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© Antonio Silva/EPA/Corbis

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Mozambique : la situation des droits humains en 2021

Chaque année, nous publions notre Rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 154 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Mozambique en 2021.

Le groupe armé connu localement sous le nom d’Al Shabaab, les forces de sécurité gouvernementales et des milices privées ont, cette année encore, commis des crimes de guerre et d’autres atteintes graves aux droits humains. Les autorités n’ont pas su faire face à la crise humanitaire dans la province de Cabo Delgado et ont sérieusement porté atteinte aux droits à l’alimentation, à l’eau, à l’éducation, au logement et à la santé. Les violences contre les femmes et les filles se poursuivaient sans entrave. Dans les maternités publiques, les femmes enceintes étaient traitées de façon inhumaine, battues, insultées et humiliées. Les autorités ont réprimé les activités dans l’espace civique en intimidant, harcelant et menaçant des militant·e·s de la société civile et des journalistes.

Contexte

Le conflit armé dans la province de Cabo Delgado demeurait le principal problème du pays, et Filipe Nyusi était critiqué pour sa mauvaise gestion du conflit. Le président a cédé à la pression croissante de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), qui demandait le déploiement de troupes étrangères dans la région ; à la fin de l’année, des militaires du Mozambique, de la SADC et du Rwanda combattaient les insurgés.

Le procès de la « dette cachée » a révélé, dans une certaine mesure, le système de corruption qui a conduit le pays à la crise économique, ce qui a érodé encore davantage la popularité du parti au pouvoir, le Front de libération du Mozambique (FRELIMO).

Violations du droit international humanitaire

La population civile était prise en étau entre trois forces armées dans le conflit de la province de Cabo Delgado, où plus de 3 000 personnes ont perdu la vie depuis le début des hostilités. Des membres du groupe armé rebelle connu localement sous le nom d’Al Shabaab (sans aucun lien a priori avec le groupe somalien du même nom) ont tué des civil·e·s par les moyens les plus atroces, pillé leurs propriétés, incendié leurs habitations et enlevé femmes et enfants. Les forces de sécurité mozambicaines ont brutalisé les populations qu’elles étaient censées protéger en les soumettant à des actes de harcèlement, de chantage et de torture, ainsi qu’à des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires. Le Dyck Advisory Group, société paramilitaire privée engagée par l’État comme force d’intervention rapide, a tiré avec des armes automatiques et lâché des explosifs à l’aveugle depuis des hélicoptères, souvent sans faire la distinction entre les cibles civiles et militaires. Le bilan humain a continué à s’alourdir tout au long de l’année.

Personnes déplacées

Près d’un million de personnes déplacées (principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées) vivaient chez des proches ou dans des camps installés dans des localités relativement sûres du sud de la province de Cabo Delgado, où l’accès à l’alimentation, à l’eau, à l’éducation, à la santé et au logement était insuffisant. Les pénuries alimentaires affectaient en premier lieu les femmes et les enfants et mettaient leur santé en péril. Les autorités responsables de la distribution de l’aide alimentaire demandaient des faveurs sexuelles aux femmes déplacées en échange de leur enregistrement, de leurs papiers et de leurs rations. Les personnes déplacées s’installaient dans des logements surpeuplés, sans intimité, mal ventilés et dépourvus d’un approvisionnement en eau adéquat et d’installations sanitaires adaptées, ce qui compromettait leur santé. Les lieux d’accueil offraient peu de services de santé et d’éducation et de nombreux enfants étaient déscolarisés.

Violences faites aux femmes et aux filles 

Les violences contre les femmes et les filles demeuraient monnaie courante et peu de mesures étaient prises pour amener les responsables à répondre de leurs actes. Ces violences étaient déjà très répandues avant la pandémie de COVID-19 mais, d’après des organisations locales et des défenseur·e·s des droits des femmes, elles se sont aggravées avec les mesures de restriction prises pour contrôler le virus.

En juin, il a été révélé que, pendant des années, les gardiennes et les gardiens de la prison pour femmes de Ndlavela, dans la province de Maputo, avaient instauré un système élaboré d’atteintes et d’exploitation sexuelles des détenues.

En mars, à Beira (province de Sofala), un homme a tué sa femme en la frappant violemment avec une barre de fer. Il lui reprochait d’avoir bu une bière avec un voisin. En avril, à Balama (province de Cabo Delgado), un homme a battu sa femme à mort parce qu’il la soupçonnait de l’avoir trompé. Dans la province de Nampula, en juillet, un homme a immolé sa femme après l’avoir ligotée et aspergée d’essence, parce qu’il pensait qu’elle lui était infidèle ; en septembre, le concierge d’une école a menacé physiquement puis agressé sexuellement une adolescente de 16 ans qui se rendait en cours. Toutes les personnes présumées responsables de ces actes étaient toujours entre les mains de la police. En août, un responsable des ressources humaines d’une école primaire du district de Murrupula (province de Nampula) a été surpris en train d’agresser sexuellement une écolière de 14 ans atteinte d’autisme. La police a classé l’affaire sans suite. La famille de l’adolescente a donc dû porter l’affaire devant le parquet du district, qui a saisi la police judiciaire.

Droits sexuels et reproductifs

Des organisations locales de défense des droits des femmes ont entendu les témoignages de dizaines de femmes qui ont déclaré avoir été agressées physiquement, insultées et humiliées par des infirmières et des sages-femmes dans certaines maternités publiques. Les femmes enceintes redoutaient d’accoucher dans les hôpitaux ou les centres médicaux publics par peur des violences obstétricales. Ces agressions avaient souvent lieu la nuit, en l’absence des responsables hiérarchiques. Bon nombre de femmes ayant accouché dans ces maternités ont déclaré qu’elles avaient dû verser des pots-de-vin aux sages-femmes et aux infirmières pour être traitées avec respect et dignité. Sinon, elles étaient livrées à elles-mêmes alors qu’elles perdaient les eaux et pendant la phase de l’expulsion, ce qui les obligeait à négocier le versement de pots-de-vin au moment où elles avaient le plus peur et le plus mal. Malgré les demandes répétées de groupes de défense des droits des femmes, les autorités mozambicaines n’ont semble-t-il pas tenté de remédier au problème en traduisant les responsables présumées en justice ou en indemnisant les victimes.

Liberté d’expression, d’association et de réunion

Les autorités ont restreint les activités au sein de l’espace civique. La police a empêché à plusieurs reprises des militant·e·s d’exercer leurs droits civiques, notamment leur droit à la liberté de réunion pacifique.

En mai, la police a dispersé des étudiant·e·s qui manifestaient pacifiquement contre une nouvelle loi accordant au personnel parlementaire des avantages qu’ils trouvaient exorbitants. En juin, elle a empêché des militant·e·s du Centre pour la démocratie et le développement de soumettre une liste de préoccupations au Tribunal administratif. Ces militant·e·s protestaient contre la construction de postes de péage sur le périphérique de Maputo. En septembre, dans la province de Nampula, des policiers ont battu et arrêté arbitrairement six journalistes qui couvraient une manifestation pacifique contre les retards de versement des indemnités liées à la pandémie de COVID-19. En octobre, la police a empêché des médecins de manifester pacifiquement en solidarité avec l’un de leurs confrères enlevé dans une série de prises d’otages. Le maire de Maputo a déclaré qu’il n’avait pas autorisé cet évènement, alors qu’en vertu de la Constitution les organisateurs d’une manifestation étaient simplement tenus d’en informer les autorités quatre jours à l’avance, et non de demander une autorisation.

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