Cameroun

/© Anne Mireille Nzouankeu/Anadolu Agency/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Cameroun en 2025.

Les droits à la liberté d’association et de réunion pacifique ont été menacés dans le contexte de l’élection présidentielle. Les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive contre des manifestant·e·s ; au moins 48 personnes ont été tuées. Cette année encore, des militant·e·s politiques ont été arrêtés et placés en détention de manière arbitraire. Le procès contre 17 personnes pour le meurtre du journaliste Martinez Zogo a repris. Boko Haram a continué de perpétrer des homicides illégaux dans la région de l’Extrême-Nord. Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, la population a cette année encore subi des exactions de la part de groupes séparatistes. L’accès à la santé et à l’éducation a été menacé par l’insécurité et par la réduction des aides allouées par les États-Unis. L’utilisation de mercure dans le cadre de l’extraction d’or a porté atteinte aux droits humains.

Contexte

Cette année encore, les forces gouvernementales et des groupes séparatistes armés se sont violemment affrontés dans les régions anglophones. Ces affrontements et ceux qui ont opposé des agriculteurs et des éleveurs dans la région du Nord-Ouest ont entraîné le déplacement de près d’un million de personnes dans le pays.

En août, le gouvernement de Donald Trump a mis fin au statut de protection temporaire accordé aux ressortissant·e·s du Cameroun. Plus de 5 000 demandeurs et demandeuses d’asile camerounais présents aux États-Unis risquaient donc d’être expulsés.

Selon les chiffres officiels, le taux d’inflation était de 4,1 % à la fin du mois de juin. En baisse par rapport à 2024, il restait toutefois trop élevé pour la plupart des foyers.

Paul Biya, au pouvoir depuis 43 ans, a été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle d’octobre.

Liberté d’association et de réunion

En janvier, l’avocate Alice Nkom, présidente du bureau du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC), a été convoquée par le préfet du département du Wouri et par la gendarmerie nationale pour une « enquête ». Les autorités avaient suspendu en décembre 2024 les activités du REDHAC et de trois autres organisations de la société civile. Alice Nkom et Maximilienne Ngo Mbe, directrice du REDHAC, ont été inculpées en janvier de diverses infractions, notamment de « bris de scellés » (placés par les autorités sur les portes du local du REDHAC), de « rébellion », de « refus de répondre à une convocation » et de « financement du terrorisme ». Leur procès s’est ouvert en avril, mais les audiences ont été ajournées à plusieurs reprises.

Les pouvoirs publics ont interdit plusieurs rassemblements et activités politiques et arrêté des sympathisant·e·s de l’opposition à l’approche de l’élection présidentielle. En septembre, le HCDH a dénoncé les restrictions de plus en plus sévères pesant sur les activités des partis politiques d’opposition.

Arrestations et détentions arbitraires

Sur les 500 personnes arrêtées arbitrairement en 2020 pour avoir participé à des manifestations pacifiques organisées par le parti d’opposition Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), 11 se trouvaient toujours en détention.

Abdu Karim Ali, militant pour la paix détenu depuis 2022, a été condamné en avril à la réclusion à perpétuité. Il avait été arrêté pour avoir dénoncé des actes de torture commis et diffusés en ligne par le chef d’une milice progouvernementale dans la région du Sud-Ouest.

En août, plus de 50 personnes ont été arrêtées à Yaoundé, la capitale, dont des sympathisant·e·s du dirigeant du MRC, Maurice Kamto. Elles s’étaient rassemblées autour du Conseil constitutionnel, où étaient examinés des recours concernant la validation de certaines candidatures à la présidentielle. Elles ont été libérées quelques semaines plus tard, mais restaient poursuivies pour troubles à l’ordre public, attroupement, rébellion et incitation à la révolte.

Les rapports mensuels du Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU ont régulièrement fait état d’arrestations arbitraires dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, à la suite d’affrontements entre les forces gouvernementales et des groupes séparatistes armés (voir Exactions perpétrées par des groupes armés).

Recours illégal à la force

En mars, des membres de l’ordre des avocats camerounais ont annoncé une manifestation nationale et une grève de trois jours dans tout le pays en réaction à des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrant « des agents de police exerçant des violences et autres actes dégradants et inhumains » sur au moins deux avocats et d’autres citoyen·ne·s.

