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© Antonio Silva/EPA/Corbis

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Mozambique

Les droits humains au Mozambique en 2020

La police a eu recours à une force excessive contre des personnes qui sortaient de chez elles pour aller chercher à manger pendant le confinement lié au COVID-19. On a constaté une forte hausse des violences liées au genre, car les victimes étaient piégées chez elles avec leur partenaire violent. Dans la province de Cabo Delgado, la violence s’est intensifiée et a dégénéré en conflit armé, faisant plus de 2 000 morts. Les autorités n’ont rien fait pour demander des comptes aux responsables de crimes relevant du droit international et de graves atteintes aux droits humains. La répression de la liberté d’expression a pris une nouvelle dimension avec une attaque à la bombe incendiaire contre le siège d’un journal. 

CONTEXTE

Le président a entamé en janvier son deuxième mandat à la suite d’une élection controversée, qui s’est déroulée sur fond de violences armées dans le nord de la province de Cabo Delgado, région qui est restée fermée aux médias. Le scandale des emprunts cachés du gouvernement a déstabilisé la situation socioéconomique. Par ailleurs, les inondations de 2019 et de 2020 ont détruit des infrastructures, isolant davantage encore la population du nord de la province de Cabo Delgado. En réponse à la pandémie de COVID-19, les autorités ont imposé l’état d’urgence entre le 30 mars et le 6 septembre. Les mesures prises ont contribué à dégrader les conditions de vie dans tout le pays, et ont en particulier accentué la précarité de la situation dans la province de Cabo Delgado, où un groupe armé d’opposition, connu localement sous le nom d’Al Shabaab (sans aucun lien a priori avec le groupe somalien du même nom), a profité de la période pour intensifier ses attaques. 

DROIT À L'ALIMENTATION

Les dispositions relatives à l’état d’urgence étaient punitives et ont accru l’insécurité alimentaire dans les quartiers marginalisés, notamment parce que la plupart de leurs habitants dépendaient de l’économie informelle, gagnant leur vie dans les rues et sur les marchés. Les personnes qui sortaient de chez elles pour aller travailler ou s’approvisionner en nourriture se heurtaient à une force policière excessive et s’exposaient à un risque accru de contracter le coronavirus. Les autorités n’ont pas mis en place les mesures nécessaires en termes de sécurité sociale pour les protéger de la faim et des problèmes de santé. 

VIOLENCES FAITES AUX FEMMES ET AUX FILLES 

Les violences liées au genre ont fortement augmenté durant la période de restrictions liées au COVID-19, car les femmes et les filles se sont retrouvées piégées à leur domicile et exposées à un risque accru de violence domestique. Les femmes étant particulièrement nombreuses à exercer des professions essentielles, elles ont aussi été confrontées à un plus grand risque de violence en dehors de leur domicile ; la réduction des transports publics les a contraintes à se déplacer tard le soir ou tôt le matin, les exposant à des menaces. Du fait de la fermeture des écoles, les filles risquaient davantage de se voir imposer des mariages précoces. 

PERSONNES DÉPLACÉES 

Le conflit armé entre le groupe dit Al Shabaab et les forces gouvernementales a provoqué une crise humanitaire dans la province de Cabo Delgado. En septembre, plus de 500 000 personnes avaient été déplacées à l’intérieur du pays et plus de 700 000 avaient besoin d’une aide humanitaire. Le gouvernement n’a pas offert d’abri, de nourriture, d’eau ni de services d’éducation ou de santé à ces personnes, et la plupart devaient compter sur la bonne volonté des familles locales pour les héberger dans la province de Cabo Delgado et les provinces voisines de Nampula et du Niassa. À la fin de l’année, il restait difficile de déterminer si l’Agence de développement intégré du Nord créée par le gouvernement avait eu un quelconque impact sur la crise humanitaire. 

IMPUNITÉ 

L’impunité restait généralisée pour les crimes de droit international et les graves atteintes aux droits humains commis dans le cadre du conflit dans la province de Cabo Delgado. En décembre, plus de 2 000 personnes avaient été tuées, dont des civils pris dans des tirs croisés ou visés délibérément par les groupes armés d’opposition et les forces gouvernementales. Tout au long de l’année, des groupes armés ont décapité des personnes civiles, incendié des habitations, pillé des villages et enlevé des femmes et des filles. Par ailleurs, des civils, des membres présumés de groupes armés d’opposition et des journalistes couvrant les attaques ont été placés en détention, torturés, autrement maltraités et soumis à des disparitions forcées et à des exécutions extrajudiciaires par les forces de sécurité. 

