « par les informations selon lesquelles des actes de torture et des mauvais traitements continu[ent] d'être couramment commis par des fonctionnaires chargés du maintien de l’ordre et des enquêtes ou par des agents pénitentiaires, à leur instigation ou avec leur consentement ». Des avocats, des défenseurs des droits humains et des proches de victimes ont également signalé que des agents de police et du SGB, des gardiens de prison et des prisonniers continuaient d’avoir recours à la torture et à d’autres mauvais traitements afin d’obtenir des « aveux » ou dans le but de punir des suspects et des détenus.

Le 26 juin, le tribunal pénal de la ville de Tachkent a reconnu l’ancien Procureur général Rachitjon Kadirov et ses 12 coaccusés coupables d’abus de pouvoir et d’infractions à caractère financier et a condamné Rachitjon Kadirov à 10 ans d’emprisonnement. Le tribunal a rejeté les allégations selon lesquelles les « aveux » avaient été obtenus sous la torture, bien que ces plaintes aient été appuyées par des éléments de preuve crédibles. Des sources proches de Rachitjon Kadirov ont signalé qu’il avait été soumis à des violences physiques, à des simulacres d’exécution, à la privation de sommeil et à d’autres mauvais traitements visant à le contraindre à se mettre en cause lui-même et à incriminer d’autres personnes.

VIOLENCES SEXUELLES

Lors de l'examen du Comité contre la torture, les autorités ont soutenu que le bureau du médiateur n'avait reçu aucune plainte concernant des violences sexuelles en détention, et elles ont nié le recours courant à cette pratique à l’encontre des personnes détenues.

Des défenseurs et défenseures des droits humains, des avocats et des militants et militantes LGBTI ont confirmé que des agents de police, des membres du SGB, des gardiens de prison et des prisonniers avaient fréquemment recours aux violences et aux agressions sexuelles dans le but de punir les prisonniers et de les forcer à incriminer d’autres détenus. Parmi les méthodes de torture utilisées, les agents violaient des hommes avec des bouteilles et des matraques, attachaient des lourdes bouteilles remplies d’eau à leurs parties génitales, ou enveloppaient leurs parties génitales avec du papier journal qu’ils enflammaient. Les prisonniers homosexuels et bisexuels et toutes les personnes soumises au viol ou soupçonnées d’être homosexuelles avaient le statut le plus bas dans la hiérarchie officieuse des prisons et étaient souvent traités en esclaves par les autres détenus et les gardiens, qui les forçaient à nettoyer les toilettes sales à mains nues par exemple.

IMPUNITÉ

Les autorités ont nié le fait que d’anciens prisonniers tels que des journalistes, des militants politiques de l’opposition et d’anciens représentants de l’État, y compris des prisonniers d’opinion, ont été torturés dans le but d’obtenir des « aveux » et de punir la dissidence. Dans une réponse écrite au Comité contre la torture en septembre, le gouvernement a affirmé que les investigations n’avaient révélé aucune preuve d’actes de torture ou d’autres mauvais traitements dans les affaires concernant Mouhammad Bekjanov, Erkin Moussaïev, Azam Farmonov, Bobomourod Abdoullaïev et au moins 10 autres anciens prisonniers libérés depuis 2017. Lors de l’Examen du Comité en novembre, les autorités ont refusé de divulguer davantage de détails concernant les enquêtes menées sur ces affaires et ont soutenu qu’aucun argument solide ne justifiait des réparations. Dans ses observations finales, le Comité a déploré que les autorités aient qualifié l’ensemble des allégations de « dénuées de fondement ».

Le 23 septembre, la Cour suprême a refusé de réhabiliter l’ancien prisonnier d’opinion, Salidjon Abdourakhmanov, libéré en 2017, et a rejeté son appel contre sa condamnation à une peine de 10 ans de réclusion. Au mois de mars, le Comité des droits de l’homme des Nations unies a conclu que le journaliste indépendant et défenseur des droits humains avait été détenu arbitrairement et a ordonné aux autorités de lui fournir un recours effectif et de lui verser une indemnisation.

Les autorités n’ont pas mis en place de mécanisme de plainte efficace et indépendant malgré des promesses répétées. Le gouvernement a déclaré au Comité contre la torture que parmi les plaintes pour torture déposées auprès du bureau du médiateur, seules quelques-unes avaient été étayées de preuves d’actes répréhensibles. Toutes les autres avaient été considérées comme « dénuées de fondement ». Le médiateur continuait de transmettre toutes les plaintes aux procureurs ou à la police bien qu'il ait été habilité à mener ses propres enquêtes à compter de mars.

DÉTENTION – CONDITIONS DE DÉTENTION

Dans un registre positif, le président a publié un décret en août dans le but de fermer le camp de prisonniers de haute sécurité de Jaslik (UYA 64/OF), tristement connu pour les actes de torture qui y étaient pratiqués. Cependant, des militants en faveur des droits humains ont fait part de leurs inquiétudes concernant le fait que le camp de prisonniers allait être réhabilité en tant que centre de détention provisoire par le ministère de l’Intérieur de la République autonome de Karakalpakie. Les autorités n’ont publié aucune information concernant le sort des prisonniers transférés dans d’autres centres de détention.

En l’absence de mécanisme de contrôle des centres de détention véritablement indépendant, il était impossible de vérifier les conditions de détention à Jaslik et dans d’autres centres de détention. Les autorités n’ont fourni aucune preuve d’une amélioration des conditions dans les centres de détention du SGB, y compris lors de l’examen du Comité contre la torture en novembre, et ont insisté sur la « confidentialité » des informations concernant les nombres de détenus et de prisonniers, les lieux et les conditions de détention.

Actualités
Les cookies assurent le bon fonctionnement du site, en continuant la navigation vous acceptez leur utilisation. Gérer les paramètres