En octobre, des manifestant·e·s ont contesté la réélection du président dans plusieurs villes. Des manifestations pacifiques ont dégénéré quand les forces de sécurité ont fait un usage excessif et injustifié de la force pour disperser les manifestant·e·s, tuant au moins 48 personnes, selon un article de Reuters citant des sources des Nations unies. D’après ces sources, trois gendarmes auraient aussi trouvé la mort dans des manifestations à Douala. Des centaines de manifestant·e·s ont été arrêtés, dont des dirigeant·e·s de l’opposition, des militant·e·s et des sympathisant·e·s de partis politiques d’opposition. Le HCDH a exhorté les autorités « à mener des enquêtes rapides, impartiales et efficaces sur tous les cas de violence liée aux élections, y compris l’usage excessif ou disproportionné de la force, et à traduire les auteurs en justice ».

Droit à la vérité, à la justice et à des réparations

Le procès dans l’affaire de l’enlèvement et du meurtre de Martinez Zogo à Yaoundé en 2023 a repris en septembre. Ce journaliste radio dénonçait la corruption dans ses émissions. Le procès était toujours en cours à la fin de l’année.

Exactions perpétrées par des groupes armés

Région de l’Extrême-Nord

En février, des membres présumés de Boko Haram ont mené de multiples attaques contre des villages de la commune de Kolofata, à la frontière avec le Nigeria. D’après les médias, ils ont enlevé des habitant·e·s, notamment des enfants, pillé des habitations, volé et tué du bétail et incendié un village, faisant au moins trois morts. En septembre, Boko Haram a revendiqué une attaque qui a fait cinq morts et 11 blessés dans l’arrondissement de Mayo-Moskota, selon un journal local.

Les attaques répétées de Boko Haram ont perturbé les services de santé dans ces zones où, d’après le Fonds des Nations unies pour la population, les patient·e·s et le personnel de santé craignaient pour leur sécurité.

Régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest

Des groupes séparatistes ont revendiqué plusieurs attaques dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Selon les Nations unies, la population a cette année encore été victime d’homicides ciblés, de prises d’otages récurrentes, de taxes illégales, de barrages routiers, d’extorsions, de restrictions du droit de circuler librement et d’explosions d’engins improvisés (déclenchées notamment dans des lieux publics et le long de grands axes routiers).

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU a fait état de nombreuses attaques perpétrées en juin par des groupes séparatistes armés contre des enseignant·e·s, des élèves et leurs parents pour les empêcher de passer ou de faire passer des examens.

Droits économiques et sociaux

La réduction de l’aide extérieure par le président des États-Unis, Donald Trump, en janvier a nui à la fourniture de services de santé essentiels, en particulier dans les zones de l’Extrême-Nord touchées par l’insécurité ou par le conflit armé. L’Initiative présidentielle pour lutter contre le paludisme (PMI) lancée par les États-Unis finançait jusqu’en janvier la rémunération de 50 % du personnel médical non hospitalier dans l’Extrême-Nord. D’après un article de Reuters publié en octobre, près de la moitié des professionnel·le·s ainsi rémunérés ont dû cesser leur travail en raison des coupes dans le financement de la PMI.

Dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, selon l’UNICEF, 14 829 écoles étaient fermées en 2025, contre 14 364 en 2024. La scolarité de plus de trois millions d’enfants était de ce fait interrompue, ce qui augmentait le risque qu’ils soient enrôlés dans des groupes armés non étatiques. Seulement 41 % des enfants avaient accès à l’école maternelle, les enfants des zones rurales étant les moins bien lotis en la matière.

Droit à un environnement sain

En mai, des expert·e·s des Nations unies ont demandé au gouvernement de prendre des mesures pour lutter contre les atteintes à l’environnement et aux droits humains liées à l’utilisation de mercure pour l’extraction de l’or, y compris par des entreprises publiques. Selon eux, l’utilisation du mercure portait gravement atteinte à de nombreux droits, dont le droit à un environnement propre, sain, durable et exempt de substances toxiques, le droit à une eau potable et le droit à la vie.

Depuis plus de 60 ans, Amnesty International met en lumière la situation des droits humains dans le monde.

Chaque année, nos équipes enquêtent en toute indépendance et impartialité, et publient leurs conclusions dans un rapport annuel de référence.

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