En juin et en juillet, des photos et des vidéos ont révélé que des crimes avaient été commis contre des combattants présumés de groupes armés, semble-t-il par des soldats des Forces de défense du Mozambique (FADM) et des membres de la Force d’intervention rapide (FIR). Les victimes ont été torturées, soumises à des exécutions extrajudiciaires puis démembrées, et leurs cadavres auraient été jetés dans des fosses communes. Aucune enquête n’avait été menée sur ces crimes à la fin de l’année. 

DISPARITIONS FORCÉES

Le 7 avril, Ibraimo Abú Mbaruco, journaliste d’une radio locale du district de Palma, dans la province de Cabo Delgado, a disparu après avoir été abordé par des militaires alors qu’il rentrait chez lui après son travail vers 18 heures. Les autorités n’ont pas répondu aux demandes d’informations de sa famille sur ce qu’il était advenu de lui. On ignorait toujours où il se trouvait à la fin de l’année. 

EXÉCUTIONS EXTRAJUDICIAIRES 

Le 11 mars, les forces de sécurité ont arrêté Roberto Mussa Ambasse et Muemede Suleimane Jumbe, deux militants et notables locaux, à leur domicile dans le district de Palma. Les deux hommes ont par la suite été retrouvés morts parmi 12 autres civils. Malgré les nombreux appels réclamant l’ouverture d’une enquête, les autorités n’avaient mené aucune véritable investigation ni procédé à aucune arrestation à la fin de l’année. 

LIBERTÉ D'EXPRESSION

La répression du droit à la liberté d’expression s’est accentuée ; des journalistes, des défenseurs des droits humains et des personnes critiquant le gouvernement ont été la cible de manœuvres d’intimidation, de campagnes de dénigrement, de harcèlement, d’arrestations arbitraires et de poursuites judiciaires. 

En juin, le parquet a inculpé deux responsables du journal indépendant Canal de Moçambique – Matias Guente, directeur exécutif, et Fernando Veloso, directeur éditorial – de « violation de secret d’État » et de « complot contre l’État » après la publication d’un article, en mars, sur un contrat secret entre le ministère de la Défense, le ministère de l’Intérieur et des compagnies gazières dans la province de Cabo Delgado. Le 23 août, la police a arrêté le journaliste d’investigation Armando Nenane dans la capitale, Maputo, pour non- respect des mesures liées au COVID-19, après qu’il eut déposé des fonds sur le compte bancaire de l’ancien ministre de la Défense, puis publié le détail de cette transaction afin de confirmer les dires de Canal de Moçambique. Des sympathisants du gouvernement ont alors lancé une campagne sur les réseaux sociaux réclamant qu’il soit poursuivi pour « violation de secret d’État ». 

Le jour de l’arrestation d’Armando Nenane, des assaillants non identifiés ont attaqué le siège de Canal de Moçambique, à Maputo, au moyen d’une bombe incendiaire. Cette attaque est survenue quatre jours seulement après la publication par le journal d’allégations portant sur une procédure de passation de marchés contraire à l’éthique impliquant de hauts responsables du ministère des Ressources minérales et de l’Énergie, ainsi que des membres de l’élite du parti au pouvoir. Des sympathisants du gouvernement ont réagi en lançant une campagne sur les réseaux sociaux pour demander la fermeture du journal. 

D. Luíz Fernando Lisboa, ressortissant brésilien et évêque de Pemba, la capitale de la province de Cabo Delgado, a exprimé à maintes reprises sa préoccupation à propos de la situation des droits humains dans cette province. En août, le président a indirectement dénoncé cet homme en affirmant que « certains étrangers » ne respectaient pas ceux qui les protégeaient « au nom des droits humains ». À la suite de cette déclaration, des sympathisants du gouvernement et au moins un journal progouvernemental ont qualifié l’évêque de criminel, l’accusant de soutenir l’insurrection et réclamant son expulsion du Mozambique. 

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